24 janvier 2014 5 24 /01 /janvier /2014 09:45

gravyGravys Drop -
For The Love Of Gravy
(Burger 2011)


Avertissement : le disque que nous allons chroniquer n'est pas un grand album. Il ne changera pas la face de la pop music, il ne poussera pas des milliers de kids à acheter des guitares et des jeans slim, il ne contient aucun tube rock'n'roll immortel, il n'est même pas le meilleur qu'on ait entendu dans son genre l'année de sa sortie (2011). Pourquoi en parler alors ? Parce qu'il est diablement fun et que le véritable rock'n'roll ne s'apprécie pas en fonction de la trace que laissera un album dans l'Histoire, mais par le plaisir que procure son écoute.

Gravys Drop est un groupe californien mené par Billy Grave, ex-batteur de Nobunny. Sa discographie est pour l'instant assez courte : outre For The Love Of Gravy (sorti uniquement en cassette sur Burger Records) seuls un single et un album ont été publiés, le plus récent Gumball datant de 2013 (et s'avérant malheureusement moins bien fun que For The Love Of Gravy).

Gravys Drop est un groupe assez typique de ceux qu'on trouve dans la clique Burger : agréable, un peu branleur, proposant un son hybride vaguement lo-fi. Leur musique est un mélange de boogie, powerpop, surf-music et garage que le groupe interprète avec un enthousiasme communicatif. Les gars de Gravys Drop sont avant tout des grands amateurs de mélodies, ce qui donne cette sensibilité pop assez décomplexée qui nous a plu dans cet album. Cet amour immodéré pour le sucre se retrouve dans leur reprise de "Made To Love" des Everly Brothers (plus connue chez nous sous le nom de "Belles, Belles, Belles" par Claude François). Ensuite, le talent du groupe consiste ensuite à enrober ces mélodies de gimmicks bien trouvés : le carillon de "Trash Rock Groupie", les popopop de "Runaway", la constructiopn stonienne de "Secret Stash".

For TheLove Of Gravy est par ailleurs un album attachant de par son côté champêtre, son amour pour Creedence Clearwater Revival qui transparait dans les boogies de "Satisfied Mind", "Gravys Drop" et "Buddhist Guru", la country marécageuse de "Waymore's Blues" et, de façon plus générale, le jeu de guitare de Bobby Grave. On se trouve souvent
dans une forme de rock qui pourrait passer pour du rock à papa, ce fameux classicrock fainéant qui truste les radios et ne fait que remuer quelques dinosaures, mais Gravy's Drop sont trop fantaisistes pour se laisser happer par la monotonie. Leur approche du sujet est vivifiante et pleine d'enthousiasme, une qualité qu'il faut chérir à l'heure du cynisme 2.0.

 



Tracklisting :

1.  Runaway *
2.  Happy Birthday *
3.  Made To Love
4.  Trash Rock Groupie
5.  Satisfied Mind *
6.  Gravys Drop
7.  Waymore's Blues
8.  Buddhist Guru *
9.  My Friend Dave
10.  Secret Stash *


L'album est en écoute intégrale via Bandcamp :

 


Vidéo :

"Runaway"  

 

 

 

 

Cassette:


 

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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 15:57

Cosmonauts - If You Wanna Die Then I Wanna DieCosmonauts -  

If You Wanna Die Then I Wanna Die
(Burger Records ; 2012)

 

 

     Nouvelle sortie d’un des groupes les plus excitants de sa génération, ce disque démarre sur des bases incroyables : l’enchaînement « Motorcycle #1 », « Please don’t make me blue » permet au groupe de montrer toute l’étendue de son talent dans un registre qui ne surprendra pas tous ceux qui ont déjà écouté le premier album des Cosmonauts (sorti en cassette en 2010). « Entre shoegaze et garage », écrivions-nous au moment de chroniquer le premier album des Cosmonauts : cette description du style du groupe est toujours valable, « Flowerbomb » faisant pencher la balance plutôt du côté garage (on pense à des groupes contemporains comme Thee Oh Sees par exemple, pendant toute la première partie de la chanson), mais des pistes telles que « Super Reverb » équilibrent les débats, alors que d’autres comme « Motorcycle #1 » donnent à ce disque une coloration stoner importante dans le style du groupe.

 

     Les premières secondes de l’album entraînent l’auditeur dans une expérience musicale prenante, qui ne laisse pas une seconde de repos : la musique jouée par Cosmonauts est lourde et entêtante ; elle enveloppe l’espace sonore de façon hermétique et commande une attention de chaque instant. L’introduction de « Motorcycle #1 » est portée par une ligne de basse digne du « Feel good hit of the summer » de Queens of the Stone Age (sur l’album Rated R) : les Cosmonauts possèdent avec ce titre un morceau qu’ils peuvent porter en étendard sur toutes les scènes du monde.

 

    D’un morceau mémorable à un autre (« Please don’t make me blue », « Psychic Denim »« Emerald Green »…), le disque passe sans perdre en qualité : le son distendu et saturé des guitares donnant de l’acidité et du relief à un groove délibérément lourd. Une des forces des Cosmonauts résident aussi en leur capacité à insérer à l’intérieur de leurs chansons quelques passages musicaux impromptus, des ruptures de rythme bienvenues qui empêchent la lassitude et l’overdose de riffs de basse saturés associés à une frappe de batterie répétitive. « California Dreaming » est une nouvelle piste extraordinaire sur laquelle le rythme est assez lent, ce qui permet de constater la maîtrise du groupe dans des contextes différents, et où le chant plein d’écho scande des paroles marquantes.

 

    Quasiment la moitié des chansons de cet LP avaient été déjà été publiées en 2011 (Psychic Denim, sur cassette, à 250 exemplaires) : les Cosmonauts poursuivent ainsi leur discographie assez complexe (pour exemple, chacun de leurs 7’’ sortis à ce jour a été publié sur un label différent). Quoi qu’il en soit, une question revient régulièrement, à la réécoute de cet exceptionnel album : et si les Cosmonauts avaient enregistré le meilleur disque de l’année 2012 ? Moins médiatisés et bien meilleurs que bon nombre de leurs contemporains, les Cosmonauts se bâtissent peu à peu une discographie extraordinaire. Quant au rock’n’roll américain, il se porte bien, merci pour lui : ces dernières années, les seules sorties du label Burger Records suffisent à faire pâlir d’envie le reste du monde.

 

 

 

 

 

Liste des chansons :

  1. Motorcycle #1 *
  2. Please don’t make me blue *
  3. Flowerbomb
  4. Super Reverb *
  5. Gillian
  6. Caroline
  7. California Dreaming *
  8. Psychic Denim *
  9. Dreamboat
  10. Two Dollars & Fifty Cents *
  11. Emerald Green *

L'album est en écoute sur Bandcamp :

 

 

 

 

 

 

Vidéo :

 

 

 

 

 

 

 

Vinyle :

 

 

 

 

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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 21:44

croco.jpgCrocodiles -

Endless Flowers

(French Kissing 2012)

 

 

 

    Un an après la sortie de Sleep Forever, un disque dont nous n’avions pas manqué de louer les mérites, les Américains de Crocodiles ont sorti cet Endless Flowers… Un an plus tard, il est enfin temps pour nous de rappeler les mérites de ce disque – en souhaitant que notre lectorat soit plus prompt à acheter les disques que nous le sommes à les chroniquer.

 

    La pochette d’Endless Flowers, assez laide, nous avait pourtant amusés par sa référence à Marcel Duchamp ; la chanson-titre lance l’album sur de bonnes bases, avec un grand morceau, dans la lignée de ceux que le groupe avait enregistrés pour ses disques précédents : rythmique robotique, guitares saturées et chant baigné d’écho… La deuxième piste poursuit en ce sens, « Sunday (Psychic conversation #9) » étant un nouvel excellent exemple du style des Crocodiles tel que nous le connaissions auparavant.

 

    Dans la discographie des Crocodiles, Endless Flowers apparaît cependant l’album le plus ambitieux à ce jour, le groupe s’échappant rapidement des territoires krautrock qu’il avait empruntés avec brio sur leur précédent disque pour retourner vers des sonorités post-eighties, en livrant au passage des sons surprenants (« Bubblegum Trash »). Ailleurs sur le disque apparaissent un jeu de basse chaloupé et des claviers kitch sur la balade désabusée « No Black clouds for Dee Dee » ; dans la musique comme dans les paroles, les productions des Crocodiles sont à prendre avec un peu de recul. Grâce à une belle maîtrise des moyens qu’ils emploient, les membres de Crocodiles guident leurs auditeurs dans des directions différentes… Parmi les chansons qui restent en tête le plus rapidement, le titre prometteur « Electric Death song », mais aussi « My Surfing Lucifier », une chanson portée par la base rythmique, une batterie répétitive et une basse au son ample et rond, et aux accords dissonants de guitares et de claviers. Le long morceau lent à l’introduction minimaliste de « Hung up on a flower » est aussi un des moments plus marquants de ce disque.

 

    Endless Flowers possède une variété de styles et une démarche sans concession qui rendent son écoute parfois assez difficile (notamment les cinq minutes de « Dark Alley », pendant lesquelles la basse joue sans discontinuer le riff de « You really got me ») ; cependant, il faut reconnaître aux Crocodiles le mérite de proposer une musique de qualité dans un style qui leur est propre.

 

 

 

 

 

 

Liste des chansons :

  1. Endless Flowers *
  2. Sunday (Psychic conversation #9) *
  3. No Black clouds for dee dee
  4. Electric Death song *
  5. Hung up on a flower
  6. My Surfing Lucifier
  7. Dark Alleys
  8. Bubblegum Trash *
  9. Welcome Trouble
  10. You are forgiven *

 

 

Vidéos :

 

"Endless Flowers"

 

"Sunday"

 

 

 

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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 15:00

castle-face-copie-2.jpg

Castle Face & Friends  -

The Velvet Underground & Nico

(Castle Face Records 2012)

 

 

 

Fin 2012, quelques costumes de chez Universal ont décidé que l'excuse officielle afin de libérer une nouvelle fois les baby-boomers fortunés d'une centaine d'euros serait les 45 ans de la publication du premier album du Velvet Underground. Un disque mythique à l'accroche publicitaire bien rodée ("tous les gens qui l'ont acheté à l'époque ont formé un groupe bla bla bla") et à l'aura toujours fascinante (de la pochette iconique à la personnalité hors-normes des participants, tout ici vend du rêve, du glamour et de la subversion).

 

Le label a donc sorti l'artillerie lourde avec un coffret 6CD gavé de bonus inutiles à moitié audibles et de gadgets sans intérêt. Côté vinyle, l'album à la banane décollable a ainsi été réédité, et un deal a été passé avec le label indépendant Castle Face. On ne sait ce que l'affaire a apporté à John Dwyer et ses amis, mais ce dernier a concocté une compilation qui met à l'honneur tous ses amis de San Francisco (les habitués du label), où chaque groupe reprend un des dix morceaux de The Velvet Underground & Nico.

 

L'album commence par "Sunday Morning", repris par Kelley Stoltz de façon fidèle (jusqu'au carillon en arrière-plan). C'est très scolaire mais bien foutu, et ça lance la compilation sous les meilleurs auspices. La version qui suit de "Waiting For The Man" est sans doute la meilleure relecture proposée sur cet album. Matthew Melton en fait un morceau garage-pop typique du premier album de Warm Soda et s'approprie véritablement le morceau. Même chose pour White Fence qui défigure "Run Run run", Blasted Canyons qui réussissent à ne pas sombrer dans la caricature avec l'emblématique "Venus In Furs" et l'omniprésent Ty Segall qui prend plaisir à maltraiter "Femme Fatale". Le surfer de Laguna Beach fait ici de cette bluette scandée par Nico un titre garage louche au riff chaloupé. Selon l'humeur c'est génial ou hors sujet, en tous cas c'est moins bourrin que les reprises habituelles de Segall. Au moins le blondinet aura eu le mérite de faire de ce titre une chanson de Ty Segall, ce qui n'est pas forcément le cas des Fresh & Onlys,  des Burnt Ones et de Kristin Dylan Edrich qui sont très sages avec leurs versions de "All Tomorrow's Parties", "Heroin" et "The Black Angel's Death Song" respectivement. Tous saisissent bien l'essence des morceaux, mais prennent finalement assez peu de risques.

 

Heureusement, la fin d'album apporte son lot de bonnes surprises. La première étant The Mallard, qui donne une coloration début 90s à "There She Goes Again" et démontre ce qu'on soupçonnait : avec un bon morceau en main, ce groupe est capable de belles choses (dommage seulement que ses propres titres soient moins convaincants). Ensuite, le groupe au nom improbable Here Comes The Here Comes (monté lors de l'élaboration de cette compilation et dans lequel on trouve Brigid Dawson des Oh Sees, Mark Tester des Burnt Ones, Adam Finken de Blasted Canyons et Cisca, la fille de Brian Lee Hugues de Castle Face, âgée de 13 ans) réussit une reprise superbe de "I'll Be Your Mirror". La voix de Cisca, multipliée afin de donner l'illusion d'un chœur d'enfants, apporte une fraîcheur à ce morceau dont on s'était lassé à force de l'entendre dans de nombreux films et publicités. Enfin, Thee Oh Sees montrent qu'ils sont les patrons sur leur version d'"European Son" où Petey Dammit appose son implacable pulsation de basse avant que le morceau ne tourne au bruitisme le plus total.

 

Que retirer de l'exercice ? Que les groupes de San Francisco sont plutôt convaincants lorsqu'il s'agit de faire des reprises de classiques. Quiconque ayant écouté des compilations des magazines Mojo et Uncut où des artistes affirmés massacrent du Dylan ou les Beatles sait à quel point ces disques peuvent être pénibles. Certes cet album est un disque de commande, mais on peut saluer tous les intervenants ici : pendant quelques jours on a pris plaisir à réécouter des morceaux mille fois entendus. C'est un peu vain, mais ça a égayé notre fin d'année.

 

 

 

 

 

 

Tracklisting :

 

Face A

1. Sunday Morning - Kelly Stoltz 
2. I'm Waiting For The Man - Warm Soda *
3. Femme Fatale - Ty Segall *
4. Venus In Furs - Blasted Canyons feat. Jeremy Cox (of Royal Baths) 
5. Run Run Run - White Fence 
6. All Tomorrow's Parties - The Fresh & Onlys

 

Face B

1. Heroin - Burnt Ones 
2. There She Goes Again - The Mallard *
3. I'll Be Your Mirror - Here Comes The Here Comes *
4. The Black Angel's Death Song - K. Dylan + The Black Angel's Death Songsmen 
5. European Son - Thee Oh Sees *

 

 

 

 

 

 

Vidéos :

 

Ty Segall - Femme Fatale


 

Warm Soda - Waiting For The Man


 

 

 

 

 

Vinyle :

 

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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 11:15

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The Growlers   -    

Hung At Heart

(Everlasting 2013)

 

 

Avec environ une année de retard par rapport aux premières dates de sortie annoncées, The Growlers livrent enfin un nouvel album ! Pendant cette année, beaucoup de choses ont été écrites à propos des activités ce groupe californien : une collaboration avortée avec Dan Auerbach, des déclarations du chanteur qui se plaignait de ne pas voir son disque être publié plus rapidement, la sortie d’une cassette (Beach Goth en édition limitée à 2000 exemplaires, chez Burger Records)… Rien de très rassurant, pour un groupe dont nous attendions impatiemment les nouveaux morceaux. Durant les douze derniers mois, quelques groupes américains se sont engouffrés dans la brèche ouverte par les Growlers et ont sorti de beaux albums. L’histoire se chargera de séparer les opportunistes bourgeois à moustache des glandeurs de génie (également à moustache). Comme l’affirmait justement Mr. Lebowski, « The bums will always lose » ; en suivant cette logique, il suffit d’attendre quelques années pour faire le bilan. Malheureusement, le temps presse, et plutôt que d’attendre 25 ans pour conseiller des disques à notre lectorat qui lui non plus, ne rajeunit pas, nous avons décidé de trancher le débat.

 

Dans ce (hum) nouveau style musical, joliment baptisé Beach Goth par The Growlers eux-mêmes, quelques groupes ont donc déjà sorti de beaux albums : que celles et ceux parmi vous qui auraient raté les épisodes précédents jettent un œil aux présentations des disques des Blackfeet Braves et des Allah-las que PlanetGong a récemment mis en ligne. Dès les premières mesures de la chanson « Someday », qui ouvre l’album, on pressent que l’attente n’aura pas été inutile, et que Hung at Heart va être un album réussi… On y retrouve les éléments qui ont fait des Growlers un des groupes les plus fascinants de la scène actuelle : le chant incantatoire qui prend très souvent des accents à la Jim Morrison, la musique baignant dans un écho caractéristique, les divers effets de production qui conduisent à l’ambiance délicieusement dérangée et envoûtante.

 

Une fois de plus, la comparaison avec The Coral s’impose d’elle-même ; non dans le style des morceaux mais dans l’approche à la musique et à la capacité d’inventivité démontrée par le groupe… La rythmique s’essaye tranquillement au reggae au milieu de « Beach Rats », peu avant que le disque ne s’achève sur un instrumental tranquille, « The Fruit is for Everyone ». En plus des excellentes chansons qui le composent, Hung at Heart regorge de petits moments de grâce qui ajoutent encore à l’admiration que nous portons au groupe : la simplicité désarmante des solos de guitare de « Someday », les claviers qui tapissent le fond sonore, la guitare acidulée et les divers effets qui donnent l’impression que l’ensemble va s’écrouler d’un instant à l’autre sur « Salt on slug », la rythmique chaloupée qui s’échappe à partir du refrain dans des territoires proches de « Ghost Riders in the Sky » sur « One Million Lovers », le solo délirant de « Burden of the Captain »… Le groupe envoie un groove plus lourd sur certains morceaux, sans jamais perdre en efficacité (par exemple sur « Use Me for Your Eggs », une autre occasion d’apprécier quelques-uns des titres de chansons les plus barrés du moment). Très souvent sur ce disque, la musique semble déséquilibrée et presque à l’abandon, mais malgré cela les morceaux parviennent toujours à faire mouche.

 

Les plus obtus d’entre vous l’auront probablement compris : ce disque est une très belle réussite, grâce auquel The Growlers peuvent espérer obtenir davantage de reconnaissance, à l’image de ce qui est arrivé aux Black Lips en 2011 avec la sortie d’Arabia Mountain… Hung at heart est réellement impressionnant et contient quelques très grands morceaux : « Someday », « One Million Lovers », « Living in a Memory » sont des chansons qui resteront en bonne place dans le répertoire des Growlers, au même titre que « The Graveyard’s Full », qui ouvrait de façon magistrale Hot Tropics. Souhaitons que la créativité démontrée une nouvelle fois sur cet album par Brooks Nielsen et Matt Taylor se poursuive ; le duo dominant des Growlers (assez traditionnellement, le chanteur et le guitariste) fait preuve d’un talent assez fascinant.

 

 

 

 

 

Liste des chansons :

 

1. Someday *

2. Naked Kids

3. Salt on a slug

4. One million lovers *

5. No need for eyes

6. Living in a memory *

7. Pet shop eyes

8. In between

9. Burden of the captain *

10. Row

11. It’s no use

12. Use me for your eggs

13. Derka Blues

14. Beach Rats

15. The fruit is for everyone

 

L'album est en écoute intégrale via le bandcamp du groupe :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vidéo :

 

"Salt On Slug"

 

 

 

 

 

 

Vinyle :

 

The Growlers - Hung At Heart

 

L'album est aussi sorti en cassette chez Burger

 

The Growlers - Hung At Heart

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 10:33

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The Babies -

Our House On The Hill

(Woodsist 2013)

 

 

 

L’année dernière, la sortie du second LP des Babies est passée relativement inaperçue parmi les membres plus ou moins éminents de la rédaction PlanetGong, et cela de façon assez étonnante, puisque le premier album avait été salué par notre équipe de gratte-papiers hirsutes comme une belle réussite. Bref, Woodsist a publié Our House On The Hill, l’hiver est arrivé, la fin du monde n’a pas eu lieu, et chacun pensait pouvoir s’en tirer à bon compte : un album manqué de plus, on se rattrapera au prochain, promis… L’histoire pourrait s’arrêter là, sans un désœuvrement relatif et une certaine propension à vouloir rester bien sûr d’avoir toujours raison de la part du rédacteur du présent article. Ma première écoute de ce disque, toute distraite qu’elle fût, avait été globalement décevante, tant le disque manquait de relief, une première de la part d’artistes qui avaient jusqu’à présent évité les fautes de goût dans ce projet commun comme dans leurs projets précédents (Vivian Girls d’un côté, Woods de l’autre)…

 

Alors, que penser ? Un tourbillon d’interrogations aussi urgentes que cruelles emportait mon esprit sur son passage dévastateur (celui du tourbillon, pas celui de mon esprit, soyez donc à ce qu’on vous dit, que diable) : ce deuxième album était-il aussi quelconque qu’il me l’avait paru ? Avais-je été abusé il y a deux ans, à la sortie du précédent ? Un bœuf-carottes et plusieurs écoutes attentives plus tard, me voici en mesure de répondre à ces questions par un jugement péremptoire et une logique discutable : ce deuxième LP des Babies est un bel album raté, et il est moins bon que son prédécesseur. Il n’a absolument rien de honteux, semble avoir été fait avec application et sincérité par des artistes talentueux, mais souffre d’un manque de consistance certain. Autre point faible, qui joue en faveur du premier disque : l’absence de très bonnes chansons.

 

Ce qui apparaît clairement, c’est l’envie de Morby de sortir des disques en solo ; il occupe la place principale sur ce disque, et livre quelques ballades (d’ailleurs assez réussies) : « Mean », « That boy » et « Wandering», mêlant les ambiances avec élégance – et rappelant davantage les chansons des Woods que celles du précédent disque des Babies. Lorsque Ramone et Morby se répondent enfin d’un couplet à un autre, c’est pour une chanson « Chase It To The Grave » qui n’est en rien comparable avec celles du premier LP. Alors que ce dernier laissait entrevoir de très grands espoirs pour The Babies, Our House On The Hill situe le groupe dans une case dont il va avoir du mal à sortir, celle d’un groupe honnête aux chansons agréables, mais dont personne n’attend grand-chose (sur PlanetGong, en tout cas).

 

 

 

 

Liste des chansons :

  1. Alligator *

  2. Slow Walkin

  3. Mess me around

  4. Get lost

  5. Baby

  6. Mean

  7. On my team

  8. Moonlight mile

  9. See the country

  10. That boy

  11. Chase it to the grave

  12. Wandering

 

 

Vidéo :

 

"Alligator" (live)

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 09:12

Ty Segall – Twins

Ty Segall
Twins
(Drag City 2012)

 

 

Après des années à sortir des albums fantastiques et à sillonner les routes, Ty Segall a enfin rencontré la reconnaissance du public et des medias. C'est amplement mérité si vous voulez notre avis (et de toute façons même si vous n'en voulez pas on le donne quand même), on pourrait même dire : "il était temps". Il aura donc fallu que Ty Segall sorte trois albums dans la même année afin que les médias traditionnels s'aperçoivent qu'il se passait un truc du côté de San Francisco, où quelques types envoient le meilleur rock'n'roll de la planète depuis quelques années. Pourquoi seulement maintenant ? Parce que les leaders du mouvement sont au sommet de leur art, que ce soit côté albums ou sur scène. Thee Oh Sees ont frappé fort avec Carrion Crawler / The Dream fin 2011 et les spectacles hypnotiques qui ont suivi sa sortie ont achevé de placer le groupe parmi les meilleurs dans sa catégorie. Ty Segall, en s'entourant de son Band au tournant de l'année 2012, a trouvé un groupe de scène capable de mettre en valeur ses morceaux heavy fulgurants.

 

En France comme dans le monde entier, c'est ce Twins qui a permis à Segall de percer. Porté par un premier single fabuleux, entre rock heavy et grunge ("The Hill") et des prestations démentes à la télévision (on a rarement vu groupe faire autant de bruit chez Letterman), le blondinet est devenu le fer de lance de l'underground américain, un artiste à la dimension digne de celle des Black Lips, qui remplit les salles et propose un exutoire rock'n'roll à tous les kids du monde. Pourtant, ceux qui suivent l'artiste depuis des années et qui se réjouissent de son succès, sont un peu chagrinés : si ce Twins porteur de réussite est un excellent album, il est n'est pas le meilleur de son auteur, ni même le meilleur sorti en 2012 par celui-ci (nombreux sont ceux à lui trouver Hair ou Slaughterhouse supérieurs).

 

Que peut-on reprocher à Twins alors ? Le recours à certaines vieilles recettes, déjà entendues avant ("Would You Be My Love" rappelle "Lovely One" de Lemons, par exemple). L'installation de Segall dans une certaine zone de confort (on est rarement surpris par ce qui se passe durant l'album). Le manque de morceaux frappants. En gros, en dehors des voix éthérées qui ouvrent "The Hill" on est jamais dérouté ou pris par surprise sur Twins. Cela ne l'empêche pas pourtant d'être un album de haute volée, empli de moments de bravoure, tel ce "You're The Doctor" fantastique qui possède le meilleur refrain de l'année ("there's a problem in my braaaaaaaaaaaaain"), mais la plupart du temps, Twins ne propose que des titres lourds et lancinants bien foutus, mais moins ébourrifants que le délire heavy space de Slaughterhouse (qui se pose en exemple en termes de prise de risques). Cela dit, les morceaux de Twins prennent une dimension incroyable lorsque le Ty Segall Band les interprète sur scène.

 

Notons qu'un concept est encore au cœur du disque, celui de la gémellité et de la double personnalité. Cela se traduit par un album où les deux faces possèdent une couleur différente. La face A propose la version la plus teigneuse et heavy de Ty Segall. On y trouve tous les morceaux les plus catchy de l'album, de la superbe ouverture "Thank God For Sinners" à "The Hill" et l'intrigante "Inside Your Heart", en passant par la nerveuse "You're The Doctor". La face B est étonnamment plus calme. En dehors du premier morceau "They Told Me Too", le tempo s'y ralentit considérablement. "Love Fuzz", "Handglams" et "There's No Tomorrow" sont susurrées lentement par Segall devant un mur de fuzz et donnent un faux rythme à la deuxième partie du disque. "Gold On The Shore" voit Segall tenter une approche acoustique (qui n'a rien de Neil Young, malgré le clin d'œil que fait Segall au canadien sur la pochette du disque). Seule l'étonnante "Who Are You", à la guitare virevoltante, propose quelque chose d'inattendu et de dynamique à la fin de l'album.

 

 

 

 

Tracklisting :

 

Face A

1 – Thank God For Sinners *
2 – You’re The Doctor *
3 – Inside Your Heart
4 – The Hill *

5 – Would You Be My Love

6 – Ghost

 

Face B

1 – They Told Me Too

2 – Love Fuzz

3 – Handglams

4 – Who Are You *

5 – Gold On The Shore

6 – There Is No Tomorrow *

 

 

 

 

Vidéos :

 

"The Hill"

 

"Thanks God For Sinners"

 

"You're The Doctor" chez David Letterman

 

 

 

 

 

 

Vinyle :

 

Ty Segall – Twins

 

Ty Segall – Twins

 

 

 

 

 

 

 

Ty Segall : tous les disques chroniqués sur PlanetGong

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8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 14:43

Timmy's Organism - Raw Sewage Roq Timmy's Organism -
Raw
Sewage Roq

(InTheRed ; 2012)

 

C’est un fait depuis longtemps établi : chaque nouvelle sortie discographique de Tim Lampinen vient apporter un élément fabuleux à une œuvre monstrueuse et fascinante. Lampinen est le plus grand artiste rock’n’roll des quinze dernières années. Quel que soit le projet concerné (Epileptix, Clone Defects, Human Eye, Timmys Organism), le risible esthète dégénéré post-moderne que vous vous flattez d’être se réjouit de toute nouveau disque produit par Tim Lampinen. A PlanetGong, c’est totalement différent : en plus de posséder une sûreté de goût de chaque instant, nous ne sommes pas risibles (ou si peu).

 

Pour Raw Sewage Roq, c’est avec Timmys Organism que Lampinen fait son retour chez IntheRed (le premier album avait été publié par Sacred Bones). Alors que le premier disque de Timmy’s Organism consistait presque exclusivement en un projet solo de Lampinen, ce RawSewageRoq est davantage le résultat de la collaboration entre trois musiciens. Ce disque est au final plus proche d’un album de punk-rock que des bizarreries marquées par la science-fiction du délirant dernier Human Eye (aucun bruitage étrange de type «Building the friend-ship » sur Raw Sewage Roq). Le trio qui compose Timmy’s Organism est à présent parfaitement rôdé : Colin Sick est un batteur rock’n’roll dément, et Jeff Giant  un bassiste fermement décidé à ne pas être cantonné à un rôle de figurant, et qui tapisse les morceaux d’une assise rassérénante (« Boucing Boobies », « Poor and bored »). 

 

C’est toujours le cas avec les disques de Lampinen : l’entrée dans l’album est particulièrement soignée ; il aime en effet placer en première position un morceau capable de faire fuir 99% des gens : « CatsontheMoon» place donc l’auditeur en situation, et offre le premier moment de magie de l’album, qui en contient plusieurs autres, dont le solo de guitare terrifiant sur « Unhook my leash », une chanson à l’essence punk bas-du-front au refrain entêtant qui se déroule à mi-parcours en space-rock extrêmement violent. L’une des forces des chansons de Lampinen – et c’est encore vrai sur cet album – a toujours été la capacité de l’auteur à en transformer la structure et à les faire évoluer pour devenir d’étranges objets sonores difficilement descriptibles incroyablement enthousiasmants, et dont l’auteur est indentifiable entre mille.

 

Comme aux plus beaux jours des Clone Defects (« Whisky and Women»« Low Fashion Lovers», « Procrastination Babys»), Lampinen est toujours capable de composer des riffs de guitare incroyables : « Cats on the Moon», « Bouncing Boobies». Sur « Monster Walk », un autre grand moment de l’album, il chante à la Captain Beefheart les paroles les plus engageantes de l’année (« Lets take a walk to the cemetery»).  Sur ce disque, les deux morceaux qui se démarquent vraiment des autres d’un point de vue stylistique, sont « DrunkenMan», une ballade aussi démembrée et à l’abandon que son titre le laisse envisager, sur laquelle Lampinen postillonne ses paroles plus qu’il ne les chante, et l’avant-dernière piste, « Mind over Matter » dont le titre prometteur ne laissait présager en rien de son introduction qui surprendra tous les auditeurs n’ayant pas abandonné l’écoute de ce disque marquant. Pour le reste, la démarche est très directe, straight-to-the-point au possible, malgré les quelques effets sonores que le groupe s’accorde (sur «Take the castle », notamment).  

 

PlanetGong n’en attendait pas moins : ce Raw Sewage Roq est un véritable disque de résistance aux aspects les plus débilitants du monde contemporain ; chaque nouveau disque de Tim Lampinen apporte un antidote à la médiocrité musicale ambiante ; s’il y eut jamais de grands artistes dans le monde du rocknroll, Timmy Vulgar Lampinen est de ceux-là, capables en quelques secondes de saisir aux tripes son auditeur pour lui montrer que tout espoir n’est pas perdu.

 

 

 

 

 

Liste des chansons :

  1. Cats on the Moon *

  2. Bouncing boobies

  3. Monster Walk *

  4. Drunken Man

  5. Unhook my leash *

  6. Take the castle

  7. Poor and bored *

  8. Low cut surgery *

  9. Mind over matter *

  10. Raw Sewage roq

 

 

 

 

Vidéos :

 

"Cats On The Moon" (live)

 

"Low Cut Surgery"

 

 

 

 

 

Vinyle :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cliquez ici pour voir tous les albums de Timmy Lampinen chroniqués sur PlanetGong

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1 janvier 2013 2 01 /01 /janvier /2013 22:18

Thee Oh Sees - Putrifiers II

Thee Oh Sees  -

Putrifiers II

(In The Red 2012)

 

 

Depuis le sommet créatif atteint avec Carrion Crawler / The Dream, Thee Oh Sees semblent intouchables, au dessus de la mélée. En concert comme sur disque, leur formule kraut'n'roll rodée emporte tout sur son passage. John Dwyer est le roi de San Francisco et du rock garage américain. Pour autant, le chanteur ne se repose pas sur ses lauriers. En publiant Putrifiers II (à la pochette exemplaire de laideur), il continue sur son rythme d'un album tous les six mois, perpétuant ainsi la légende de son hyperactivité.

 

C'est connu désormais, Thee Oh Sees enregistrent de deux façons : a) en groupe, ce qui donne des disques violemment groovy et psychédéliques (Help, Carrion Crawler, Warm Slime), généralement publiés sur In The Red, ou b) en solitaire, quand Dwyer donne congé à ses collègues et enregistre des disques intimistes (Dog Poison, Castlemania), publiés surtout sur Castleface. Cette version du groupe, faite de nombreux featuring d'amis, n'a souvent d'Oh Sees que le nom.

 

Pour Putrifiers II, il semble qu'on ait droit à la version b). L'album, extrêmement poli et pop, voit Dwyer s'amuser à tisser des mélodies psychédéliques douces et à les enrober d'arrangements classieux (violoncelle et clarinette sur "Wicked Park", qui possède un côté berceuse à la Kevin Ayers, "Goodnight Baby" et son violon). Si l'album est globalement calme, il s'ouvre toutefois sur un titre trompe-l'œil nommé "Wax Face" où on retrouve l'incomparable pulsation du groupe. On trouve un seul autre morceau dans la même veine sur l'album, nommé "Lupine Dominus", si bien que Putrifiers II s'avère être un album extrêmement varié, au croisement des productions récentes des Oh Sees, pas vraiment le genre de groupe à s'enfermer dans une routine.

 

On trouve ainsi toutes sortes de choses ici : "Flood's New Light", derrière son bourdonnement de fuzz, est un morceau très pop, presque glam. "Goodnight Baby" est un pur exemple de pop west coast sous influence Byrds comme on le concevait il y a 45 ans. "Hang A Picture" est un belle ballade psychédélique douce, "Will We Be Scared ?" ramène aux Oh Sees délicats et introspectifs de Hounds Of Foggy Notion, "Wicked Park" est une jolie berceuse illuminée d'instruments qui lui donnent un côté médiéval. Par contre, la lente procession de "So Nice" mime un peu trop le Velvet Underground d'"All Tomorrow's Parties" (et ses violons stridents) pour être honnête. Est-ce un effet collatéral du fameux album de reprises du Velvet Underground sorti en fin d'année ?

 

Toutes ces belles choses font de Putrifiers II un album  agréable, bien qu'évidemment mineur dans le répertoire des Oh Sees. On peut le considérer comme une respiration, une pause, en attendant le prochain véritable album de John Dwyer et Thee Oh Sees en tant que groupe.

 

 

 

 

Tracklisting :

 

1. Wax Face *
2. Hang a Picture *
3. So Nice
4. Cloud #1
5. Flood’s New Light  *
6. Putrifiers II
7. Will We Be Scared
8. Lupine Dominus *
9. Goodnight Baby
10. Wicked Park *

 

 

 

 

Vidéo :

 

"Lupine Dominus"

 

 

 

 

 

Vinyle :

 

"Tu vas voir elle pas si moche cette pochette, en fait c'est un pochoir"

 

Thee Oh Sees - Putrifiers II

 

"Ah ben non, c'est encore pire comme ça..."

 

Thee Oh Sees - Putrifiers II

 

 

 

 

Thee Oh Sees : tous les disques chroniqués sur PlanetGong

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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 14:51

Fergus & GeronimoFergus & Geronimo -

Funky Was The State Of Affairs

(Hardly Art 2012)

 

 

Il est des disques dont on sait à première vue qu'ils vont nous plaire. Funky Is The State Of Affairs nous a attiré l'œil par sa pochette hideuse proche des atrocités commises au feutre et au crayon de couleur par Wesley Patrick Gonzalez sur celles de Let's Wrestle. Mauvais goût assumé : on aime ce genre d'approche DIY foireuse qui cache souvent de bons albums. Le nom du groupe – dont on ignorait tout – nous a ensuite amusé : Fergus & Geronimo. Deux prénoms improbables nettement plus sympathiques que n'importe quel duo pitchforkien calibré pour illustrer les scènes de virée en voiture dans les films indés américains (Peter, Bjorn & John, She & Him, ce genre de machins...). Ajoutez à cela un titre au jeu de mot foireux (qui joue sur les multiples sens du mot "funky") et des titres de chansons alléchants ("Planet Earth Is Pregnant For The 5th Time" digne de Timmy Vulgar, "Roman Tick", "Wiretapping Muzak II"), et l'envie de s'emparer de ce disque était impossible à réprimer. Le mieux dans tout cela – et le plus important vous en conviendrez –, c'est qu'une fois le disque tourne sur la platine, il ne déçoit pas.

 

Fergus & Geronimo, comme leur nom l'indique, est un duo formé de Jason Kelly et Andrew Savage (notez que le nom Jason & Andrew aurait eu moins de gueule). Originaires de Denton, Texas, ils semblent avoir pour saine éthique de vouloir mêler post-punk, funk, disco, esthétique DIY (on trouve de nombreux instruments-jouets et blips-blips en tous genres dans leur musique) et humour extra-terrestre. De nombreux passages barrés viennent ainsi s'intercaler entre les morceaux, la plupart étant faits de déclarations étranges accompagnées de sons d'outre-espace. "Planet Earth Is Pregnant For The 5th Time" annonce un astronaute en ouverture d'album, avant d'ajouter, "but this time, she's keeping it". Sur "Strange One Speaketh", une jeune femme étrange passe une annonce amoureuse déjantée. "My Phone's Been Taped Baby" narre un dialogue paranoïaque et conspirationniste. Tous ces passages bizarres servent de lien entre les morceaux et confèrent à l'album une unité autant qu'un aspect foutraque. La palme dans le genre revient à "Earthling Women", morceau barré où un extra-terrestre (comprendre : une voix accélérée) raconte en spoken-word sa lassitude envers les femelles humaines, le tout sur fond d'easy-listening virant au free-jazz. Frank Zappa aurait adoré.

 

Bien sûr tout cela ne serait qu'une vaste blague potache sans réel intérêt musical (un peu comme MOM, l'improbable groupe d'écureuils sous LSD de Burger Records) si au milieu de tout ce tohu-bohu ne subsistaient des morceaux rock'n'roll de premier ordre, un formidable kaleidoscope d'influences diverses. On pense à Devo sur le post-punk dansant de "Drones" et "No Parties", "Roman Tick" va chercher du côté des Buzzcocks d'"Orgasm Addict", "Earthling Men" évoque le post-punk funky de Neils Children, on retrouve le genre de disco-punk pratiqué par The Rapture sur "Marky Move".

 

Le titre de l'album laissait à croire qu'il s'agit ici d'un album de funk. On trouve cet élément dans le son de Fergus & Geronimo par l'apport d'un saxophone intermittent, notamment sur ce ce "Roman Numerals" au rythme tribal et au solo assez free (qui par ailleurs s'achève en un instrumental délicieusement muzak), et surtout sur les irrésistibles "Off The Map" et "Funky Was The State Of Affairs" qui closent l'album de façon dansante.   

 

Cela dit, pour l'essentiel, Funky Was The State Of Affairs est un album de rock aux rythmes complexes et à l'état d'esprit punk et gentiment anarchique. Un album débordant d'idées et d'énergie, sophistiqué et crétin à la fois, idéal pour danser (les pauses clope sont même incluses).Un choc des genres digne de White Denim, dont on sent l'influence ici (notamment sur ce "Spies" digne de "I Like To Run"). Au moment où ces derniers viennent de passer en quatuor et de s'orienter vers des horizons de plus en plus jazz et prog, Fergus & Geronimo prennent brillamment la relève dans la famille des doux-dingues aux idées ambitieuses.

 

 

 

 

 

Tracklisting :

 

Face A

1. Planet Earth is Pregnant for the Fifth Time
2. No Parties *
3. The Strange One Speaketh
4. Roman Tick *
5. My Phone's Been Tapped, Baby
6. Roman Numerals/Wiretapping Muzak I
7. Spies 
8. Earthling Men *


Face B

1 The Uncanny Valley
2. Earthling Women
3. Drones *
4. Wiretapping Muzak II
5. Off the Map *
6. The Roman Stuff is Where it's At
7. Marky Move *
8. Funky Was the State of Affairs

 

 

 

 

 

 

Vidéos :

 

"No Parties"


 

"Roman Tick"

 

 

 

 

 

Vinyle :

 

Fergus & Geronimo

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