2 mai 2006 2 02 /05 /mai /2006 12:00

Dirty Pretty Things,
Liverpool Academy

Samedi 29 Avril 2006

 

Moins d'une semaine avant la sortie de son premier album post-libertines, Carl Barat et ses Dirty Pretty Things entament ce qui n'est que leur deuxieme veritable tournee. On a beaucoup entendu parler des prestations decevantes de ce groupe en Italie ou a Paris plus recemment alors que le groupe etait en rodage. Barat avait alors decide de jouer hors d'Angleterre pour ne pas s'aliener la presse et les fans avec un show pas encore au point.

A l'issue de ce concert liverpuldien, on n'hesite pas a affirmer que son groupe est pret, pret a prendre le pays d'assaut. Apres une excellente premiere partie effectuee par un jeune groupe de Leeds nomme The Pigeon Detectives qui ont fait mieux que chauffer la salle (grace notamment a un frontman gouailleur et sur de lui), Barat et sa clique se pointent sur scene tout de noir vetus. Tres rapidement, on se rend compte que les deux faire-valoirs que sont Didz Hammond et Anthony Rossomando (respectivement bassiste et guitariste) manquent singulierement de charisme et ont un jeu scenique plutot pataud. De fait, on a du mal a detacher le regard de celui qui est veritablement le heros de la soiree avec, dans une moindre mesure, le solide batteur Gary Powell, lui aussi rescape des Libertines. A l'image des musiciens de Babyshambles, ceux de Dirty Pretty Things brillent par leur transparence.


Le groupe ouvre avec le morceau qui entame son futur album, l'excellent "Deadwood" que le public reprend en coeur, assumant ainsi totalement le piratage de Waterloo To Anywhere qui ne sort que dans une semaine. Il en sera de meme pour la plupart des morceaux, notamment le punk "You Fucking Love It", "The Enemy" et "Blood Thirsty Bastard". Evidemment, les plus grosses ovations ont ete reservees aux morceaux des Libertines. "Death On The Stairs" et "France" sont de joyeux singalongs tandis que "I Get Along" conclut la soiree en beaute avec toujours ce frisson quand la salle entiere crie le fameux "fuck'em!" de la chanson.

 

Dirty Pretty Things sont aujourd'hui un groupe parfaitement au point, loin de la bande d'amateurs que laissaient entendre les nombreuses critiques reservees de leur concert parisien. On dirait meme que le groupe sonne trop professionnel, trop huile. Il manque cette folie qu'on trouvait chez les Libertines (et qui est carrement malsaine chez Babyshambles, cf la chronique de PlanetGong sur le concert du 19 Janvier). Ceci est neanmoins compense par la qualite des morceaux de Barat qui sont pour la plupart excellents, a l'exception de quelques uns qui peinent a decoller sur scene (on pense notamment a "If You Love A Woman" mais deja sur l'album ce morceau est laborieux). Le probleme de Barat aujourd'hui est avant tout qu'il manque de repertoire - il joue l'integralite de son album ainsi que trois morceaux des Libertines - et que son groupe s'essouffle sur une paire de morceaux en milieu de concert. Peut-etre devrait-il jouer plus de morceaux de son ancien groupe ("Narcissist", "Vertigo", "Road To Ruin", "Boys In The Band" sont des chansons qui portent indubitablement sa marque) mais il apparait evident qu'il ne veut pas que Dirty Pretty Things deviennent un tribute band des Libertines.

 

Dirty Pretty Things sont aujourd'hui un groupe excellent a voir sur scene, meme si tout repose un peu trop sur les epaules de Carl Barat sur lequel tout le monde a les yeux rives (pour le rappel, le public crie "Carlos!" et non le nom du groupe). Il leur manque un peu de repertoire pour faire un concert parfait. Nul doute qu'avec quelques bonnes chansons de plus sous le coude et en ecartant les moins interessantes, Dirty Pretty Things deviendront un groupe de premier ordre a voir sur scene. La qualite d'un morceau comme "Bang Bang, You're Dead" et la reaction extatique qu'a entraine ce petit chef-d'oeuvre sur le public est la preuve indeniable que Barat est capable de grandes choses.

 

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2 mai 2006 2 02 /05 /mai /2006 09:34

The Datsuns,

Camden Underworld, Londres

Vendredi 28 Avril 2006

 

The Datsuns sont de retour! Annoncant la sortie dans quelques semaines de leur prochain EP 4 titres, Stuck Here For Days, le quatuor garage-punk a effectue ce vendredi son grand retour sur scene. Quoi de mieux que la capitale londonienne – ou le groupe reside depuis quelques annees et a ecrit plus de 40 chansons pour un troisieme album – pour reveler son nouveau repertoire? Malgre les apparences, la position du groupe semble plutot precaire ces temps-ci avec le desinteret de la jeunesse britannique lectrice de NME au profit d’un art-rock sophistique, des bluettes punk de jeunes groupes locaux comme les Arctic Monkeys ou l’emergence de Wolfmother qui ont reussi l’album heavy metal seventies que les Datsuns avaient rate avec Outta Sight/Outta Mind


Ceci ne semble pourtant pas inquieter pour le groupe qui semble plus que jamais prêt a en decoudre. Confiant en leur nouveau materiel, les Datsuns ouvrent le bal avec un salve de nouveaux morceaux enerves qui retrouvent le son du premier album, bruts, directs. Le concert est effectue le pied au plancher et dechaine la foule – principalement constituee de hard-rockers au veston cuir/t-shirt motorhead/ventre a biere et de kids metalleux. Les slams s’enchainent au rythme des riffs jubilatoires du groupe et des solos de plus en plus masturbatoires de Christian Datsun. “Motherfucker From Hell”, “Sitting Pretty”, “Harmonic Generator”, “Blacken My Thumb”, “Freeze Sucker”, “In Love” font partie des temps forts de la soiree.

 

Au milieu de cet exuberant riff-o-rama, le groupe propose un unique interlude un peu plus repose avec ce nouveau morceau acoustique gorge de slide – a rapprocher du B.R.M.C. de Howl – qui donne son nom au nouvel EP (que les spectateurs de ce soir ont eu la chance d’acheter en exclusivite en magnifique vinyle 10 pouces).

Malgre les defauts de cette salle minable qu’est l’Underworld (c’est en sous-sol donc bas de plafond, irrespirable et ca resonne comme un tambour), les Datsuns ont propose un show rock’n’roll haut en energie et truffe de poses rigolotes (Phil Datsuns joue sur le dos en slammant, Dolf est de plus en plus theatral) qui change des poseurs en costard que nous propose la scene londonienne ces jours-ci. Les Datsuns se donnent a fond et proposent un show resolument punk tres second degre qui flirte souvent avec le mauvais gout (visiblement tout le monde dans la salle n’a pas compris cela), la faute a un talent insolent que le groupe a du mal a reprimer (notamment Christian don’t l’aisance technique tourne de plus en plus a la demonstration vaine). Heureusement, leurs nouveaux morceaux, veritablement excellents et enthousiasmants, semblent indiquer que le troisieme album a venir sera dans la lignee garage-punk de leur premier. On attend avec impatience…

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30 mars 2006 4 30 /03 /mars /2006 17:37

DEMOLITION DOLL RODS,
Thunderbird Lounge, St Etienne

(25 Mars 2006)

 

 

    Pour la deuxième fois de la semaine (après l'excellent passage de Lord Bishop Rocks lundi), retour au Thunderbird Lounge, meilleur bar de Saint-Etienne au niveau de la programmation musicale (loin devant tous leurs collègues). L'année dernière, l'association nerfs à Vifs avait fait venir Soledad Brothers et Bloody Hollies, ce soir ce sont les Demolition Doll Rods, également de Detroit, qui sont à l'affiche.  

 

    Les premiers à jouer sont les Cool Clebs, duo français, une femme (orgue, caisse claire, tambourin) et un homme (guitare électrique, chant). L'ambiance est résolument sixties, les plans musicaux plus ou moins ouvertement piqués dans Nuggets 1 & 2, l'orgue omniprésent. Même si l'on retrouve quelques défauts (une batterie complète ne pourrait faire que du bien), l'enthousiasme et les textes hilarants (en français et en anglais) parviennent à conquérir les quelques 35 personnes arrivées dès 21 heures. La soirée débute donc bien, avec cette bonne prestation des Cool Clebs, un groupe à suivre.  

 

    La performance offerte par les Las Vegas Dead Brides (de Clermont-Ferrand) laissera malheureusement plus sceptique. En effet, si ce groupe n'a pas à rougir de son concert – ni même de ses compos -, on déplore un manque de folie évident. Chacun des membres du groupe paraît très appliqué (peut-être trop pour parvenir à se libérer), et au final le groupe a livré un concert qui aurait pu être meilleur.  

 

    Arrivent ensuite les Demolition Doll Rods. Le groupe, formé d'anciens comparses de Mick Collins, comprend trois membres; le chant et la guitare rythmique sont assurés par une des deux filles, qui arbore un cache-cœur noir (qui ne cache pas grand-chose, pour ne pas dire rien du tout), la guitare solo (et les chœurs) est tenue par un jeune homme dont le costume (taillé sur mesure, assuremment) laisse entrevoir sa paire de testicules. Quant à la batteuse, elle n'est vêtue que d'un bikini gris métal. Les Demolition Doll Rods se montrent en live au niveau de leurs pochettes d'album, qui ne sont pas souvent du meilleur goût, et jamais un modèle de délicatesse. Quoi qu'il en soit, dès les premiers riffs de guitare, on comprend le fossé énorme qui sépare les Las Vegas Dead Brides du groupe de Detroit: le son a une ampleur et une efficacité impressionnantes. Si la scène de Detroit paraît moins en vogue qu'il y a quelques années (Les White Stripes sont-ils finis? Les Von Bondies se relèveront-ils de leur décevant deuxième album? The GO vont-ils finalement parvenir à sortir officiellement un troisième album?), quelques-uns des meilleurs groupe de la scène actuelle sont encore originaires de Motor City: Soledad Brothers, Whirlwind Heat, Detroit Cobras, ainsi que les inamovibles Dirtbombs. Les Demolition Doll Rods sont un grand groupe de rock garage, ils ont un savoir-faire indéniable, des riffs puissants, et le chant de Margaret Doll Rod se situe quelque part entre celui de Rachel Nagy et celui de Lisa Kekaula… Entre chaque chanson, la chanteuse encourage le public, remercie "the good lord above us" (qui devait être bien content) Les compos sont très bonnes, principalement tirées de "On", leur dernier album sorti par Swami Records. Le groupe se permet une reprise parfaite de Willie Dixon "Don't Go No Further", et termine le concert sur une version a capella de "Big Rock Candy Mountain". Les Demolition Doll Rods en live,un grand moment de rock'n'roll.  

http://www.nestorindetroit.com/Demolition%20Doll%20Rods/demolition_doll_rods1.htm

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6 mars 2006 1 06 /03 /mars /2006 13:09

Whirlwind Heat,
Neils Children,
The Horrors 

Tatty Bogle, Londres
Jeudi 1er Mars 2006

 

Tatty Bogle est le genre d'endroits auxquels on a toujours fantasme. Cache dans une ruelle communiquant avec Carnaby Street, dans le centre hip de Londres, ce bar minuscule – il ne peut accueillir plus de 80 personnes – est une cave souterraine aux odeurs de speakeasy. Autant dire que le population presente dans les lieux ce soir est plus que select. La premiere ligne de la jeunesse branchee de la capitale britannique vient poser ce soir dans l’antre goth-punk de Neils Children et exhiber son attirail neo-romantique.

Un simple coup d’oeil a la foule suffit a nous faire comprendre dans quelle direction le vent de la mode vestimentaire souffle. Pantalons outrageusement serres et cheveux ebouriffes pour les males, robes de campagne tendance Petite Maison Dans La Prairie trash pour les demoiselles, eye-liner pour tous… voila l’uniforme de saison qui s’applique autant au public qu’au groupes de ce soir, a l’exception de Whirlwind Heat qui possedent leur propre et inimitable style.

Ouvrant la soiree apres le numero impromptu d’un groupe sans nom, The Horrors prennent la scene d’assaut pour une vingtaine de minutes de pure agression punk-garage. Ces emules des Cramps ont a peine ecrit une paire de chansons mais ils ont du style et n’hesitent pas a reprendre des perles telles que “Jack The Ripper” de Screamin’ Lord Sutch et “The witch” des Sonics. L’exercice est perilleux… leur passage est un succes monstrueux. L’interpretation magistrale de ces morceaux, ajoutee a la qualite evidente de leurs propres compositions (ah, ces trois fameux accords…) et leur style destroy-gothique personnifie par leur charismatique zombie/chanteur fait de The Horrors un des groupes les plus excitants de ce debut d’annee 2006.

Neils Children
enchainent assez rapidement. Le trio joue gros ces jours-ci. Le succes de leur prochain single pourrait conditionner leur avenir apres une annee 2005 catastrophique (depart du bassiste, peu de concerts, retour dans l’anonymat), chaque concert s’avere un test de popularite. Evidemment, la foule de ce soir est entierement acquise a la cause de groupe goth-punk qui joue pour sa survie et propose des nouveaux morceaux agressifs. Leur performance est convaincante mais ne parvient pas a eclipser la sensation cree par The Horrors auparavant. Neils Children sont un groupe de tres grande qualite mais semblent avoir manque leur heure. L’emergence plausible d’une nouvelle scene goth-rock a Londres pourrait neanmoins les remettre au gout du jour. A suivre.

L’arrivee de Whirlwind Heat sur scene renvoie l’audience a son propre ridicule. Ces trois mecs vetus a l’identique, du t-shirt aux baskets orange en passant par le pantalon baggy, ne repondent pas au criteres vestimentaires de la soiree (et ne seraient certainement pas entres dans les lieux s’ils ne jouaient pas). On se rend compte que l’absurdite de s’habiller – se deguiser? – pour ces soirees branchees ne semble pas frapper le public (dans lequel les crayons a maquillage tournent plus que les joints) qui n’a aucun recul sur lui-meme. Ces gens la sont decidement trop serieux… Ce n’est bien evidemment pas le cas de Whirlwind Heat qui tourne ici pour promouvoir son corrosif single “Reagan” et traumatiser quiconque les croise. Un spectacle du groupe peut s’apparenter a un lacher de chimpanzes dans un magasin de musique. Certains parlent de cacaphonie, on crie au genie.

Ces trois surdoues jouent leur musique sans concession et entrainent le public dans une transe tribale avec leur post-punk epileptique. Le premier album est mis a l’honneur avec plusieurs morceaux - notamment “Orange” qui declenche des reactions proches de l’hysterie – tandis que le prochain Types Of Wood se taille la part du lion. En rappel, Whirlwind Heat prend le taureau par les cornes et joue l’integralite de l’album Flamingo Honey (10 chansons en 10 minutes) avant de terminer sur “Pink”. Les poseurs n’en peuvent plus, le mascara degouline de transpiration, les fous furieux de Whirlwind Heat ont converti la population de la salle a leur musique derangeante.

A-t-on a vu le meilleur groupe du monde ce jeudi? On ne serait pas etonne de voir les baskets orange devenir l’objet a la mode de ces prochaines semaines dans les spheres branchees de la capitale anglaise. Whirlwind Heat sont incroyablement sous-estimes pour un groupe si novateur et inspire. On defie quiconque de nous presenter un artiste de leur trempe, a ce point integriste dans sa musique et dans ces actes. Nul doute que dans dix ans, on entendra de jeunes groupes parler d’eux comme une influence majeure, le genre de statut que n’atteindront jamais un groupe comme Bloc Party.




www.myspace.com/thehorrors
www.myspace.com/neilschildren
http://www.myspace.com/theheatboys

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22 février 2006 3 22 /02 /février /2006 11:52

 

Adam Green,

Camden Koko, Londres
Samedi 18 Fevrier 2006

 

Jamais a court d'idees, Carl Barat a eu la brillante idée d’organiser l’after-show des Strokes, de passage a Londres la semaine derniere, lors de sa soiree thematique Bright Young Things. On a ainsi eu droit de 20h a 3h du matin a plusieurs concerts inspires, a commencer par la tete d’affiche de la soiree, le fantasque et genial Adam Green.

 

Parlons d’abord des premieres parties qui furent vraiment excellentes. Premier groupe a s’executer ce soir, The Vitamins ont eu le malheur de jouer devant une sale desertique (qui sort en boite a 20h de nos jours?). On a aime le son garage-rock de ce combo mene par une chanteuse a la robe a pois et a la voix intrigante. Les Yeah Yeah Yeahs ont fait des emules… Le groupe suivant, The View (quatre gamins de Dundee en Ecosse) nous ont fait la plus grosse impression de la soiree. Encore un groupe traumatise par les Libertines, certes, mais quelle energie! Les chansons se sifflotent des la premiere ecoute, la fraicheur et la candeur du groupe nous a rendu ces jeunes gens immediatement sympathiques. Oscillant entre punk et ska-folk facon The Coral, ce groupe possede de nombreux atouts dans sa manche et confirme le retour du folk-rock enerve dans la jeune scene britannique – avec The Kooks, The Holloways et The Rifles notamment.


Le dernier groupe a preceder celui que tous attendaient fut Metro Riots qui ont fait bonne figure avec leur blues-rock agressif et leur chanteur desabuse. Les premieres parties furent a la hauteur ce soir.


Quand Adam Green arriva sur scene, il apparut assez rapidement qu’il n’avait pas bu que de l’eau entre Hammersmith (ou il avait ouvert pour les Strokes) et Camden. Apres avoir ouvert sur “My Shadow Tags On Behind” tire de son premier album solo (Garfield), il repondit a la demande du public qui insistait pour entendre “No Legs” – chanson dans laquelle il explique qu’”il n’y a pas de mauvaises facons de faire l’amour avec une fille sans jambes”. Quand il se lanca dans le morceau sans remarquer le capot pose sur le cinquieme fret de sa guitare, ses  musiciens lui firent vite remarquer qu’il n’etait pas dans la bonne clef et qu’il jouait n’importe quoi. Reaction de l’interesse : “You mean all these years I’ve been playing the wrong chords?”. On a alors espere ne pas le voir tenter de faire le poirier comme il le fait parfois. 


Une fois qu'il a laisse les Gnomes jouer, le set fut impeccable. Adam a execute son improbable danse (qu’il qualifie lui-meme de “gay dancing”) sur “Choke On A Cock”, “Crackhouse Blues”, “Friends Of Mine”, “Emily”, “Down On The Street”, "Over The Sunrise" en prenant toujours plus de poses de crooner. Sur le cote de la scene, on pouvait distinguer Gary Powell, batteur des Libertines (et de Dirty Pretty Things aujourd’hui) chanter de facon extatique a la facon des groupies. Pas loin de lui, un autre ex-Libertines attirait les regards, Carl Barat evidemment.


Quand ce dernier est monte sur scene avec ses bonnes joues et son ventre a biere, le public n’a pas eu la reaction de folie qu’on pouvait imaginer. Le bon Carl ne beneficie pas de la meme cote aupres de la jeunesse londonienne que son glamour ex-comparse des Libertines. Cela confirme ce qu’on pensait : tous ces jeunes fanatiques qui hurlent pendant une heure aux concerts de Babyshambles le font pour les mauvaises raisons (ils venerent l’icone trash des tabloids et non la musique –  plusieurs pretendant meme dans les forums preferer l’album de Babyshambles a ceux des Libertines, on croit rever devant autant d’autopersuasion).


Adam Green et Carl Barat ont joue “Who’s Got The Crack” des Moldy Peaches (que les Libertines ont repris dans les Babyshambles Sessions) et surtout “What A Waster” qui fut le grand moment de la soiree… cette fois-ci le public a repondu avec enthousiasme devant l’evidente magie du moment. Pendant la premiere de ces deux chansons, on a entendu des gens repondre "we've got the spoons!" avant de lancer des cuillers sur scene. La reponse flegmatique du chanteur ne se fit pas attendre : "thanks, now I need a lighter". On ne va pas s'etaler la dessus...


Carlos parti, Adam Green et ses musicians ont joue "Gemstones" et le nouveau single "Nat King Cole" avant de quitter la scene après moins d’une heure de spectacle (il faut dire qu’il etait deja 1h30), sans faire de rappel. Pas de “Jessica" ni de “Dance With Me” ce soir, petite deception.

 

Le dernier sursaut de la soiree fut ensuite cause par l’arrivee des Strokes dans les lieux, plus ou moins incognito – gros bonnets sur la tete et lunettes de soleil –, directement vers l’espace VIP. Bof.


Le concert fut court et un peu chaotique mais la qualite des premieres parties (The View sont vraiment tres bons) et l’arrivee impromptue de Carl Barat sur scene ont rendu la soiree speciale. Quant a Adam Green, cet artiste est  au sommet en ce moment et semble touche par la grace. On attend avec impatience Jacket Full Of Danger qui sort bientot.

 

photo : Andrew Kendall

 

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18 février 2006 6 18 /02 /février /2006 18:28

Dogs / The Paddingtons

Camden Koko, Londres
Lundi 13 Février 2006

 

La tournée des NME Awards Show est un must de ce côté de la Manche. Imaginez : pendant deux semaines les groupes les plus en vue du moment vont se succéder dans les salles de concert les plus prestigieuses de la capitale. Ce soir, deux outsiders se partageaient l'affiche punk-garage du Koko pour tester leur popularité. Qui en est sorti vainqueur? Pas grand monde en fait. On se demande même si le meilleur groupe de la soirée ne furent pas les honnêtes Five O'Clock Heroes et leur pop sans prétention?


Dogs auront au moins eu pour eux les faveurs du public. Champions à l'applaudimètre, le quintet londonien se sera rassuré sur sa popularité grandissante : le public hyper fashion a repris à tue-tête les meilleurs morceaux de son premier album (Turn Against This Land) et lui a réservé l'accueil le plus chaleureux de la soirée. On se permettra néanmoins de poser quelques réserves devant la qualité médiocre du groupe en concert. Jeu de scène inexistant, copier/coller du son de l'album? seule la qualité intrasèque des chansons punk telles que "London Bridge", "She's Got a Reason", "It's Not Right", "Heading For An Early Grave"nous a rendu le moment agréable. Dogs, un peu à l'image d'Art Brut, est un groupe cérébral où les paroles passent souvent avant la mélodie (quand il y en a une). A l'inverse des est-londoniens, un concert de Dogs n'est pas un véritable show rock'n'roll mais plus une transposition scolaire de morceaux à la structure très travaillée.


Quand il s'agit des Paddingtons, l'énergie ne manque pas, bien au contraire. C'est même le gros point fort du groupe et surtout un cache-misère indispensable pour compenser la répétitivité des titres de First Comes First et le fait que ce groupe manque singulièrement de charisme. Si Tom Atkins s'est fait un nom pour sa belle gueule et ses activités en dehors du groupe, on ne peut pas dire qu'il cristallise les regards à la façon d'un Mick Jagger ou d'un Pete Doherty. Poseur, la cravate desserrée façon chic négligé, fumant des clopes, il a passé la soirée à brailler ses chansons et snober le public en ne lui adressant pas la parole. Ce dernier ne lui en a pas voulu et a pogoté à tout va, dans un élan d'auto-persuasion assez représentatif de ce que le matraquage médiatique d'un journal à grand tirage peut accomplir. Si l'intervention du violoniste des Holloways sur un morceau n'a pas apporté pas grand-chose, il faut néanmoins reconnaître que certaines chansons ont des qualités hymniques indéniables. "Some Old Girl", "Sorry", "Panic Attack" sont le tiercé gagnant du groupe qui a profité de la soirée pour présenter des nouveaux morceaux qu'on a l'impression d'avoir déjà mille fois entendu. Inquiétant. 


Lorsque la bulle médiatique autour du groupe explosera, on peut parier que les Paddingtons se réveilleront avec la gueule de bois, les fans partis pour voir la prochaine marotte du moment. On attend d'eux une réaction rapide, sous peine de se voir relégués dans le rayon has-been avec The Music et autres Bravery.


Résultat de la soirée : match nul et vierge.

 

photo : Gregory Nolan

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16 février 2006 4 16 /02 /février /2006 11:38

Neils Children,

 

Madame Jojo's, Londres

Mardi 24 Janvier 2006

 

On avait un peu perdu la trace du trio goth-punk psychédélique Neils Children depuis la sortie de son excellent mini-album Change-Return-Success en 2004.  Il semble d'ailleurs que le groupe lui-même s'était un peu égaré après le départ de son bassiste et une année 2005 quasi-blanche qui les a vu sombrer dans l'oubli - et non être consacrés comme légitimes leaders du mouvement art-punk.

 

Devenu culte malgré lui, le trio effectue ce soir son grand retour sur la scène londonienne. Après deux premières parties à oublier (moustaches! années 80!), le trio prend la scène d'assaut avec son punk psychédélique agressif et sombre. Le chanteur John Linger, cheveux péroxydés, singe plus que jamais Fester Adams avec son regard exorbité par un maquillage noir et son costume ténébreux. Plus personne ne pose, les rayures horizontales de la foule se déhanchent au rythme des nouveaux morceaux. Le concert est un succès, l'avenir du groupe s'annonce intéressant. Neils Children paraissent définitivement lancés vers ce succès qui leur tend les bras depuis trop longtemps. Il est parfois difficile de se débarasser d'une étiquette, celle de groupe culte est encombrante. A l'image du Pink Floyd de Syd Barrett - "Chapter 24" a donné son nom à leur album et accompagne leur entrée sur scène -, le groupe paraît néanmoins trop intégriste, trop londonien pour sortir du cercle des milieux fashion où on compte plus de polos rayés qu'à un match de rugby. A l'heure où la vague art-rock semble tourner en rond, le retour de Neils Children peut se révéler à double tranchant : ils peuvent représenter une alternative mais aussi, plus probablement, le groupe de trop.

 

Au vu de la qualité des morceaux qu'on a entendu ce soir, gageons que le bouche à oreille leur apportera la reconnaissance qu'ils méritent. Le mieux est encore de participer au mouvement et de faire circuler leurs nouveaux titres disponibles sur  http://www.myspace.com/neilschildren en attendant la sortie prochaine de leur nouveau single, "Another Day", le 3 Mars.

 

www.neilschildren.co.uk

 

 

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14 février 2006 2 14 /02 /février /2006 02:13

Babyshambles -

Rhythm Factory, Londres

Jeudi 19 Janvier 2006

 

 Précédant d'une semaine la "réconciliation" avec l'erratique Pat Walden et les trois arrestations de Pete Doherty en autant de jours, la performance du 19 Janvier fut le dernier concert en trio de Babyshambles avant le retour de l'honni guitariste puis la semaine en prison de l'ex-Libertine. Un moment d'éternité.


Babyshambles en trio est un véritable combo punk enervé, imprévisible, bordélique, violent… plus excitant que jamais. Après plusieurs excellentes premières parties (notamment The Romance et The Blondelles, deux très jeunes groupes à suivre), Wolfman s'empare de la scène, chancelant sur sa chaise de bluesman, incapable de jouer ou de chanter quoi que ce soit.Personnage éminemment impopulaire auprès des fans, ("Wolfman is the new Yoko" fut le slogan de l'année 2004), tenu responsable pour la déchéance narcotique de Doherty et la dissolution des Libertines, l'homme-loup se fait huer du début à la fin de ses pénibles marmonnements. Enervement, insultes au public, gestes obscènes… son départ est accueilli par des applaudissements. On n'aime pas Wolfman ici : le voir en ces lieux confirme que Doherty se fiche de sa santé – et de son art.


Quand Babyshambles arrivent, la salle explose. La Rhythm Factory est plus un bar qu'une salle de concert et paraît peu adaptée pour ungroupe de cette envergure. Babyshambles ouvrent de façon idéale avec "Don't Look Back Into The Sun" qui met le public à genoux. Avec Walden, Doherty ne revisitait jamais son répertoire passé. Son retour à la guitare le laisse maître de ses choix, libre de jouer ses chansons. Le public en redemande. Las, on se rend rapidement compte que Doherty est perché ce soir. Plus qu'à l'accoutumée, il est hésitant et traîne sa carcasse désarticulée, le regard perdu… on se demande parfois s'il sait où il est.


Dans ces cas là, Drew McCornell, l'excellent bassiste, prend les choses en main. D'un coup d'œil complice au batteur, il lance la rythmique d'un morceau et attend la réaction de son frontman. Quand celui-ci est réceptif, la machine est lancée à plein régime et déclenche des réactions d'hystérie. "Time For Heroes", "Killamangiro", "Belle & La Bête", "Up The Bracket", "Fuck Forever", "Babyshambles" sont des hymnes au terme desquels Doherty se jette dans la foule et est portré en triomphe. Il retentera le coup plus tard pour de mauvaises raisons. Lassé d'un de ces nombreux moments de flottement entre les morceaux, un spectateur vide sa pinte sur le faciès du chanteur qui se réveille méchamment et tente par trois fois de se jeter sur l'agresseur du quatrième rang. La situation devient surréaliste, comique même. Les agents de sécurité agrippent Doherty et le ramènent sur scène à chaque tentative. Le chanteur feint de se lancer dans un morceau, ôte sa guitare et saute! – encore raté. A bout de nerfs, le batteur vient au premier plan insulter quiconque croise son regard, derrière lui Doherty s'arme d'un pied de micro et d'une violence inouïe le jette au visage d'un spectateur choqué. La salle entière dessaoule en même temps. La fièvre retombe, les esprits se calment et le concert reprend mais personne n'a oublié l'incident. Le public se réchauffera néanmoins pour un ultime "Albion" repris en chœur et s'en ira heureux malgré l'absence de rappel (il est 2h30 du matin quand le groupe quitte la scène).


Drôle de soirée où aura eu la sensation qu'absolument tout pouvait arriver – en bien comme en mal… mais n'est-ce pas là l'essence du rock? Le Doherty d'avant son arrestation – il est désormais astreint à des tests réguliers sur sa consommation de drogue qui conditionnent sa liberté – était ce barde égaré aux tendances psychopathiques à mille lieues du monde réel. Encore une fois on espère des jours moins chaotiques… mais on sait que des spectacles comme celui de ce soir forment sa légende. Babyshambles en trio sont plus incontrolables que jamais et renouent avec le véritable esprit punk originel. Pour l'instant, ça fonctionne.

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11 janvier 2006 3 11 /01 /janvier /2006 13:36

Babyshambles,

Camden Koko, Londres

Lundi 9 Janvier 2006

 

Pete Doherty mettra-t-il à exécution ses bonnes résolutions pour l'année 2006? Le chanteur de Babyshambles matraque aux micros tendus devant lui son désir de redevenir clean, blah blah blah… et personne n'y croît. Trop de coups de poignards dans le dos, trop de trahisons douloureuses. A chaque fois pourtant, on est assez con pour le croire. Reconquérir l'amour de Kate Moss, folle chimère, pourrait l'inciter à retrouver ses esprits, sa cohérence et se débarrasser de ce fléau qui l'aliène depuis trop longtemps. Doherty était un auteur prolifique avant son éviction des Libertines - tout le monde connaît ses sessions. Qu'a-t-il écrit depuis 2004? Pas grand-chose. Espérons qu'il cessera d'être cette bête médiatique fantomatique et évitera le sale cliché de la mort rock'n'roll à 27 ans.


La première impression qu'il nous a laissé hier soir ne fut pas très rassurante. Plutôt drôle en fait… le genre d'anecdote qui ajoute à sa légende. Camden Town, 19h, on rode à proximité de la salle quand une mobylette lancée à pleine vitesse sur le trottoir passe à côté de nous, suivant une trajectoire plutôt erratique. Pete. Imperméable à la Columbo, écharpe à carreaux, casque blanc eggman, regard éberlué, le chanteur a du style. On doit être en train d'halluciner.
Après avoir traversé le passage piéton tête baissée et serré la main de tous les dealers de billets au marché noir, il tente d'entrer avec sa monture dans la salle de concert, par l'entrée principale s'il vous plaît. Les gorilles de la sécurité, au temps de réaction incroyablement lent, l'arrêtent au milieu des escaliers et lui expliquent que l'entrée se situe à l'arrière. Tant pis pour le panache.


Une heure plus tard, le concours de style a commencé dans l'assistance. La veste militaire est toujours de rigueur chez les fans des Libertines, tout comme le t-shirt rayé (plus que jamais avec la vague art-rock), et pour les plus élégants l'inévitable feutre noir (ou le béret façon Acousticalullaby).


Le premier à monter sur scène s'appelle Vanlustbader et se proclame fièrement "your new most hated band". Ces quatre musiciens créent un mur du son digne des Warlocks ou d'Oasis. Le phrasé particulier du chanteur qui laisse traîner son accent sur la fin des mots rend la comparaison avec le groupe mancunien encore plus évidente. Leur set ne décolle que lors des trois derniers morceaux, quand le groupe finit par accélérer le tempo et joue des chansons centrées autour d'un riff porteur –  la bonne vieille formule… Pas de quoi tomber à la renverse ou haïr ce groupe finalement très consensuel. 


Les Holloways, ensuite, seront beaucoup plus intéressants. La réponse du public à leur pop estivale indique que ce quatuor a de l'avenir. Le son particulier de ce groupe aux rythmes ska et reggae mais à l'énergie punk leur confère une identité véritable, quelque part entre The Dead 60s et The Coral. Si on pense à ces derniers ce soir, c'est que les Holloways pratiquent cet art du changement de tempo fulgurant propre au groupe liverpuldien. ("I Remember When" par exemple). Ajoutez à cela un talent éclatant pour écrire des bonnes chansons (leur prochain single procure cette impression toujours étrange de déjà le connaître), un jeu de scène bondissant et des instrumentations originales (un des guitaristes joue parfois du violon sans qu'on ne pense jamais à Louise Attaque, plutôt bon signe) et vous obtenez une des meilleures premières parties vues depuis longtemps. Le groupe a parfaitement accompli sa mission de chauffer le public qui se met ensuite à pogoter sur les tubes que crache la sono ("Ever Fallen In Love", "Get Off My Cloud"…).


Quand Babyshambles montent sur scène, l'ambiance tourne presque à l'émeute. Très vite, on reçoit un premier choc : Patrick Walden n'est pas de la partie. Le groupe évolue en trio et Pete Doherty assume chant et guitare. Babyshambles s'en porte mieux. Doherty injecte au groupe une urgence punk qu'on croyait disparue. Il improvise, change d'avis au milieu d'un morceau, se lance dans des déclamations poétiques, reprend le morceau de façon inattendue – il faut voir le bassiste se démener pour voir la main gauche de Doherty et essayer de suivre à la façon des jazzmen. Il a le contrôle complet du groupe. 


Par ailleurs, on est heureux de le revoir jouer de la guitare – il n’aurait jamais dû arrêter – et dodeliner de la tête comme à l'époque des Libertines. Doherty n'est pas le meilleur guitariste du monde mais son jeu erratique et ses solos calamiteux ont un côté touchant, voire même rassurant – ils font entièrement partie du personnage, de son image destroy.


Après avoir commencé d'un grand coup de tonnerre avec "Killamangiro", le groupe enchaîne avec la surprenante face B "Why Did You Break My Heart/Piracy" qui calme le public. On prend note alors de la présence de personnages étranges sur la scène. Deux types – un black en jogging qui tient à la main le vinyle de "Down In Albion" et un rasta barbu qui se roule et fume des joints  – se tiennent sur le côté droit de la scène, stoïques, sans raison apparente d'être là. A l'issue de ce morceau Doherty sort un papier de sa poche, le déplie et le lit au public : "… charged with possession of  class A drugs" Il s'agit de sa lettre de convocation au tribunal pour son arrestation du 30 Novembre dernier en possession de cocaïne et d'héroïne, le fait divers de trop qui a fait craquer Kate Moss. 


Le chanteur harangue la foule et l'incite à venir avec lui au tribunal ce mercredi à Ealing. Depuis, l'information a fait le tour des médias toute la journée de mardi, avec commentaires de Scotland Yard à la clé… les gens ont-ils peur?
De son côté, Doherty sait désormais que ses jours d'homme libre sont comptés et se livre entièrement sur scène. "A Rebours" devient l'hymne punk qu'il aurait toujours dû être, "Babyshambles" et "Back From The Dead" sont joués à l'arrache, et quand le chanteur se prend un projectile dans le visage – vêtements et chaussures des crowdsurfers volent dans tous les sens –, il invective le public avant de se lancer dans une invraisemblable version de "Stix And Stones" de plus de dix minutes. Avant cela, le groupe aura joué quelques morceaux plus apaisés dont "In Love With A Feeling", l’obscur "Bilo Song" joués au débotté par un Doherty qui s'est depuis longtemps affranchi de sa set-list et le ragga "Pentonville" que l'encombrant rasta barbu vient karaoker (ah c'est donc lui The General).


Plus que ces improvisations géniales dont nous gratifient Babyshambles ce soir, la première claque de la soirée surgit à mi-concert quand le groupe joue un des morceaux cultes de son auteur. "What A Waster" est repris en chœur du début à la fin par le public déchaîné. Il en sera de même pour ‘Don’t Be Shy’, "Time For Heroes" et "Up The Bracket" plus tard. On ne s'attendait pas à entendre ces morceaux ce soir… on se rend compte à quel point ils sont ancrés en nous et déclenchent un irrépressible effet euphorisant. On a envie que cette mascarade Babyshambles/Dirty Pretty Things cesse à cet instant précis et de retrouver le groupe qui nous obsède, celui qui nous a tant manqué en 2005. Pendant ce temps là, Doherty envoie son hymne "Fuck Forever" pour briser nos rêves. L'ambiance est alors à son paroxysme et la dévotion du public totale.


Se  rendant compte de l'horaire tardif, le groupe conclut son concert par l'anglocentrique "Albion", encore prétexte à un invraisemblable sing-a-long. Le groupe s'en va. Le public chante "Pipe Down" en espérant avoir un rappel. Il n'en sera rien (les gens chantent "What A Waster" en sortant).


Que nous aura enseigné la soirée? Le départ – ou l'absence momentanée, on ne sait pas – de Patrick Walden de Babyshambles est la meilleure chose qui pouvait arriver au groupe. Cette configuration en "power trio" permet à Pete Doherty de suivre son instinct et de se lancer dans les improvisations les plus hasardeuses – pas toujours couronnées de succès – pour une sorte de stream of consciousness punk. Tout peut arriver. L'imprévu est de mise, la prise de danger permanente et la chute fréquente. 


Dans cette formation à trois, Babyshambles ressemble d'ailleurs moins à un groupe qu'à Pete Doherty en solo. L'esprit de gang s'est barré avec Walden. Doherty est le seul maître à bord et donne des indications aux deux autres de ce que sera la suite (quand il pense à les avertir).En voyant le groupe se transformer ainsi en one-man band, on se dit que l'entité Babyshambles n'existe plus. Doherty occupe constamment le devant de la scène. Il chante, lance ses riffs immortels, massacre les solos… Il ne laisse aucune miette aux autres (que par ailleurs il ne présente pas au public) qui ne sont là que pour l'accompagner dans son délire personnel et peinent à le suivre.


De ce concert déroutant émerge un groupe nouveau, plus excitant, plus barré encore, plus proche de ce qu'est vraiment Pete Doherty, un poète à l'esprit vagabond qui laisse son instinct le guider. On espère voir Babyshambles continuer avec cette formule (on te regrettera pas Walden) qui nous a permis de redécouvrir des aspects de Pete oubliés depuis son départ forcé des Libertines. On en reparle la semaine prochaine après les concerts de la Rhythm Factory à Londres.

 

 

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10 janvier 2006 2 10 /01 /janvier /2006 15:20

Art Brut,

Islington Elbow Room, Londres

Jeudi 6 Janvier 2006

 

Avant de s'engager dans un tour d'Europe marathonien, Eddie Argos et sa bande d'art-rockers ont décidé de faire une dernière halte londonienne en tant que special guests d'une soirée à l'intitulé étrange : "Dead Giraffe!". Le concept de cette soirée consiste à associer comédie et musique, dans un mélange des genres plutôt risqué. D'ordinaire les groupes de rock se prennent un peu trop au sérieux. Heureusement, Art Brut n'est pas un groupe comme les autres, en fait, Eddie Argos sera de loin le performer le plus drôle ce soir.


Après deux heures de stand up à l'américaine et deux soi-disant stars de l'humour – Rufus Hound et Arj Baker, ça vous dit quelque chose? – le premier groupe, nommé The Proof, monte sur scène et entame le show en annonçant la couleur : "now it's serious". Ils n'ont pas tort. The Proof se prennent très au sérieux et desserrent à peine les mâchoires pendant leur très mauvais show.

 

Batterie robotique, synthé eighties, guitare, diva mercurienne au chant – le groupe accumule les fautes de mauvais goût. Les compositions sont sous influence Keane/Coldplay et sonnent comme la pire soupe FM. La personne qui irrite le plus dans tout cela est l'insupportable chanteur qui hulule pendant une demi-heure, oscillant sans cesse entre falsettos suraigus et voix de baryton dans une surprenante gymnastique vocale. Dans la chanson intitulée "Prince Of Bagdad", il attaque la chanson façon Tom Jones, un peu comme l'insupportable chanteur de Nickelback avant de hurler et de partir dans les aigus à la Justin Hawkins. Pénible. On pense souvent à U2 pendant leur set, c'est dire…

 

Pour échapper à ce moment douloureux, on essaie de s'éloigner, chose peu évidente dans cette salle mal foutue. La scène – sans estrade – étant située au bout du bar (qui prend plus de place que la piste), seuls les cinq premiers rangs ont une chance de voir quoi que ce soit. En fait, un écran géant est placé au niveau du dixième rang pour que le nombreux public ne se sente floué – vaste foutaise, le cameraman atteint de la maladie de Parkinson rend les choses encore pire.


¡Forward Russia! déboulent avec leurs t-shirts identiques (imprimé de leur logo ¡!) et récitent leur leçon d'art-rock. Le groupe s'apparente énormément à Bloc Party (la batteuse est excellente) avec un chanteur insupportable qui lui aussi hurle en falsetto du début à la fin de leur set. Y avait-il un contest organisé ce soir? On maudit Jeff Buckley, Matthew Bellamy et toutes les Starac' d'avoir inspiré tant de mauvais beuglards… Pour ajouter à son casier, on parlera des attitudes hyper maniérées de ce gonflant frontman qui se la joue "à fond d'émotion" pendant 45 minutes, se prenant la tête à deux mains, chantant plié en deux, tournant sur lui-même, mimant le désespoir et s'énervant tout rouge. Le genre de première partie qui incite à traîner côté bar.

 

Quand on connaît la côte qu'a ce jeune groupe dans le très influent NME – qui l'a couronné "greatest unsigned band in Britain" et fait campagne pour qu'il trouve un label, mettant son guitariste en 42e position de leur fumeuse Cool List et un de ses morceaux Track Of The Week –, on s'interroge… Où va la musique? Est-on parti pour se taper une décennie de new-wave imbuvable? Le fol enthousiasme généré par l'arrivée de jeunes groupes rock'n'roll en 2001 a disparu. L'heure est à la morosité synthétique.

 

Heureusement, en ces temps de morosité et de giscardisme, un homme a décidé de sauver le monde (ou plutôt de réconcilier Israël et la Palestine, ce qui revient au même) et de nous redonner la foi – et le sourire : Eddie Argos. Sa moustache, sa boucle d'oreille, ses bourrelets, son accent de Bournemouth. La rock-star la plus improbable depuis… personne en fait. Il n'y a qu'un seul Eddie Argos.


Alors que la pause entre ¡Forward Russia! et Art Brut dure depuis maintenant une éternité et que tout le public commence à regarder sa montre inquiet à l'idée de rater le dernier métro, le personnage et repéré en train de nager à contre-courant de la scène, une bière à la main et hilare. Mais que fait-il? Vingt minutes plus tard, une main se pose sur mon épaule ("Sorry") et une moustache frétillante se glisse entre mon voisin et moi pour rejoindre le devant de la scène. Le groupe montera sur scène un bon quart d'heure après cette croustillante et complètement inutile anecdote. Ce concert d'Art Brut sera placé sous le signe de l'urgence, non pas de la part du groupe mais du public, et de la question "aurai-je mon métro?". De fait, plusieurs personnes partiront avant la fin du concert et seule la moitié de la salle verra le rappel. Grosse erreur car ce soir Art Brut ont été excellents.


Entrant en scène alors que son groupe parodie AC/DC comme d'habitude, Eddie Argos est en verve ce soir. Pour son dernier concert londonien avant longtemps, et à proximité de son propre quartier, il veut bien faire les choses mais réclame de l'indulgence car le groupe vient d'accueillir un nouveau membre. Coiffé tendance bloc-head, Jasper Future se veut un anti Chris Chinchilla, le discret guitariste au physique de professeur de géographie qui le précédait dans le groupe. Avec son exubérant batteur jouant debout, sa timide bassiste, son soliste hirsute, son dandy de chanteur et maintenant son Brice de Nice local par-dessus, Art Brut est un des groupes les plus excitants à voir autant qu'à entendre.


Le groupe entame inévitablement sur "Formed A Band" repris en chœur par le public qui connaît toutes les paroles par cœur. Il en sera ainsi pendant tout le concert qui sera un incroyable sing-along (ou plutôt shout-along), hormis évidemment pendant les nouveaux morceaux que le groupe joue pour la première fois en concert. Il y en aura deux ce soir. Le premier, assez lent, semble s'intituler "Punk Rock Is A Miracle" et n'emballe pas plus que ça. Le second est une attaque punk qui parle de trains ratés à un débit un peu trop rapide pour qu'on saisisse tout. Plus direct, plus efficace que le premier, ce morceau est encourageant pour l'avenir du groupe. 


Pour ne pas égarer le public, le groupe revient sur un des meilleurs moments de son premier album, "My Little Brother", dont le rythme binaire déchaîne les cinq premiers rangs. Eddie n'est pas en reste; il est debout sur les grilles de sécurité depuis son entrée sur scène, maintenu en position par des fans à ses pieds, les mêmes qui tentent de le dévêtir de sa chemise ("You wouldn't want to see that, I tell you!"). La chanson s'achève sur le fameux "Keep! Off! The! Crack!" doublé d'un "Keep! Off! Pete! Doherty!" adoubé par le public. "He's a baaaad man" ajoutera Argos, qui abhorre le modèle que représente le chanteur de Babyshambles auprès de la jeunesse.


Le groupe enchaîne ensuite sur une salve de morceaux à faire pâlir d'envie n'importe quel groupe actuel. Le riff gargantuesque de "Modern Art" est suivi par celui d'"Emily Kane" – Argos explique en préambule que la demoiselle en question l'a contacté et qu'il s'est rendu compte que ce n'était pas elle qu'il aimait, mais le fait d'avoir 15 ans – et le "tube du groupe à l'étranger", "Good Weekend". Pour finir son set, le groupe livre son manifesto "Bad Weekend". A l'issue de ce morceau, le chanteur nage dans la foule, serre plus de paluches que Jacques Chirac au salon de l'agriculture, monte sur le bar tandis que le public hurle "ART BRUT! TOP OF THE POPS!" dans une communion qui frise l'endoctrinement.


Lorsque les lumières se rallument, la salle ne tarde pas à se vider. Une queue formée de gens rougis par l'alcool et une heure de pogo se forme près de l'accès au vestiaire. Tant pis pour eux, ils rateront le rappel qui fut bref, punk et intense. Les cris primaux "Bang Bang Rock'n'Roll" et "18000 Liras" – excellent choix pour terminer en gueulant un bon coup –  laissent les derniers guerriers à genoux. On quitte la salle en passant devant la file de gens qui rateront le dernier métro pour avoir laissé leur veste à l'entrée en leur jetant un sourire narquois (si ça intéresse quelqu'un, on a eu le dernier à une minute près). Art Brut débarque en France sous peu. Rater ça serait un crime.

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