10 janvier 2006 2 10 /01 /janvier /2006 03:30

 

"Bright Young Things",

Camden Koko, Londres

Vendredi 30 Decembre 2005

 

Décembre 2005, une rumeur court sur Londres et les forums des Libertines : Carl Barât organiserait un concert secret la veille du réveillon du nouvel an pour terminer l'année avec style et dévoiler ses Dirty Pretty Things à Londres.
Les choses deviennent concrètes lorsque le site du Camden Koko annonce une soirée organisée par l'ex-Libertine le soir du 30. L'affiche est intéressante (The Paddingtons en groupe principal) et l'intitulé de la soirée (Bright Young Things) laisse à penser que notre héros fera une apparition surprise.


La salle du Camden Koko (ex-Camden Palace) est magnifique – on comprend pourquoi Madonna a voulu y faire son retour londonien récemment – avec ses loges latérales et ses multiples balcons qui lui donnent une allure de théâtre ou d'opéra. Le public est plutôt jeune et semble avoir été recruté sur casting. Un concours de mode doit être organisé ce soir car les dégaines les plus improbables et les poses les plus marquées semblent être de rigueur.


Le premier groupe fait son entrée sur scène devant une salle clairsemée. Tous vêtus de vestes semblables à celles des Libertines des débuts, mais vertes – ils semblent préférer le style des gardes à cheval à celui des gardes de Buckingham Palace –, et menés par un chanteur joufflu, The Dirge effectue un set particulier. On n'a pas vraiment compris quel genre de musique nous a joué le groupe ce soir. C'était plutôt lent, voire même mou, mais les chansons possédaient toutes une structure particulière qui les rendait insaisissables. On se promet de retourner voir ce groupe qui a dérouté nos sens – à moins que ne ce soit l'alcool – au point qu'on ne sait s'ils ont été brillants ou très mauvais.


Ce qui est sur en tous cas, c'est que The Crimea fait l'unanimité en ce qui concerne leur médiocrité. Les 45 interminables minutes que dure leur set soft-rock taillé pour les FM sont l'occasion idéale pour faire plusieurs allers-retours au bar et se chauffer gentiment pour la suite. Et la suite sera chaude… enfin bon, c'est ce que visiblement veulent nous faire croire les organisateurs (putain arrête Carlos!) en envoyant en préambule un duo de strip-teaseuses. 


On s'interroge sur la nécessité d'un tel interlude – surtout quand la salle est remplie de teenagers – aussi inutile que faussement transgressif… A peine le déballage de viande terminé, la seule des deux dames a avoir gardé ses vêtements annonce à la façon d'un monsieur loyal "Hull's finest… The Paddingtons!". Les choses sérieuses commencent. 


Les Paddingtons sont un des groupes punk les plus charismatiques de la nouvelle scène anglaise et se sont essentiellement fait connaître grâce au parrainage de Pete Doherty qui a ouvert à tant d'autres jeunes groupes post-Libertines la porte des grands labels britanniques. De toute cette scène – Selfish Cunt, Others, Unstrung, Neil's Children – les Paddingtons sont un des plus doués et des plus proches des Libertines au niveau du son et de l'énergie.


Leur set sera intense, compact. Le chanteur Tom Atkin a beaucoup plus de charisme que ce que les photos de presse ne semblaient présager – il a en fait même tendance à prendre des poses de branleur un peu trop travaillées, sans doute le fait d'avoir défilé pour Hedi Slimane, tiens… - et le groupe est une furieuse machine rock'n'roll lancée à pleine vitesse. Un conseil, buvez trop avant de les voir et sautez dans la fosse.

 

Les Paddingtons possèdent des hymnes punk imparables. "Same Old Girl", "Fifty To A Pound", et surtout "Panic Attack" sont les moments forts de la soirée. Pour le rappel, un guitariste surnuméraire non identifié (unmembre des Cribs?) supplée le groupe tandis qu'une blonde péroxydée vient pousser des cris au micro, le tout dans une ambiance de krosse rikolade.


Après ce concert jouissif surgit l'inévitable déception : en voyant les techniciens démonter les amplis on comprend que les Dirty Pretty Things ne nous ferons pas l'honneur de leur dernier concert de 2005 ce soir. Peu importe, la soirée continue avec un mix de DJ Carl Barât essentiellement axé sur toutes les choses punk, de Blondie aux Strokes en passant par d'autres villes que New York. "Don't Look Back Into The Sun" reçoit le meilleur sing-along de la soirée par une foule décomplexée par l'alcool et qui se dandine sur une piste couverte de bière à cause de mouvements de bras un peu trop enthousiastes.


La soirée terminée, en prenant l'interminable bus de nuit on se rend compte qu'on vient de passer notre soirée la plus rock'n'roll depuis longtemps. Merci Carl.

Partager cet article
Repost0
9 janvier 2006 1 09 /01 /janvier /2006 11:12

The Bloody Hollies,
Thunderbird Lounge, St Etienne

Vendredi 23 Décembre 2005

 

La bonne nouvelle de cette fin de morose année, c'est qu'un des meilleurs groupes garage-rock américains a décidé de faire une halte à St Etienne avant que tout le monde ne se gave le foie gras pendant les décadentes "fêtes de fin d'année", semaine de relâchement général où le monde riche se fait péter la panse en alcool et bouffe pendant une semaine d'orgie ininterrompue façon jet-set.


Le Thunderbird a réussi, une fois de plus, un gros coup en faisant venir ce quatuor de Buffalo dans notre trou du culturel stéphanois. Comme à chaque concert ici, la salle est blindée de monde – facile, vu qu'à plus de 40 dans le minuscule sous-sol on se croirait à Altamont.


Un mot sur les groupes qui ont assuré la première partie : les Chacaux (sic) sont un trio punk-garage à l'humour lourdingue, au talent incertain, mais à la bonne volonté louable. Le groupe génère un ennui poli durant son set et se fait même honte en reprenant "Psychotic Reaction" de Count Five et un morceau des Dirtbombs. En fin de compte les Chacaux (re-sic) ne sont qu'un petit groupe sans prétention qui se fait plaisir en jouant les chansons qu'il aime. Tant qu'il y aura des gens comme ça, le rock se portera bien… Et puis sans groupes médiocres, le bar tournerait moins bien, non?


Le second groupe est plus intéressant. Les Hunchbacks sont un excellent groupe de punk local, à la rythmique altière et au son nickel. Le problème de ce groupe aux compos impeccables réside en fait dans son visuel. Les Hunchbacks ne sont pas glamour pour un sou et ont un jeu de scène un peu statique. Pire, le chanteur manque considérablement de charisme pour espérer porter son groupe plus haut. Sa voix ne fait pas d'étincelles et son physique est plutôt boulanger. On a plus l'impression de voir chanter son commun du coin qu'un véritable punk-rocker engagé et engageant. Il ne déclenche aucune réaction en nous, on n'a pas envie d'être lui… cela ruine un peu les efforts de son excellent combo.


On se rend compte du chemin qu'il leur reste à parcourir lorsqu'arrivent les Bloody Hollies. Nourris à l'école de Detroit – et récemment produits par l'indispensable Jim Diamond, qui les a transformé en leur injectant cette fusion stoogienne propre au son garage de Detroit – les Bloody Hollies jouent beaucoup plus vite et plus fort que les groupes précédents. En fait, il y a un monde entre ce à qu'on a eu droit pendant deux plombes et le groupe de dandys énervés qui joue devant nous. Le chanteur Wesley Doyle, sorte de Steve Marriott aux cheveux bouclés attire tous les regards, ce qui irrite son bouillant bassiste binoclard qui en fait des tonnes pour être au centre de l'attention. Tout en se contorsionnant dans tous les sens, ce dernier assure une rythmique d'enfer en compagnie du cogneur qui doit empêcher tout le quartier de dormir.


Le concert est d'une grande intensité et le groupe convainc à grands coups de massue au terme d'un set puissant et diablement rock'n'roll. Parmi les meilleurs morceaux ce soir, on pense inévitablement à "Watch Your Head", "Cut It Loose", "Burning Heart", "Gasoline" ou "Mind Control". Les Bloody Hollies sont certainement le meilleur groupe garage qu'on ait vu en concert depuis les Dirtbombs ou les Datsuns. Voilà à quelle hauteur se situe ce groupe.


A la sortie du concert, il semble évident qu'ils sont le meilleur nouveau groupe dans leur catégorie. En 2001 ces mecs là seraient devenus des superstars. En 2005, dans l'avalanche de groupes new-wave et art-punk, le fait qu'il existe encore des groupes classieux de la trempe des Bloody Hollies est vital. Une véritable bouffée d'oxygène en fait.

Deux morceaux des Bloody Hollies sont téléchargeables gratuitement à la section mp3. "Cut It Loose" et "Watch your Head" devraient finir de vous convaincre

Partager cet article
Repost0
12 décembre 2005 1 12 /12 /décembre /2005 15:20

Devendra Banhart – London Astoria
Mercredi 16 Novembre 2005

C'est une affluence des grands jours en ce soir de Novembre qui accueille la caravane ambulante des joyeux hippies que sont The Hairy Fairy. Car c'est officiel, ce n'est pas Devendra Banhart que nous voyons ce soir mais un véritable groupe, un collectif au répertoire huilé dans lequel chacun a son moment de libre expression. Toute la soirée, le barbu de San Francisco n'aura cesse de répéter cet état de fait et de s'affirmer en tant que la figure de proue d'un groupe folk-rock psychédélique dans la lignée des Byrds.

 

On aura donc vu trois groupes ce soir, le premier étant Akron Family,un quatuor folk qui gâche son talent dans un manque de sérieux préjudiciable. Frank Zappa avait posé la question "Does humour belong in music?" sans réussir à y répondre de façon convaincante. Akron Family pratiquent un humour lourdingue qui nuit à leur musique. Posons un exemple concret : le groupe arrive, s'installe et se lance dans un chœur a capella. Un ange passe… jusqu'à la cacophonie. Le groupe se lance brusquement dans un fracas sonore désordonné. Le batteur cogne de façon anarchique et vas-y que tout le monde tapote dans tous les sens en faisant des grimaces et hurlant pouet-pouet et cris d'animaux. Ils se trouvent sûrement geniaux et ont l'air de beaucoup s'amuser. En vérité, tout cela est assez rapidement lassant et ne révolutionne pas grand-chose. On est loin des Mothers Of Invention et d'autres expérimentalistes bruitistes. Le fait de faire n'importe quoi n'a rien de subversif en soi.

 

Après ce qui semble avoir duré une éternité le bruit de fond s'arrête et le groupe annonce son dernier morceau au grand soulagement de l'audience. Ce qui suit est grandiose. Akron Family produisent trois minutes intenses de rock garage psychédélique dans la tradition Nuggets avant de s'en aller sous les ovations. On réalise alors le gachis des trente premières minutes de leur prestation où, à force de prendre du recul sur eux-même par timidité ou pour éviter d'être prétentieux, le groupe a fait passer son art au second plan. Quand Akron Family joue, on aime. Quand ils font les imbéciles, ils ruinent leur musique. Au final, on se rappelle d'eux comme d'un groupe sympathique, mais pas sérieux, dans le mauvais sens du terme, ce qui est vraiment dommage.


Le groupe suivant, Dirty Three, n'a pas ce problème là. Warren Ellis, le violoniste barbu au regard allumé qui mène le groupe se prend visiblement très au sérieux. En fait, lors des intenses et étranges morceaux de jazz planant du trio (batterie, basse, violon, pas de chant), il méprise ouvertement le public en lui tournant le dos. L'homme inquiète lors de tirades improvisées hallucinées et agressives adressées à la salle – à la gent féminine en particulier – et par son jeu de scène déplaisant et violent (à l'image de ces coups de pieds répétés assénés à un personnage imaginaire à sa droite). Son humour aussi tombe a plat ("This song is dedicated to the statistic that seven out of ten British women prefer the Dirty Three to Robbie Williams"). On aime ce genre de personnage qui sait polariser l'attention et diviser l'assistance mais malheureusement ce grand malade produit une musique trop répétitive pour qu'on lui décerne la note maximale. Après le choc initial son attitude scénique devient prévisible et son art inintéressant. La sauce ne prend pas et on s'impatiente sérieusement pour la suite.


L'arrivée de Devendra Banhart et de son groupe est un véritable soulagement. Vêtu de son désormais habituel gilet old-style, le chanteur étonne d'abord par sa complexion étrange et cette façon de se mouvoir à la fois maniérée et élégante. La deuxième surprise est plutôt mauvaise; le début du set du groupe est incroyablement mou. Les morceaux, très ralentis et portés par des chœurs aériens, sont a la limite du soporifiques. On n'est clairement pas dans le délire d'un Dylan incitant à son groupe un "Play fuckin' loud!" vindicatif pour rentrer dans le lard des folkeux à Newport en 1965. Les Hairy Fairy suivraient plutôt une politique de "please play soft" qui rend les versions originales acoustiques en arpèges de ces morceaux plus dynamiques que leurs vaporeuses interprétations de ce soir. Un comble. Après quatre morceau, le groupe s'arrête. Les musiciens décrochent leurs instruments, s'assoient au fond et Banhart demande au public si quelqu'un se sent d'interpréter une de ses propres compositions. Un quidam se propose, monte sur scène sans se dégonfler, joue un truc larmoyant avec une voix chevrotante visiblement stressée et se fait acclamer par le public (combien de tetes d'ampoules se sont dit :"merde, j'aurais dû y aller" ce soir?).


Cet intermède inutile passé le groupe revient sur le devant de la scène et indubitablement les choses ont changé. Doit-on remercier le type à la chemise à carreaux ou la bouteille de rouge qui a circulé entre les musiciens? En fait on s'en fiche; les Hairy Fairies jouent avec élégance le répertoire de Banhart et ne manquent pas de nous émouvoir à plusieurs reprises. L'essentiel des morceaux sont évidemment tirés du récent Cripple Crow et quand ils ne le sont pas, une relecture radicale est proposée, très souvent dans un registre byrdsien (folk-rock léger mid-tempo avec chœurs aériens en trame de fond). Le groupe sait aussi faire danser, notamment avec les rythmes latinos de "Santa Maria De Feira" et le génial "Long Haired Child" qui fait le lien entre Banhart et la scène beat de Haight Ashbury. Le fantôme du Jefferson Airplane rode...


Fidèle à son idéal communautaire Devendra Banhart se met en retrait lors de deux morceaux chantés – et composés – par les deux autres guitaristes du groupe, à savoir le soliste Noah Georgeson  et le bras droit de Devendra Banhart, Andy Cabic (chanteur de Vetiver, leur autre groupe folk acoustique). On le sent désireux de se fondre au moule d'un collectif et de ne pas tirer la couverture à lui seul. Il y sera pourtant contraint lorsque le reste du groupe se retire pour le laisser seul face à son public. Visiblement mal à l'aise  - au point de passer trois plombes à réaccorder sa guitare et d'engager un dialogue de sourd avec les techniciens de la sono - le chanteur semble peu desireux de se preter a cet exercice intimiste.

 

Le moment est pourtant magique. La symbiose avec l'audience est complète et les pépites de Rejoicing In The Hands et Nino Rojo font mouche, en particulier la fragile "A Sight To Behold" qui émeut totalement et laisse la salle hébétée. Un silence de pur bonheur que Banhart desamorce en reprenant "Don't Look Back In Anger"... Le groupe revient et emballe le public avec un final euphorique et électrique. Le rappel sera un grand moment de communion entre un groupe enfin dansant (sur l'ad lib de "This Beard Is For Siobhan" et le single "I Feel Just Like A Child" entre autres) et une salle conquise.


Les Hairy Fairy, après un début laborieux ont réussi leur pari : convaincre Londres qu'ils sont un vrai groupe. La variété des styles explorés – folk, rock psychédélique, musique sud américaine – et l'implication de Banhart en font un groupe sérieux (beaucoup plus que ce que Cripple Crow ne laissait supposer).

 

L'intéressé s'est montré fidèle à son image de chanteur perché en léger décalage avec la réalité (les quelques discussions avec le public n'avaient à vrai dire aucun sens, on avait plutôt l'impression d'entendre quelqu'un penser à voix haute) et fait preuve d'un charisme incroyable. De fait, ses efforts pour mettre ses camarades en avant sont vains tant sa présence électrique attire le regard. Ces quinze minutes où il s'est livré à l'exercice acoustique solitaire ont démontré où se situe sa véritable force et rendu vaines toutes ses tentatives de s'immiscer dans un collectif. Le soleil Banhart fait bien trop d'ombre à ses comparses pour qu'on ait envie de s'intéresser à ceux-ci. L'intention est louable et sans doute raisonnée – peur de lasser, besoin de se protéger d'un showbiz indésirable – mais demeure inefficace pour l'instant. On comprend son désir d'évoluer mais si ses morceaux en groupe sont excellents, aucun n'arrive à la cheville de ses intenses premières productions acoustiques. Banhart n'a pas encore réussi à nous rendre ses Hairy Fairies indispensables. Ils arrivent à nous emballer (surtout sur la fin), mais on ne se dit pas en sortant de l'Astoria que le groupe était excellent. L'essentiel de la discussion est centrée sur Banhart, Banhart et Banhart.


Le chanteur arrive un moment clé de sa carrière, une période d'incertitude. La réaction du public à cette tournée sera décisive. C'est Devendra Banhart qui a gagné Londres, pas les Hairy Fairies. Arriveront-ils à trouver la formule? On suppose que ce groupe tournera a plein regime quand il jouera des morceaux ecrits pour lui et non des adaptations discutables de ballades acoustiques. Il est temps pour Banhart de faire un grand pas en avant et d'equilibrer un peu mieux son show s'il veut faire des Hairy Fairy un grand groupe. Il en a les moyens.

Partager cet article
Repost0
14 novembre 2005 1 14 /11 /novembre /2005 23:00

The Sights – London Metro
Mardi 1er Novembre 2005

 

 

Drôle de journée que ce jour de la toussaint… Ce soir les Sights jouent au Metro Club qui se situe en plein Oxford Street. Pour rentabiliser au maximum notre onéreux ticket de tube, on décide donc d'aller fouiner dans l'après-midi chez les disquaires de la capitale britannique. Ceux qui connaissent Londres savent que c'est à Berwick Street que se trouvent les meilleures échoppes de tout le royaume.

 

C'est dans cette rue que se trouve l'excellent magasin Selectadisc, spécialisé dans le vinyl neuf -  tous genres confondus. Le hasard a voulu que le jour même de ma piqûre de rappel hebdomadaire était prévu un "in-store gig" des prometteurs Nine Black Alps. Pendant une petite demi-heure, le groupe mancunien a livré à la cinquantaine de spectateurs enchantés une prestation entièrement acoustique. Sam Forrest aime Elliott Smith, cela se ressent fortement dans son écriture. Nine Black Alps ne sont pas qu'un groupe de braillards grunge. La séance de dédicace destinée à booster les ventes du single "Just Friends" révèlera un groupe de jeunes gens affables et humbles. Rafraîchissant dans un milieu peuplé de poseurs.

 

Plus tard dans la soirée je regarde mon ticket de concert. L'ouverture des portes est prévue à 19h or il est 19h30 et rien ne bouge, personne même n'attend devant la porte. On s'inquiète, on se demande si on est au bon endroit, si la salle ne possède pas une entrée alternative et on décide de rôder en quête de cette foutue entrée (stress palpable). Ce faisant, on croise un jeune homme blond, pas très grand, vêtu d'une veste polaire. Eddie Baranek, chanteur des Sights.
Le quidam a l'air aussi paumé que nous, on se décide à aller lui parler. "Excuse me, you're Eddie Baranek, aren't you?". Les Sights ne sont pas les White Stripes, aussi le musicien paraît surpris  d'avoir été reconnu (je pense lui avoir gagné sa journée).

 

La conversation s'engage et il apparaît assez vite qu'il est tout aussi inquiet que nous concernant l'ouverture du club. On parle de choses et d'autres (essentiellement de la scène de Detroit et inévitablement des Dirtbombs). Il nous explique qu'il a appelé ce little bastard de Ben Swank – batteur des Soledad Brothers et résident londonien – et qu'il va pointer son cul dans l'assistance ce soir. Mieux encore, en venant à la salle il a croisé Dolf De Datsun dans la rue – rien de plus normal, après tout Londres est un grand village – qui va ramener sa clique. Va-t-on assister à une jam cosmique ce soir? Entendu que les Sights prennent la scène à 21h30, on décide de revenir plus tard.

 

Les portes se sont ouvertes à 20h. Lorsque le premier groupe de la soirée monte sur scène, la salle est vide à l'exception du barman, des Sights et de deux ou trois pèlerins. La chanteuse du groupe nommé Mass est vêtue d'une robe façon Debbie Harris (et doit avoir à peu près le même âge). Le premier morceau interprété par le groupe est une décharge garage-punk ponctuée par un riff monstrueux. On est emballé. La suite s'avèrera décevante, le groupe ne flirtant jamais avec les sommets atteints par ce morceau inaugural. Par ailleurs, l'attitude marquée de la chanteuse, qui marche à quatre pattes sur le bar et mime l'orgasme à chaque refrain est affligeante. Un bon jeu de scène ne passe pas forcément par le mime de l'acte sexuel. Karen O des Yeah Yeah Yeahs semble avoir fait des adeptes, pas toujours pour le meilleur…

 

Le deuxième groupe est nettement meilleur. Le trio écossais que sont The Fratellis propose une pop-punk-funk alambiquée plutôt séduisante et quelques ballades assez emballantes. Il y a de la cohésion, il y a du talent mais il leur faudra aussi du boulot avant de devenir les nouveaux Franz Party. Entre deux morceaux on tourne la tête sur la gauche et on voit une silhouette frêle qu'on jurerait avoir déjà vu… Christian Datsun, incognito dans la maigre attendance. Les autres Datsuns passent moins inaperçus. Dolf est sapé comme un pape, genre superstar en sortie et se la joue inaccessible, Phil pose en trois-pièces au fond de la salle.

 

Le contraste avec la simplicité d'Eddie Baranek qui amène son matériel lui-même et accorde sa guitare sans l'aide de techniciens est saisissant. Les Datsuns sont-ils des grosses têtes de con? En tous cas, l'idée de faire un bœuf avec les Sights ne leur traversera pas l'esprit ce soir. Dommage.


Le concert de ces derniers sera excellent. On regrette juste le faible nombre de personnes présentes dans l'assistance. Comme me le disais Eddie plus tôt, "we're not cool anymore". Le tsunami eighties a finalement eu raison de la vague garage, on en a l'illustration ce soir. Les Sights ont joué la quasi intégralité de leur dernier album. On est admiratif devant Baranek qui vit véritablement sa musique. L'entente avec les autres membres du groupe est parfaite – on craignait que les changements réguliers de personnel ne nuisent à la cohésion du groupe – et les highlights de la soirée sont indubitablement "Circus", "Frozen Nose" – applaudie chaleureusement par le public des les premiers accords – et "Suited Fine". Le concert est, comme bien souvent, beaucoup plus électrique que le disque. On découvre en Bobby Emmett, joueur de Hammond au style jazzy, un excellent support pour les chansons de Baranek. Lui aussi à le droit à ses moments de gloire; non content de chanter sur "Suited Fine" et "Baby's Knocking Me Down", il se permet quelques solos de haute voltige, tous ponctués d'une lourde gorgée de Jack Daniels au goulot. Seul Ben Swank osera déranger ce rituel en montant sur scène dérober l'objet du délit et se l'envoyer derrière la cravate.


Le concert ne dure qu'une petite heure avant que le groupe ne remballe. Sous la pression amicale du public, les musiciens remontent sur scène pour un rappel trop court. Un spectateur demande "Don't Want You Back", le groupe semble peu enclin à jouer des morceaux des deux premiers albums. Tout juste aura-t-on droit à "Nobody", chanson tirée de "Got What We Want". Etrange.


On sort de ce concert heureux de voir un groupe continuer à faire vivre l'esprit garage sixties – la comparaison avec les Small Faces est justifiée – mais aussi un peu attristé par l'évolution du rock ces dernières années. L'avenir semble appartenir aux revivalistes des fades années 80, confirmant le repli des groupes garage de Detroit (dont la scène est en train d'exploser entre querelles et procès divers). On ne peut que s'attrister qu'un groupe comme les Sights n'aient jamais joué en France. Honte à nous.

Partager cet article
Repost0
7 novembre 2005 1 07 /11 /novembre /2005 23:00
The KillsLondon Kentish Town Forum
Jeudi 20 Octobre 2005
 
 
De toutes les salles de Londres, le vétuste Forum n’est certainement pas celle qui possède la meilleure acoustique.Le plafond de quatre mètres de haut et le balcon d'un autre âge en font l'équivalent londonien de la salle des échos de la Chaise-Dieu en Haute-Loire (un endroit à connaître, si si… The Music y a enregistré ses deux albums).
On ne dira pas que le son de cathédrale qu'il en résulte a nui aux yorkais de ¡Forward Russia!, tant le groupe a su convaincre de sa nullité de lui-même. Batterie robotique putchi-putchi comme on les aime pas, basse mise en avant, jeu de guitare minimaliste… on a déjà entendu ça. Le chanteur hurle en falsetto dans un style oscillant subtilement entre Matt Bellamy et Justin Hawkins pendant que son groupe mouline du vent. Le revival 80s n'en finit pas et s'annonce même pire que prévu (oui, pire que The Killers et The Bravery). Au suivant!
 
On enchaîne avec les ridiculement nommés Be Your Own Pet – tout un programme… dire qu'on trouvait que Boys Die In Hot Cars était un nom ridicule – qui jouent un punk-rock juvénile voisin de celui des Subways. Malheureusement pour eux, la poupée Barbie péroxydée qui leur sert de chanteuse ruine toute cette débauche d'energie avec sa voix de présentatrice TV nourrie au Bacardi Breezer.
Tortiller des fesses pendant les solos ne fait pas de soi une icone sexuelle mademoiselle (et NON, reproduire la danse "coulée" d'Uma Thurman dans Pulp Fiction n'est pas cool). N'est pas Debbie Harris qui veut. On pense à Siouxsie & The Banshees pour le côté "punk brouillon chanté par une hystérique". Le micro sature dans les aigus, nos oreilles demandent une pause.
 
Quand VV et Hotel entrent en scène, le scénario est différent. Toujours cachée derrière sa meche de cheveux façon cousin machin, VV n'a même pas besoin de chanter pour dégager un charisme sidérant. Hotel, lui, s'est enfin débarassé de sa tenue de motard et a renoncé à ressembler au Lou Reed du dos de pochette de "Legendary Hearts" au profit d'un complet jean-gilet-chemise-cravate très tendance.
Pendant une heure, le groupe joue la quasi-intégralité de son excellent second album augmenté de quelques nouveautés dans un registre toujours plus sombre et dissonant. Les Kills sont du genre à manger du "White Light/White Heat" à chaque repas.
"No Wow", avec sa montée en puissance électrique, ouvre le concert avec grande intensité. Les décharges de guitare d'Hotel sont des électrochocs qui sortent le public du coma de la premiere partie

et font entrer VV dans une transe malsaine.

Leur set est compact, tendu. Le son des Kills combine electro cheap, blues agressif et bruitisme post-rock. Que cela fonctionne est essentiellement dû à la complémentarité des deux protagonistes sur scène. Appelez ça tension sexuelle ou communion d'âmes, il se passe quelque chose sur scène. Qu'on aie droit ou non au grand numéro – on se souvient de prestations dérangeantes avec VV terminant allongée, lascive, dans un total abandon –, l'alchimie des Kills rend leurs shows particuliers.
Les morceaux du premier album sont gardés pour le rappel, confirmant que "Cat Claw" est certainement le "tube" du groupe. Le concert s'achève avec l'hymne "Fuck The People", celui même avec lequel on les avait vu ouvrir le 3 Novembre 2004, jour de la réélection de George Bush, en forme dédicace pour le peuple américain. Pas de "Keep On your Mean Side", de "Wait" ni de "Dropout Boogie" ce soir. Le concert fut excellent tout de même, confirmant la direction electro blip-blip prise par le groupe sur No Wow. Le troisième Kills s'annonce encore plus sombre et radical.

 
 
Partager cet article
Repost0
24 juillet 2005 7 24 /07 /juillet /2005 22:00

Live : Bloc Party / The Rakes

14 Mai 2005, Le Transbordeur, Lyon (69)

(photo Andrew Kendall)

Lyon, 14 Mai 2005. La foule est venue nombreuse au Transbordeur pour acclamer les nouveaux chouchous de la presse branchée : Bloc Party. Notre but en allant à ce concert tranche avec celui de la majorité des djeun's ici présent - bonne nouvelle, le rock redevient une musique de jeunes, les vieux qui ont tout vu, tout entendu ne sont plus majoritaires - car si le combo art-rock londonien tient le haut de l'affiche, on est beaucoup plus excité par celui dont le nom est écrit en petit sur ce même rectangle de papier : The Rakes. Ces derniers ont publié 3 singles magistraux "22 Grand Job", "Strasbourg" et "Retreat", trois morceaux suffisant à générer une vague d'enthousiasme pour aller les voir.

 

La première partie sera à la hauteur - et même au delà - de nos espérances. Remportant l'adhésion du public grâce à leurs morceaux amphétaminés, les Rakes ont livré une demi-heure de pur rock'n'roll. Le chanteur Alan Donohue possède un charisme sombre et un jeu de scène (genre pantin désarticulé) à la Ian Curtis. Jarvis Cocker a certainement beaucoup influencé aussi ce pur produit du système d'éducation britannique dont la classe naturelle rattrape l'aspect fashion-victim de ses compagnons (le polo rayé rugby et le pull jacquard sont à la mode ces jours-ci). Le guitariste-binoclard, aussi moche que doué, envoie des riffs lourd qui font de ce groupe une sorte de Franz Ferdinand plus musclé. On adhère.

(photo Andrew Kendall)

Changement d'ambiance quand arrive Bloc Party - le groupe le plus surestimé ces jours-ci. Dès la première note, la totalité de la salle se met à bouger comme un seul homme. Les vingt premiers rangs se muent en un pogo gigantesque et le public hurle les paroles de "Like Eating Glass". A vrai dire on est surpris car ce morceau honnète déménage moins que ce que nous ont produit les Rakes quelques minutes auparavant. Le public est heureux d'entendre le disque qu'il connaît bien. Réflexe pavlovien. Durant l'intégralité du set les spectateurs seront en transe.

 

Le concert est pourtant décevant. On espérait que Bloc Party arriverait à transfigurer les chansons de son très moyen premier album sur scène, il n'en est rien. L'interprétation ultra-affectée d'un Kele Okereke conscient de son nouveau statut de rock-star rend la soupe encore plus indigeste. Après avoir soigneusement craché sur Oasis - ça intéresse quelqu'un? - entre les morceaux, il touche le fond quand il fait chanter "Happy Birthday" par l'audience pour une demoiselle du premier rang. Et toute la foule d'y aller gaiement "Haaaaaappy Biiiirthday..."

Les réactions d'un public acquis d'avance n'arrivent pas à nous faire oublier la faiblesse de beaucoup de morceaux et l'ennui profond qu'on ressent en les écoutant. Quelques uns toutefois valent le coup d'oreille - toujours les mêmes. "Helicopter", "Banquet" et "She's Hearing Voices" sont des bonnes chansons, oasis perdues dans un désert artistique d'une heure et demie. Comme prévu, les Rakes valaient le déplacement et Bloc Party a déçu. Ils peuvent pourtant faire tellement mieux!

Partager cet article
Repost0
4 juin 2005 6 04 /06 /juin /2005 22:00
Live : The Soledad Brothers

22 Mars 2005, Thunderbird Lounge, St Etienne (42)

 

 



"Si un jour un blanc vous parle de blues, ne l'écoutez pas... sauf s’il s’agit de Johnny Walker des Soledad Brothers". La phrase est de Jack White qui sait de quoi il parle en la matière...

 

 

St-Etienne. Le propriétaire du Thunderbird Lounge arbore un large sourire ce soir. Il est fier de son coup : il a réussi à faire venir un des groupes majeurs de la scène de Detroit dans son fief. Il est rare de voir un groupe de cette trempe se perdre dans le tiers-monde musical que constitue la ville verte. Cette nuit, dans un sous-sol plus petit que les toilettes d'Hervé Gaymard et au plafond si bas que Philippe Manoeuvre pourrait à peine y caser son mètre 80, le groupe arborant fièrement le logo des white panthers nous a livré un concert d'une classe phénoménale. Peu importe le nombre de spectateurs, 50 ou 500 (en l’occurrence c’était plutôt la première proposition) ils s’en foutent et vivent le rock'n'roll au jour le jour : " We are the Soledad Brothers. We play rock’n’roll. This is our job. Because we are laaaaaaaazy!".

 

 

Le concert commence à 23h30, le batteur Ben Swank - à la force de frappe monumentale - assurae une rhythmique puissante tandis que Johnny Walker - rien que le nom pose le personnage - est à la hauteur de sa légende (selon laquelle il aurait tout appris à un dénommé Jack White...). On s'attendait à un concert bluesy, très rapidement on se rend compte que le groupe est venu avec des intentions autrement plus rock'n'roll : les morceaux - principalement issus des deux derniers albums, comme "Going Back To Memphis", "Break'em On Down", "Cage That Tiger" - sont exécutés avec une énergie incroyable, leurs plans blues se transformant en riffs stoogiens. Lorsqu' Oliver Henry, le troisième larron de la bande troque sa guitare contre un saxo, le groupe s'envole. En fermant les yeux on se voit dans des sessions inédites de Fun House. Après 1h30 intenses les frangins tirent leur révérence. Un fan acharné - et surtout complètement saoul - monte alors sur scène jusque dans les loges pour les inciter à revenir (« More beer! More beer! »). Johnny revient, seul, et éxécute un blues acoustique avec une classe effarante. Un ange passe. Rideau. La soirée terminée, il est le seul encore à traîner au bar. Gentleman Johnny nous explique alors qu'ils ont enregistré leur nouvel album à Bordeaux - sortie prévue pour Septembre... on sourit et on se quitte en disant à demain.

 

 

Après s’être perdu pendant deux plombes dans la campagne du trou du cul du monde, on arrive par miracle à l’heure de leur prestation dans une MJC paumée dans la Drôme. Le concert de Valence sera du même tonneau, les Soledad Brothers valent le déplacement. Sur le chemin du retour, on a un peu les boules... on sait qu'on ne reverra pas le groupe avant longtemps, vive la France! La suite de la tournée passe par l’Italie, on reste à quai...

 

 

Triste néanmoins que ce groupe génial, à l’instar des Dirtbombs, n’ait pas plus bénéficié de l’éclairage des White Stripes (Johnny Walker joue quand même sur plusieurs albums du duo). Le talent des Soledad Brothers mérite plus que des salles à moitié vides.

 

 


Partager cet article
Repost0