5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 22:24

 

Ça fait quelques mois qu'on n'en fout plus une sur PlanetGong, bien trop occupés à vivre le rock'n'roll lifestyle tel qu'on l'avait toujours toujours révé, entre soirées paillettes à l'Espace B, carré VIP à l'Armony de Montreuil, déambulations nocturnes dans les rues chatoyantes de St Ouen en direction du Picolo. Mais la Suze qui coulait à foison dans l'arrière-salle des concerts a fini par se tarir, et il nous a fallu prendre une décision importante : revenir aux affaires, car l'ami Béroalde De Fuzz ne peut s'acquitter seul de tenir l'embarcation à flot. C'est ainsi qu'à défaut de travailler nous-mêmes (hé, ho, hein) nous avons pris la décision de la jouer à la qatarienne, n'hésitant pas à recruter chez la concurrence afin de fournir à notre lectorat de l'info de première bourre, du neuf, du frais.

 

Le sémillant Guic The Old nous a donc rejoint afin de nous narrer son expérience d'un festival parisien estival à l'affiche étonnante qui se tint il y a seulement deux mois - l'actu chaude, c'est notre dada, vous le savez - et qu'on aurait aussi bien pu nommer Stars 90 si ce titre n'avait déjà été employé par Michel Drucker (lui aussi un habitué de la rue Keller). Retour sur trois jours de rock pour trentenaires, de concerts vus à 80 mètres, de métros à ne pas rater et de traversées des foules en quête de bière et de bouffe.

 


 

 

 

 

 

Rock En Seine
24-25-26 Août 2012

 

 

Autant être honnête : en voyant l’affiche qu’offrait Rock en Seine cette année, j’ai ri, et de bon cœur. Sur le principe, c’est bien simple : cette affiche aurait pu être une des meilleures jamais vues si le festival s’était déroulé en 2002. Mais là, en 2012, Placebo, Green Day, les Dandy Warhols ? S’il vous plaît.

 

Pourtant, un mélange de nostalgie de la grandeur passée des groupes à l’affiche, un intérêt pour certains encore valables (les Shins, Eagles of Death Metal) et quelques espoirs d’agréables surprises (Noel Gallagher, Bass Drum of Death, la reformation de Grandaddy), fait qu’on se prend à hésiter. Et il suffit dès lors d’un mail sur le mode « Tiens, ça te dirait d’aller à Rock en Seine ? » pour qu’on prenne son pass trois jours.

 

Dont Acte.

 

 

 

Vendredi 24 Aout 2012
There is a Place in Hell for me and my friends.


C’est un peu flippé qu’on arrive à Saint Cloud, parce qu’il pleuviote depuis une heure alors qu’on fait la queue pour avoir les bracelets. Il est quelque chose comme 17h, et, faute de mieux, on se dirige tranquillement vers la grande scène, histoire de jeter un œil à Dionysos – tout en restant au fond histoire de pouvoir être placé pas trop loin pendant le concert des Shins1. Le set de Dionysos est – pour ce qu’on en a vu -  sympathique, entraînant sur les vieux morceaux ("McEnroe’s Poetry" en ouverture, "Coccinelle" remixé avec des bouts de "Smells Like Teen Spirit", bondissant), et prodigieusement chiant sur les morceaux du dernier (Bird n’Roll). Un groupe dont le charisme tient dans les éructations et bonds de son leader ne pouvait pas faire pire qu’embaucher trois choristes inutiles sur un morceau sur deux. Bref, c’est, pas déçu, mais pas convaincu non plus qu’on traverse une marée humaine pour trouver asile à quelques rangs de la scène de la Cascade où les Shins doivent jouer.

 

Les Shins entrent en scène, balancent "Caring is Creepy" (avec une ouverture de set pareille, ils peuvent sortir le concert qu’ils veulent on est content quand même), et là, l’instant de grâce improbable : un rayon de soleil, là, sur le visage de James Mercer. C’est officiel, le festival s’annonce mieux que ce qu’on s’attendait, d’autant plus que le concert est de fort belle facture. Si on se pose des questions quand à la nouvelle guitariste du groupe (qui regarde sans cesse ce que font ses doigts, sauf quand elle a un chœur à assurer), il faut avouer que la performance est agréable, les morceaux de Port of Morrow étaient bien plus agréables à entendre dans ces versions dépouillées, plus  claquantes, plus simples. Evidement, c’est sur les vieux morceaux qu’on prend son pied (on ne se refait pas), de "Saint Simon" en "Australia", d’un étonnamment réussi "New Slang" à "Sleeping Lessons" (avec une fermeture de set pareille, ils peuvent sortir le concert qu’ils veulent on est content quand même). Moment de grâce, certes, mais derrière un James Mercer hypnotisant le groupe parait un peu balourd par moments, et l’on est heureux de s’être placé devant, car une évidence s’impose : les Shins ne sont pas vraiment un groupe de festival, trop intimes, trop délicats qu’ils sont.

 

 

 

Le concert des Shins en intégralité

 

 

 

 

 

A ce moment là, on se retrouve pris au dépourvu car aucun groupe ne nous intéresse un tant soit peu d’ici l’entrée en scène de Placebo. On décide donc de rejoindre une amie qui n’a pas envie de suivre son mec dans la foule dense qui se presse pour Sigur Ros, et est donc tout à fait libre pour se vider des godets au bar qui occupe le fond de la scène. Et vraiment, c’est très certainement la meilleure chose qu’il y ait à faire pendant un concert de Sigur Ros, groupe dont la dépression musicale oscille entre longs moments mous du derche et soudaines effusions de larsen à vriller les tympans, le tout accompagné par un light show tellement pompeux et violent que sans les écrans sur les côtés , on en viendrait à douter qu’il y a réellement quelqu’un sur scène, là, en train d’essayer de communiquer avec des aliens2.

 

 

On vous épargnera les détails de la quête de nourriture, de bière qui nous occupera pendant l’heure suivante, et sautons directe à ce que donna le concert de la tête d’affiche de la journée, à savoir Placebo. Pour situer les choses vite fait, l’auteur de cet article adore les deux premiers albums du trio, supporte les deux suivants, ne se souvient pas d’avoir tenu une écoute entière d’aucun des deux derniers.

 

On avait tendance à laisser el bénéfice du doute au groupe au début du concert. Certes, les derniers morceaux ne sont pas plus géniaux que ça, et surtout longs comme un jour sans bière3, rallongés à l’extrême,  pleins d’arrêts – redémarrages et d’ad lib finaux qui font que dès le troisième morceau, on en a déjà marre. Mais on reste parce qu’on espère en les vieux hymnes, et, après le énième changement de guitare, résonne enfin un riff familier, celui de "Every You Every Me", on se prend à espérer et d’un coup, la lumière se fait : des fois, les groupes qu’on aime ne savent tout simplement pas stopper leur carrière à temps. Molko n’a plus l’âge de donner dans le romantisme glauque et sa voix n’est plus celle du temps passé. Et histoire de bien me faire comprendre que les idoles de jeunesse sont faites pour être détruites, c’est "Teenage Angst", à savoir peut-être le meilleur morceau du groupe qui se voit massacré par une réorchestration pompeuse à 3 guitares. Romantisme et intimisme, ça c’est pour votre gueule. Dès lors, tout espoir ayant été délaissé, c’est dans le rire qu’on se sentira obligés de se réfugier, réalisant en plus qu’on est pas les seuls à s’emmerder sec, plaisantant sur le nombre de personnes fuyant la scène durant le "Run Away" ad lib concluant "Slave to the Wage" idem pour "Song to say Goodbye", et quand résonne "The Bitter End", après avoir ironisé une dernière fois, on se demande si c’est vraiment la peine de rester pour le rappel, ou s’il n’est pas plus intéressant de récupérer un métro pas trop bondé. Et là, à la grâce d’un coin de 3G libéré par les (nombreux) hipstagrameurs du festival, et pour la première fois de ma vie, je me retrouve à fouiller setlist.fm pendant un concert pour voir si vraiment un morceau quelconque justifierait de rester le temps du rappel.

 

C’est en retournant logiquement vers le métro qu’est alors prononcée la phrase qui résume le mieux cette performance : « Tu vois, ce concert, j’en attendais rien, et pourtant, là, je l’ai pris comme une insulte personnelle ».

 

 

 

 

Samedi 25 Aout 2012
Gonna start a Revolution from my bed.

 

C’est évidement au bar qu’on retrouve les gongueux qui sont de passage au festival pour la journée du samedi, malgré quelques problèmes de spatialisation. On prend nos premières pintes, on discute, et voilà qu’on est là depuis une heure et qu’on a toujours pas été regardé un quelconque groupe jouer. Il faut admettre qu’il n’y a pas grand-chose d’intéressant à nos yeux d’ici 18 h 30. Mais bon, on est là pour voir de la musique, et, sait-on jamais, on est pas à l’abri d’une bonne surprise. Donc on décide de se diriger vers la grande scène pour jeter une oreille et un œil à dEUS. Au bout d’un  morceau et demi, on est déjà en train d’envisager d’aller re-remplir les verres, car on est vraiment là face à un groupe dont je ne doute pas qu’il puisse être appréciable… Mais du genre qu’il faut déjà connaître pour aimer à le voir sur scène. Mais bon, on y est allés histoire de pas rester à glander au bar, le contrat est rempli, c’est l’essentiel. Pour la bonne surprise, on repassera plus tard.

 

Par contre, là, il est vraiment temps d’aller remplir les bières parce que bon, un concert de Noël Gallagher sans bière, tout de même. Le hasard veut qu’on s’installe à l’exacte place qui fut la mienne pour voir les Queens of the Stone Age deux ans plus tôt. Et comme deux ans plus tôt, ce concert qu’on espérait juste « de qualité » s’est avéré être un des meilleurs souvenirs qu’on garde de ces 3 jours. En effet, en plus de jouer les meilleurs morceaux de son album solo – soit donc l'album presque entier, le mancunien nous offre quelques morceaux d’Oasis pour, disons, connaisseurs.

 

M’est avis que pour le commun de la population de Saint Cloud ce jour là, il a joué deux morceaux d’Oasis4. Mais en fait, loin d’être idiot, Noël joue principalement des morceaux d’Oasis sur lesquels il chantait déjà à l’époque. Ce qui veut dire quelques faces B, qui, pour notre fine équipe, furent autant de moments de joie et d’excitation ("Half a World Away", "Talk Tonight"…), s’insérant parfaitement entre un "If I had a Gun" ou "The Death of you and me". Le show s’achèvera de façon flamboyante alors que la nuit tombe sur le festival, et si les chants sur "Whatever"  furent timides, c’est toute une  foule de plus ou moins trentenaires qui a à nouveau 15 ans le temps de beugler « Soooooo Sally can Waaaiiiitttt… » sur le "Don’t Look Back in Anger" conclusif. Jamais avare d’un bon mot et de s’envoyer quelques fleurs, Noel  nous laissera sur cette phrase : « Who has been the best, so far ? Oh, yeah, I have. » Damn right, mate !

 

 

 

Le concert de Noel Gallagher en intégralité :

 

 

 

 

 

C'est donc conquis par le concert précédent qu'on décide de se diriger vers la toute petite scène rajoutée à l'occasion de ce 10eme festival, sur laquelle doit se produire Bass Drum of Death. Bon, OK, on en attend pas grand chose. L'album est très bon, oui, mais comment un duo de gamins de 17 ans peut tenir une scène de festoche, si petite soit-elle ? La seule piste qu'on ait sur le sujet à l'heure actuelle est « en embauchant un troisième membre », vu qu'ils étaient 3 sur scène ce soir là, mais pour le reste... on ne sait pas. Toujours est il que... ça marche, et pas qu'un peu ! C'est vif, c'est entraînant, c'est garage sans être sale5 … Et quand on en vient à se dire « bon, ils ont qu'un album, ça va s’essouffler... » C'est une reprise de goût (des Ramones) qui vient compléter le set. Une très bonne surprise, pour un groupe qu'on regrette déjà de ne pas avoir vu dans la moiteur surchauffée d'une Mécanique Ondulatoire.

 

 

 

Bass Drum Of Death - Extrait

 

 

 

 

Pas le temps de se sustenter, on fonce admirer les Eagles of Death Metal, raison ultime de maudire la mauvaise sonorisation de la scène Cascade en ce samedi. Car le groupe est en place, les morceaux sont bons, certes... Mais surtout, surtout, ce groupe est barge. Jesse Hugues, arborant fièrement un T-Shirt « The Black Keys are my brothers » saute, picole, éructe, et tout se déroule à la perfection. Ne serait-ce maudit mauvais son qui nous fait pester tout le concert. Mais on se dit qu'on adorerait avoir l'occasion de se prendre une cuite avec Jesse Hugues, et n'est-ce pas là tout ce qu'on demande à une rockstar ? (Avec, certes, le fait de balancer sans fioritures des titres comme "I only Want you" ou "Wannabe in L.A." pour ne citer que les plus (re)connus…) La nuit est tombée depuis longtemps sur Saint-Cloud quand résonne "Speaking in Tongues" ... et il fait faim.

 

(Je vous ré-épargne les détails)

 

 

Le concert des Eagles Of Death Metal en intégralité :

 

 

 

 

Beaucoup d'entre vous se demandent ce que peuvent valoir les Black Keys en tête d'affiche d'un festival, sur la Grande Scène le samedi soir en Prime Time. Certains, peut-être, lisent cet article juste pour cela. Eh bien, mes amis... Eh bien les Black Keys sont un groupe parfait à écouter jouer en fond pendant qu'on vide une pinte en devisant gaiement sur la vie, la Mort, le Rock n' Roll et - étonnamment - de l’œuvre d'André Gide, tranquillement posés dans ces transats qu'un opérateur de téléphonie mobile laisse à disposition des festivaliers éreintés qui ne demandent qu'à reposer leurs augustes séants. Rien à reprocher à ce concert, donc.

 

(Logiquement, on n'aura pas eu le courage d'aller voir Mark Lanegan sur la petite scène, on a encore un métro à prendre et une journée à tenir.)

 

 

 

 

 

Dimanche 26 Aout 2012

In the Garage, I feel safe


C'est dès le début du concert des Dandy Warhols qu'on réalise qu'il existe pire qu'un ingénieur du son sourd : c'est un ingénieur du son qui modifie les réglages du son, au sein même d'un morceau, selon son indécision ou son inspiration6. Et c'est fort dommage, tant les Dandys de Portland ont compris ce qu'on attendait d'eux, et nous livrent un set quasi parfait faisant la part belle aux tubes d'hier, entrecoupés de morceaux jouant plus sur les ambiances ("I Love You"). Le groupe sait qu'on n'est pas là pour son dernier album, en joue, et se montre paradoxalement plus convaincant que jamais : qui peut résister à un groupe qui, en moins d'une heure, vous aura balancé au visage "Not if you were the last junkie on earth", "Get off", "Bohemian like you" et "Godless" (fermeture parfaite) pour ne citer que les grands instants de grâce. En agréable surprise de début de journée, les Dandy Warhols confirment la place qu'on leur avait donnée avant même le festival, à savoir un groupe pour lequel on paierait pas pour les voir quand ils passent à Paris, mais qu'on ne raterai pour rien au monde s'ils passent dans un festival auquel on est déjà censé aller.

 

 

Pour rien au monde effectivement. Même pas, on ne le sait pas encore, on le déplorera après, pour "Now it's. Le temps de retraverser l'intégralité du site du festival, on arrive quand Grandaddy a déjà commencé. Mais à peine arrivé, on est récompensé par un "Crystal Lake" fabuleux, aussi beau que sur l'album. C'est là le reproche qu'on pourrait faire à ce concert (mais c'est bien le seul), son côté  un peu scolaire. Le groupe est en plus, les morceaux sont joués à la perfection, mais sans jamais s'échapper du carcan de la version studio. C'est beau, on est pleinement heureux d'être là, le cœur gonflé d'émotions, il y a vraiment quelque chose qui se passe – j'en veux pour preuve le fait que je me rappelle à la seconde près de certains passages du concert : les retrouvailles avec les amis présents ce dimanche, l'intro de "AM 180"  éclatant dans le parc, ce genre de détails et d'instants qui marquent... Mais Jason Lytle et sa bande restent dans les clous, rejouant leurs chef-d’œuvre à la note près, sans ajouter ni retirer de vie à des morceaux déjà grandioses, dans une interprétation qui n'aura de live que le nom. Cette réserve mis à part, il est impossible de bouder son plaisir à l'écoute de ce concert, et il sera très amusant de voir les amis ne connaissant pas le groupe et qu'on a convaincu de venir à ce concert en repartir sinon conquis, du moins curieux de ce qu'a pu faire Grandaddy par le passé. En même temps, découvrir en une heure tous les titres évoqués, mais également "The Go in Go-for-it", ou "He’s simple, he’s dumb, he’s the pilot", comment résister, et comment bouder son plaisir ? Non, on ne peut pas.

 

 

"Now It's On" de Grandaddy

 

 

 

 

 

De là, on part écouter Social Distortion (une fois encore, on aura donc raté le début…) Je vous la fait simple, je ne connaissais pas le groupe avant, et si je n’ai pas le courage de m’attaquer à leur discographie après ce concert, c’est vraiment par flemme, car c’est un groupe que j’ai vraiment pris plaisir à entendre. Même si on ne peut pas s’empêcher que c’était un coup assez difficile (voire mesquin) de faire passer ce groupe, sur la Grande Scène, juste avant Green Day, qui leur a quand même pas mal (beaucoup) (quasiment tout) piqué. On se laisse convaincre par "Story of my life", grand titre comme on n’en entend pas des masses et qui finira de nous convertir à une volonté de découvrir plus avant ce groupe, et quand le groupe conclut sur une reprise à fond les ballons de "Ring of Fire", la faim nous taraude déjà.

 

OK, je l'avoue, c'est quand même un gros dimanche de glandeurs qu'on s'est fait... vu qu'a priori je crois que le seul groupe dont j'ai encore à vous parler doit être Green Day – soit donc le concert de clôture du Festival. Faisons simple : Green Day s'est montré être à la fois le meilleur et le pire groupe de tous les temps. A son arrivée sur scène, le groupe calme tout le monde, envoyant directement  "Welcome to Paradise" histoire d'éviter des débats inutiles. Mais... les morceaux suivants sont tellement remplis de « get your hands up in the air », « Eeeehhh Oooooh » à faire reprendre par le public et tout ce genre d'interaction forcée de chauffeur de salle qu'au bout du troisième, on en a déjà marre. C'est alors que le groupe enchaîne "Holiday" et "Burnout" sans en faire trop, sans fanfreluches, jouant les morceaux, ces tubes plein d'énergie qu'on avait pas écouté depuis une éternité... Et là, c'est indiscutablement efficace, carré, super bon, tout simplement. Mais...

 

Et tout le concert fut construit de cette façon, nous permettant devoir le groupe creuser sa propre tombe vu qu'il rallonge inutilement les morceaux récents et envoie sans fioritures et pour notre plus grand plaisir les vieux tubes. Fatalement, le meilleur moment du concert sera un enchaînement "When I come around" / "Longview" / "Basket Case" / "She" / "King for a Day"7 peu avant le retour en coulisses. Certes, entre les deux on aura apprécié "Boulevard of Broken Dreams" (oui, je suis une midinette), le "Minority" final et autres... Mais on aura du subir des trucs quand même assez pathétiques entre deux (très) bons moments. Malheureusement, notre emploi du temps (et toujours cette crainte du métro bondé) nous fera partir pendant le rappel, et l’on quitte le Parc de Saint- loud alors que résonne "American Idiot". Bien malheureusement, cela nous fera rater le "Good Riddance" final, mais nous évitera un jeu de mots de trop.

 

 

 

 

Bilan des courses

 

On y allait à reculons, entre autres échaudé par une expérience en demi-teinte lors de l’édition 2010, mais cette fois – ci on aura vraiment apprécié de passer trois jours à Saint-Cloud. Certes, ce festival n’est pas exempt de défauts (le fait d’être à l’autre bout de Paris, c’est pas vraiment « sa » faute), on ne peut rien contre le côté Fashion Week avant l’heure (Mais qu’est-ce qu’il faut avoir en tête pour faire un festoche en talons de douze centimètres ?) où l’affliction de vieux con qu’on ressent en voyant la fan-base ado (pléonasme) de Green Day… Et la légère déception qu’on a à se faire presque tous les concerts « sur écran », et compensée par le fait que… ben on a pas forcément le choix, s’il n’y avait pas autant de monde, on aurait surement pas eu, au hasard, Grandaddy… Déception malheureusement pas compensée par les « petits » groupes à la petitesse toute relative (tous ces groupes qu’on s’est – qu’on vous a – épargnés, les C2C, Foster the People, Bloc Party, Maximo Park, Get Well Soon, etc…)

 

L’an prochain, on verra bien…  On sait déjà que, comme cette année, on satisfera déjà bien des envies via le Cosmic Trip et Binic… Mais pas impossible qu’on revienne trainer ses guêtres au moins une journée dans le Domaine National du Parc de Saint – Cloud... Une fois la programmation publiée, et les amis rameutés, évidement !

 

 

 

 


 

 

1

Oui, la disposition des scènes est assez complexe, histoire de permettre aux gens qui se barrent en avance d’un concert de croiser ceux qui y arrivent en retard… pour ainsi arriver en retard au concert pour lequel ils étaient partis en avance.

 

2

Effectivement, ce à quoi fait le plus penser un concert de Sigur Ros, c’est la fin de Rencontres du Troisième Type. Passée au ralenti.

 

3

"Battle for the Sun", dont on découvrit les paroles pendant le morceau, paroles écrites sur un PC à clavier cassé (« I, I, I, I, I, I, I will battle for the sun », à reprendre avec U et W pour les couplets suivants)

 

4

A savoir « Celui de la pub pour la banque », et « Celui qui plagie Imagine et que j’aimais bien quand j’avais 15 ans».

 

5

Et Dieu sait que ce n’était pas gagné tant ce festival fut marqué par un son étouffé, crade, mal foutu dès qu'on quittait la scène principale. L'hypothèse la plus plausible étant l'embauche d'ingés son sourds pour remplir les quotas handicap.

 

6

… ou sa maladie de Parkinson pour faire sens avec notre hypothèse de la veille.

 

 

7

Vous le voyez, le problème ? Meilleur enchaînement : pas un titre d’après 1997.

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14 septembre 2010 2 14 /09 /septembre /2010 12:32

Binic Folk Blues Festival 2010

Binic Folk Blues Festival 2010

6, 7 et 8 août 2010, Binic

 

 

Qu'est-ce qui fait la réussite d'un festival?
Le port de Binic. Photo © Headsucker
Sans doute, une certaine inadéquation imprévisible entre une affiche, un lieu et un public, en accord avec le vieux précepte surréaliste de la rencontre d'un parapluie et d'une machine à coudre sur une table de dissection. A ce titre, d'ici à ce que Vladivostok organise les prochaines rencontres internationales de la surf music ou que la grande fiesta du black metal se tienne à Ibiza, le Folk-Blues festival de Binic, fruit de l’association La Nef D Fous, mériterait à bon droit de trôner parmi les plus grands. A ces termes, certes, « folk-blues », « festival gratuit », « sur les quais », certes tout le monde grince et grimace, dans l’idée de soirées à la France-Culture fécondes en musicologues pathologiques à lunettes cerclées ou encore de bœufs-happening entre sosies de Francis Cabrel et simili-Paul Personne. Alors?

De fait, on ne revient pas de ces trois jours de déambulation sans la persistante impression que le colis était piégé. En toute sincérité, cette enseigne « folk-blues gratuit », qu'était-ce d'autre qu'un plan subtil destiné à rassurer les subventions et appâter le chaland inconscient ? Car ce à quoi on a assisté sur les quais de Binic, aimable et microscopique port de plaisance des Côtes-d'Armor, à l’ombre du clocher de Notre-Dame-de-Bon-Secours, c'est à un véritable carnage punkoïde, sordide et dépenaillé.

Le Chaland Qui Passe, QG du festival. Photo © HeadsuckerAutant dire qu’il est des confrontations qui ne manquent pas d’un exquis piquant ; celle des foules aoûtiennes baguenaudantes de familles en short guidées par leurs caniches luisants, avec ces guitaristes échevelés du plus profond de l'Amérique, avouons-nous, nous a émus. Sans parler des mélanges incongrus dans le public – midinettes à paillettes, branleurs du coin et vacanciers replets d’un côté, de l’autre le carré des spécialistes en rouflaquettes (rockab’ gominés, psychos tatoués ou sixtiseux tatillons, hantant le quartier général du Chaland Qui Passe) –, mélanges qui prenaient des allures de chocs des civilisations. Mentionnons parmi mille exemples les deux mariages du week-end, rythmés par les balances des Black Diamonds Heavies ou Henry’s Funeral Shoes ; les demoiselles d’honneur auront apprécié.

On aura donc très authentiquement vu des septuagénaires twister sur du beat anglais, et des couples de retraités siroter stoïquement leur glace italienne face à ces mêmes Black Diamond H. qui, beuglant à s'en damner "Baby take a ride with meeee" menaient des rombières peinturlurées à ébullition. Le garage à la portée du grand public, le monde adorant le vrai et seul rock’n roll : un rêve a pris forme.

Saluons aussi l’ingénieuse organisation : sur les deux scènes disposées d’un bout à l’autre de la rue, les artistes ont alterné, revenant chaque jour dans un ordre différent, ce qui permettait à tout un chacun, en vaquant gaiement, de se composer son petit programme … et de réécouter à loisir, trois ou quatre fois Becky Lee, par exemple.

Henry's Funeral Shoe. Photo © HeadsuckerEntre deux sauts sur la coquette plage semée de naïades en maillots rétro à pois, et une contemplation du couchant au bout de la jetée romantique, il était loisible de trépider, galette de sarrasin en main, gobelet de Coreff dans l’autre, sur pas mal de rythmes d'une lourdeur infernale. Comme celui, cryptique, des Magnetix bien déchaînés, qui dans l’esprit toujours aussi fun de leur univers de super-héros, ont déployé une belle panoplie de sauts de cabri et gonflement de joues. A noter, l’excellent son, constant au long de ces soirées (qualité trop rare en ces manifestations de plein air pour ne pas être soulignée), a valorisé leurs empilements outranciers de couches de fuzz, sur « Mort clinique » ou « Drogue électrique ». Ou encore, on pense au psyché-blues motörheadien de Henry's Funeral Shoes. L'énergie assez phénoménale du freluquet à mèche officiant comme batteur n’a pas manqué de surprendre, et le chanteur-guitariste, non content de maçonner plein pot des tombereaux fuligineux de vibrations spatiales au bottleneck, est un parfait sosie chapeauté du Monty Python Michaël Palin, ce qui lui assure toute notre sympathie. Autre groupe relativement extérieur au blues, Hipbone Slim alias Sir Bald Diddley, militant classieux du rockabilly, a déployé une large palette de styles : de Bo Diddley à un beat nerveux à la Sorrows, en passant par un rock'n roll très anglais dans la veine de Johnny Kidd, tendu et parfois même menaçant. Si l’on pouvait, à la rigueur, déplorer un relatif manque de rugosité virant à l’occasion au pastiche consensuel (le final en forme de kermesse, presque embarrassant), maître Hipbone Slim, sémillant pince-sans-rire au français délicieux, peu avare en roulades, a gardé la classe tout en se rendant accessible à un public pour le moins hétérogène : œuvre noble de vulgarisation.

Le même sentiment ambivalent, partagé entre admiration sincère pour le brio instrumental, et vague réticence envers la propreté du son, a été suscité par les Rag Mama Rag. Duo aux allures de vieux couple pastoral impassible et avenant, ils ont interprété des standards du blues rural profond, avec virtuosité, impeccable conviction et goût irréprochable. Ne manquaient, dans leur étonnante série d’instruments, ni planche à laver ni rythmique à coup de cuillers. Ne chipotons pas, nul dans l’assistance n’a boudé son plaisir face au plus beau des blues. Shake It Like A Caveman. Photo © HeadsuckerLa caution folk, elle, a été endossée par Jamie Hutchings… si tant est qu'on puisse qualifier ainsi ce vaporeux brouet acoustique. Amusant dépaysement, anomalie en forme de parenthèse anodine au milieu d’une tornade de sauvagerie crasse, un anticyclone estampillé RTL2 a donné l’impression de passer sur les quais. Soyons clairs : nous autres, dégénérés garage-punkers, ne sommes pas tout à fait des brutes avinées et sans cœur. Il nous arrive d’éprouver des sentiments entre deux riffs de fuzz, et nous ne crachons pas d’avance sur toute tentative de délicatesse. Mais quand un monsieur prétend œuvrer dans la mélancolie raffinée, l’on en droit d'attendre des chansons. Or, des chansons, ici, nous n’en avons point ouï.

Foin de notre mauvaise foi et non moins mauvaise langue : en somme, le Binic folk-blues festival n’a pas totalement usurpé son nom. Néanmoins, sa véritable unité était plutôt à chercher du côté du dépouillement. A l’exception d’Hipbone Slim, ne se bousculaient en effet que duos et one-man-bands. Et ce sont ces derniers qui ont le plus haut porté l’étendard ravagé du blues-punk hirsute et sans moralité.

Du nantais Birds Are Alive, on dira qu'il a incarné la promesse. Ce jeune blanc-bec tout de nonchalance dégingandée possède un son granuleux, une guitare clinquante et bondissante, et, détail non négligeable, des chansons, lui. S’il doit encore gagner en assurance et peaufiner un grain de folie indispensable à l’artiste solitaire, il n’en demeure pas moins que l’on a rencontré quelqu’un sur qui il va falloir compter.

Les triomphateurs ? Ils sont au nombre de trois.


Becky Lee. Photo © HeadsuckerL’inénarrable Blake (Shake It Like A Caveman), déjà consacré, à la précédente édition, parrain du festival. Véritable machine à boogie, avec sa gueule de surfer et ses pantalons zébrés, il fait gicler de son bottleneck fébrile et de ses cordes claquantes, du proto-John Lee Hooker gospel-punk en boucle pendant des heures, remettant ça en after sur les terrasses des bars biniquois, en grand roi munificent du Tennessee, jusqu’à mener les danseurs au bord de l’auto-lobotomie. L’avenir du blues. Génial.

L'égérie inoubliable restera la très-sublime one-woman band Becky Lee accompagnée de son batteur Drunkfoot (oui, son pied ; pas si approximatif qu’elle le prétend, d’ailleurs). Séduisant l’ensemble du public, hommes, femmes, nourrissons, de toute la timidité de sa grâce éméchée, outre ses compos rugueuses et lumineuses à la fois, dont les anglophones assurent que même les textes valent le détour, elle chante, voix profondément sudiste, comme une Janis Joplin veloutée, syncopée et soyeuse, joue guitare et batterie complète avec baguette coincée entre les doigts, mais surtout brise les cœurs par paquets de cent avec ses yeux d'eau claire timidement baissés et ses pommettes rosissantes se détachant sur son teint de lys. Becky, si tu lis jamais ces lignes, sache que Béro t'attend toujours. Mais sans plaisanter : quand elle gratte à peine un brin de corde, et laisse sa voix prendre tout son essor, une chanson comme « Old-Fashioned man » rayonne de la force fragile et l’évidence bouleversante d’un classique des années 40 ou 50. Révélation foudroyante, nous n’avons pas fini de t’aimer, ô Becky.

Black Diamond Heavies. Photo © HeadsuckerEnfin, pour revenir aux duos, décernons une couronne. Le meilleur groupe de la planète s'appelle, et nul ne doit l’ignorer, les Black Diamond Heavies. A deux, ces gars, déjà notoires, font plus de bruit que la totalité du Hellfest. Il faut imaginer un batteur fou à qui on jurerait voir quatre bras et quatre pieds. Il faut imaginer un texan à gueule de second couteau du western spaghetti, fumant comme un pompier, en train de jouer sur un orgue saturé aux sonorités d’orchestre indus-metal, et de vociférer, d’un organe qui ferait passer Tom Waits pour une jouvencelle prépubère, des hymnes volcaniques free-blues-garage aux crescendos dignes de l’Armageddon. Ils ont déversé sur une foule ahurie et terrassée un magma caverneux et rutilant, méphitique, entre Ray Charles et Teenage Jesus and the Jerks, entre Louis Armstrong et CNK, attablant pour un poker chimérique AC/DC, Ornette Coleman, Mötorhead et Screamin' Jay Hawkins. Cette performance sans répit, marécageuse, tendue et superbe – ces ballades à fracasser le cœur ! –, certes peut-être pas aussi furibarde que dans d’autres occasions, a manifesté néanmoins une rare densité.

Oui, l’espace d’un week-end, la France vacancière aura swingué au sein d’une avalanche blues-punk, sous le ciel marin et les cris des mouettes, dans les senteurs troubles des ulves et des goémons, drapant la Statue de la Liberté aux couleurs de la Bretagne : belle réussite d’une valeureuse entreprise, à qui nous souhaitons vaste pérennité.





Vidéos :

 

Black Diamond Heavies

 

Shake It Like A Caveman

 

Beckyyyyyyyyyyyyyyyyyyyy

 

Hipbone Slim

 

Magnetix

 

Henry's Funeral Shoe

 

 

 

 

 

 

 

(Merci aux compagnons festivaliers dont la précieuse compétence musicologique a nourri cet article : Ratel l’incomparable érudit toujours prêt à partager fromage et saucisson, Urizen et sa joviale tribu. L’adjectif « cryptique », appliqué aux Magnetix, est sous copyright Teenagegraveman.)

 

Merci à Headsucker pour les photos !

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17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 06:00

Festival Cosmic Trip 14

Bourges, Palais d’Auron

22 et 23 mai 2010

 

C'est avec joie et fierté que PlanetGong accueille un nouveau rédacteur en la personne de l'illustre Béroalde De Fuzz, membre éminent et apprécié du forum, spécialiste du garage-rock le plus primitivement exquis et esthète de l'andouillette de Troyes authentique (certifiée AAAAA).

 

 

cosmic.jpg

Pour sa quatorzième édition, le Cosmic Trip, institution berrichonne quasi-sacrée du garage-punk européen, rameutant tout ce que France, Belgique, Hollande, Allemagne, Espagne et plus comptent de faune interlope avide de rythmes primaires, obsédés du riff déviant ou autres intégristes hoquetant de la fuzz carnivore, le Cosmic Trip disions-nous donc s'offre le luxe d'une saine folie des grandeurs: pas moins de dix-sept groupes annoncés, en tête d'affiche desquels les capiteux Love Me Nots. Las! Drame, malédiction, acharnement intempestif de l'ire divine, les mots manquent pour exprimer notre consternation, quand la nouvelle se répand : pour la deuxième fois, comme en 2008, le groupe annule, coincé par une grève de British Airways de l'autre côté de l'océan.

 

Au reste, quoiqu’amère, ce fut la seule déception de ce festival, cru exceptionnel sur toute la ligne. Indiscutable signe de goût, un axe très traditionaliste a dominé la programmation, instru surf-rock'n roll ascendant glam d'une part, garage/roots de l'autre. Ni punk louche, ni lourde pop aux prétentions cosmiques ; rien que sueur, trépidation, rythme raide.

 

Mais n'anticipons pas. Voici qu'il est dix-neuf heures ce samedi : pendant que les canards de l'Auron effarés par les bigarrures de la foule qui envahit les berges, prennent stoïquement leur envol, lilas, saules et platanes composent sous le couchant une symphonie psychédélique mauve avec des flashes verts. Nul ne doute plus que la beauté du twist sera convulsive ou ne sera pas. On croise des bananes, des rouflaquettes à foison, et pour les filles des franges entre deux jupes à pois. Déjà, un parfum de petit blanc frétille au fond des gobelets en plastique. La cérémonie peut commencer.

 

Dès le début, le ton est donné par les Norvins, pied au plancher, pétaradante ouverture sabrée dans le vif par des guitaristes nerveux et un chanteur en état second bien avant tout le monde. On sait qu'il ne sera pas question de vaquer, fuzz et farfisa envoient leur bénédiction : il est temps de vivre. Speedball Junior enfonce le clou quand vrombit son surf puissant, motorisé, véloce. Les interventions d'une go-go danseuse seront diversement appréciées, qualifiées de superfétatoires (surtout par la gent féminine) ou tolérées par les gens de goût d’avis que jamais les filles ne porteront assez de cuir. Le surf russe de Messer Chups, lui, plus puriste, tout en accords bulleux et twang intempérant, convoque l'imaginaire horrifique des Cramps, et provoque au final un pogo qui manque dégénérer. Gageons que le galbe de la bassiste, parfaite Betty Page, n'a pas été étranger à ce franc succès.

 

Projetées aux murs, des vidéos chamarrées ajoutent à la décadence mentale de ce beau vacarme : pour la plus grande joie collective, Batman, Weng-Weng, néanderthaliens et sangliers en saillie, gorilles danseurs, bikers moustachus et cosmonautes strip-teaseuses tournent en rond dans les cerveaux éprouvés. On hume enfin l'odeur caractéristique du festival. Fumées d'origines diverses, graillon et lointains relents de vomi, chacun sent que les choses sérieuses commencent. Et d'ailleurs, abominablement adorables, les petites glamouzes des Mystik Motorcycles approchent. Roustons coincés dans des futs menaçant déchirure, ces lascars dégingandés remettent en honneur l'intransigeante discipline des vestes léopard, des voix de fausset et des solos fanfarons. Nul ne leur a disputé d'arborer les pompes les plus pointues du festival. Tant pis, en cet hommage brouillon aux rock'n roll le plus héroïque (à Little Richard avant tout), pour la mise en place approximative, ou pour la batterie réduite à une pulsation caverneuse : on s'est marré. Ces petits maîtres d'opérette, en jouant la carte de l'esbroufe déglinguée, ont empoché la mise.

 

Pour ne rien cacher, nous étions quelques uns à placer nos vives espérances dans les Responders, combo jusqu'alors inconnu au bataillon, mais œuvrant dans le genre noble entre tous de la soul'n roll. C'est peu de dire que les attentes ont été comblées. Une guitare parfaite de goût crépite de notes étincelantes et lustre un répertoire exigeant. La frappe du batteur, sèche et nette, invite à la danse. On pense aux Detroit Cobras pour la démarche et le son sans concessions. Lola, la chanteuse à l'enthousiasme perceptible, voix à la fois puissante, souple, tour à tour émouvante et excitante, s'autorise toutes les audaces sans jamais verser dans la grandiloquence. Ses trémolos accrochent et secouent et triturent le fond de l'âme pour ne relâcher l'auditeur que pantelant, ahuri, sonné. Sans doute le concert du festival.

 

Dollsquad @ Cosmic Trip 2010Mais la soirée n'était pas terminée. C'est-à-dire que les Dollsquad prennent position. Illico, il devient évident que pour une trêve, on attendra. Surgies d'un fantasme humecté de Russ Meyer, en formation de bataille, six créatures de rêve cauchemardesque ou de cauchemar rêvé, moulées dans leurs combinaisons de cuir noir, entrent en souveraines. Généreusement bottées et ceinturées, plus tigresses les unes que les autres, elles se contenteraient de prendre des poses, et nous, nous mourrions lentement sous leur regard selon les désirs de Baudelaire. Mais curieusement, elles préfèrent balancer aussi sec un garage charcutant le glam-punk sauvage à gros bouillons, et cisaillent hymne sur hymne, dont un « Cherry Bomb » d'acier trempé, et un « Hot Generation » définitif en final. Joey, la chanteuse, domine en rapace la scène, joue avec chaînes et micros, envoie ses bottes en l'air, convie le public à s'emparer des maracas, tente en vain de lui apprendre quelques pas de danse ; imperturbable. D'aucuns ont crié à la vulgarité. On s'obstinera à penser que ces Australiennes intrépides ont touché à l'essence de l'art frivole et profane du rock'n roll. Après un tour de danse sur la piste ménagée par des djs férus en rythmes authentiques, on s'en retourne presque mélancolie, cœur brisé par tant d'émotions et de beauté.

 

C'était prévisible: le lendemain, un tardif réveil nauséeux empêche d'assister au show du mystérieux one man band du festival, l'Asthmatic Avenger. La rumeur publique garantit que le spectacle, entre cours gratuit de yodel et bris de guitare, a été haut en couleurs. Un soleil de plomb dissuade de stationner sur la terrasse, et cependant que l'on hante, pas assez loin de la réverbération torrentielle d'un soleil implacable, le marché rock'n roll (costumes vintage, stand Soundflat records et accessoires indispensables : pin-up autocollantes, brillantine, écussons magnétiques Billy Lee Riley), les deux groupes de l'après-midi conviennent de porter le public à ébullition. Ainsi, les quatre zombies grimés et grimaçants des Dead Valdez, dont une chanteuse violette haute en gueule et légère en tenue, entonnent les titres les plus caricaturaux qu'on pouvait espérer: « Dawn of the dead » suit avec logique « Night of the living dead », psychobilly ultrabrutal slappé à la contrebasse, enjolivé de rires sardoniques et de beuglements méphitiques. Ces gens-là mangent de la cervelle humaine au petit déj' et tiennent à  le faire savoir. La température sous la véranda portée dès lors à un point de non retour, Frandol et ses rutilants Kitchenmen n'arrangent en rien les choses, au contraire. Le vétéran français n'a rien perdu de sa superbe, et arbore quelques unes des plus belles guitares du festival. Appuyé par l'orgue incandescent et perçant d'un Fredovitch survolté, le groupe, chromé, rayonnant d'aigus écarlates, a joué fort, très fort, trop fort. La basse ronfle, quelques classiques inconnus des temps bénis des Nuggets (« Why don't you smile now », « Save your soul ») sont hystériquement emportés dans le tourbillon d'un quasi-glam stonien. Face à tant de raideur classieuse, nonchalance feinte ou réverbération spectorienne, le public jerke de joie et Frandol ne se prive pas de faire circuler les tambourins ou gicler les bouteilles parmi les spectateurs, qui achèvent, hagards, de rissoler dans leur dérisoires accoutrements. Les festivités de l'après-midi achevées, chacun s'éparpille dans la quête d'un boire salvateur.

 

The Revellions @ Cosmic trip 2010On les savait capables de tout, une question se posait pourtant au sujet des insanes Revellions: seraient-ils assez imbibés pour relever le défi d'ouvrir le second soir? Habitués aux prestations à haute teneur en chaos éthylique, ils nous font peur un instant, avec leur mine singulièrement sobre. Va-t-on assister à une déroute? Loin de là. Rendus comme hargneux par leur inconfortable position initiale, toujours captivants sur scène, ils transfigurent des compos déjà efficaces en cantiques convulsifs et hantés. Les volutes lysergico-sépulcrales de l'orgue y sont pour beaucoup. Mais le chanteur Ali Moore aussi a progressé ; empruntant des accents à Jim Morrison, il ne se contente plus de hurler. Décidé selon toute apparence à crever un jour sur scène, titubant, il se raccrocher tant bien que mal à sa ceinture, tandis qu'il rattrape ses cours d'aérobic, fait la roue, joue au hula hoop avec le micro, pour terminer sa récré de l'enfer à cheval, égaré, sur les épaules d'un guitariste résigné. Immense. Une ovation salue cette performante habitée, et consacre les Irlandais par un rappel mérité.

 

Des rumeurs circulaient : quelques japonais au nom imprononçable remplaceraient au pied levé les Love Me Nots. On murmure au sujet de midinettes en mini-shorts. Intrigués, nous nous précipitons dans l'enceinte. L'honnêteté contraint à brosser un tableau pour le moins surréaliste : quatre asiatiques, plus petites sur leurs talons hauts que les manches de leurs instruments, balancent avec fougue et force montées vocales suraiguës, du hard rock au Cosmic Trip ! On aura tout vu. Grosses Gibsons & amplis Marshall ! Cette apparition a divisé dès les premiers accords, mettant en fuite une moitié du public, les autres sautent de joie. Lazy Guns Brisky, ô chères vampirettes en furie : nous avons, nous aurons toujours douze ans.

 

Mais un saxo frénétique tout à coup sonne l'appel: on reconnaît le mythique « Bloody Mary » du faramineux Barrence Whitfield. Qui assume une reprise aussi écrasante, quel homme de goût? King Salami, pas moins. Très attendu, gros buzz du moment, ce dernier impose sa débonnaire truculence. Sa voix de stentor rocailleux envoie direct au ciel. Pétulant frontman né, inventeur d'une mythologie personnelle (enfin quelqu'un qui parle d'autre chose au public que du titre des morceaux à venir) pour mieux croquer à belles dents un rythme infernal, il impose la foi aux plus sordides mécréants. Cette célébration trépidante des mystères du rock'n roll met à genoux la salle pour une prière collective, car ce King nouveau dédie son concert au regretté Sébastien « SF Sorrow » Favre. A trois, ses musiciens, dont le Masonic John Gibbs, vieux routier à l'indéracinable sourire cartoonesque, sonnent comme un big band. Halluciné, on croirait ouïr un Louis Jordan punk, un Wynonie Harris garage ; c'est dire si l'on humecte les fonds de culotte.

 

 En toute honnêteté, on espérait qu'entre les concerts, le groupe intermédiaire Lord Fester Combo afficherait une réconfortante médiocrité, histoire de reposer sans remords jambes et tympans. Pas question, il était dit que la quiétude serait bannie du festival. Bourrus et joviaux irrésistiblement, avec une finesse que ne laissait pas augurer leur décorum de western fleurant bon la sueur séchée, les tatouages, la graisse de bison et l'huile de vidange, le quatuor parisien évoque l'Amérique éternelle, tout en dévotion à la plus belle musique du XXème siècle. Des versions convaincantes de classiques éternels (« My Babe ») forcent donc les plus réticents à revenir s’époumoner en rythme malgré l'épuisement qui menace et le dérèglement imminent des fonctions vitales élémentaires.

 

The Rippers @ Cosmic Trip 2010Parvenu au dernier stade de l'exhaustion, on redoutait que les Rippers, réputés pour leur cruauté, n'offrissent un spectacle par trop bourrin... Le mot était faible. Les Rippers donc, ritals aux trognes de farfadets arthritiques malfaisants, glaviotant de partout, jouent la musique la plus terrifiante au monde. Il faut imaginer un Suicide garage-punk interprétant Metal Machine Music à 300 à l'heure, sans pause ni le moindre ralentissement, aigus sur 10, graves sur 0 : un caisson de bruit blanc. Et, chose incroyable, semblable mur du son recouvre de vraies chansons, voire des mélodies. À la limite de l'inhumain, cette expérience impitoyable de transe froide et métallique a impressionné.

 

L'absence des Love Me Nots a desservi les Banditos. Propulsés en tête d'affiche, ces derniers ont eu à assumer un rôle qui ne leur convenait pas ici. Leur talent n'est pas en cause.  Héroïquement, et avec aisance, ils ont fait ce qu'ils ont pu pour envoyer du bois, n'hésitant pas à interpréter le thème de Derrick, à se repeigner entre deux riffs, à jouer de la trompette en chemise dorée. Mais un show quasi instrumental, bien qu’entraînant, clinquant, délié même et enjoué – pour quiconque supporte sans trop de difficulté une légèreté toute germanique –, constitue un final peu adéquat pour ces deux jours intenses.

 

Car au total, si l'on met à part le scandale que la bière est devenue fort buvable, c'est bien à une édition exceptionnelle que l'on a assisté, dépourvue de groupe à fuir, presque éprouvante de rythme, et l'on se défend mal de l'impression exaltante que le festival progresse chaque année à tout point de vue. Pour tous ceux dont le souhait unique et vibrant est de vivre la vie comme une vaste série B, il va être long d'attendre l'an prochain.

 

 

 

Le présent article leur doit beaucoup ; merci aux forumeurs de PlanetGong : John the Revelator, Teenagegraveman et Beat4less, pour leur saine camaraderie, leur inlassable émulation musicologique et nos sanglants débats autour des Dollsquad.

 

Crédit photos : Teenagegraveman.

 

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5 avril 2010 1 05 /04 /avril /2010 21:42

Alors que la chronique de l'album se fait toujours attendre, notre envoyé spécial à Londres nous rappelle à quel point The Soft Pack est un des groupes les plus enthousiasmants du moment.

 


The Soft Pack, Londres,
Tamesis Dock Boat, 10 mars 2010

http://www.tamesisdock.co.uk/untitled.jpg

 

 

C’est sur un bateau qui aurait pu accueillir « Radio Rock » du film Good Morning England que les Soft Pack ont donné le dernier concert de leur tournée sur le vieux continent. Ils défendaient alors leur premier album éponyme sous leur nouveau nom, après avoir abandonné The Muslims,(pour des raisons dont on n'a que faire sur PlanetGong).

 

Tous les ingrédients étaient réunis pour faire de ce concert un vrai moment de galère pour le quatuor de San Diego. Obligés de jouer sur 5 mètres carrés à tout casser, avec une sono déplorable et un plafond n’excédant le mètre soixante, ils ne se sont pourtant pas dégonflés. Après un « Pull Out » (morceau préféré du groupe) chanté courageusement avec un public à 10 cm du micro et des serveuses qui passent devant pour récupérer les cadavres de bières, ils ont enchainé les chansons punk de leur répertoire sans répit. Puisant à la fois dans leur précédent opus, quant ils n’étaient encore que les Muslims, ou dans le catalogue actuel, ils ont joué en vrac « Down on loving », « Move Along », « Extinction », « Right or Wrong », « Answer To You »…

 

Alors qu’en novembre dernier, ils n’avaient réuni qu’une cinquantaine de personnes au Barfly, cette fois-ci, le public a répondu à l’appel, allant jusqu’à chanter les chœurs de « Bright Side », un morceau qui remonte à 2008. On apprécie à ce moment, l’effet de bombe à retardement qu’a eu le premier album, sorti il y a près de deux ans.

 

Ce soir, toutes les chansons sont assumées par le groupe comme des petits trophées indie. L’énergie, qui parfois manque au second album, est ici tout à fait de mise ; Elle permet de redécouvrir certains morceaux qui passaient un temps pour du remplissage. À l’aise, enfin, ils offrent une chanson inédite sur fond de larsen lancinant rappelant des Black Lips qui seraient allés à l’université. Une bouteille de Jack Daniels offerte à l’audience et trois merci plus tard, ils disparaissent dans une cale du bateau, laissant le public comme d’heureux zombies, avec les oreilles dans le coton pour les cinq prochaines heures.

 

A mi-chemin entre The Replacements et Gang Of Four, les Soft Pack ont cette energie en live et ce sens de la mélodie dans les compos qui manquent à beaucoup. Leur look ne leur assurera peut être pas toutes les groupies du monde (quoique) et un succès mainstream (à quoi bon), mais à ce rythme, et prolifiques comme ils sont, on ne donne pas cher de leur anonymat. 

 

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20 octobre 2009 2 20 /10 /octobre /2009 10:26

The Revellions -
Le Picolo, Saint-Ouen

19 septembre 2009

 

 

Avec les soucis rencontrés ces derniers temps par la Mécanique Ondulatoire – qu'un voisin imbécile met dans l'embarras –, le très attendu concert des Revellions a finalement eu lieu dans la convivialité du Picolo, au cœur du marché aux puces de St Ouen. Sur cette petite scène, le quintet irlandais a donné un concert que la cinquantaine de spectateurs présents n'est pas près d'oublier. Exagérément alcoolisés, le chanteur et le claviériste du groupe ont mené le groupe en titubant pendant un récital de rock'n'roll sous influence, avec un abandon et une énergie jubilatoires.

 

Etourdissants de classe malgré leur état avancé, les Revellions ont interprété la quasi-intégralité des morceaux de leur premier album avec un enthousiasme contagieux, parvenant à convaincre les plus sceptiques pendant une heure de folie furieuse, notamment sur "Ain't No Fool", "Up To You" ou encore "Have It All".

 

A l'issue des nombreux rappels demandés par un public conquis, les Revellions ont achevé leur concert de quelques reprises bien senties, notamment de l'immanquable – pour tout rocker irlandais qui se respecte – "Gloria" de Them, interprétée avec maestria.

 

Ivres morts en fin de concert, devant une foule qui ne l'était pas moins, les Revellions ont apporté un salutaire vent de folie en ce début de rentrée dans le nord de la capitale. C'était la rentrée des classes, les Revellions ont lancé l'année scolaire de la meilleure des façons.





Le seul témoignage filmé de la soirée :

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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 14:55

The Bishops +

Young Knives

Paris, La Flèche d'Or, Mercredi 17 décembre 2008

 

 

Il n'y avait pas foule à la Flèche d'Or pour cette soirée placée sous la thématique de Rock Is Dead ? (question à laquelle on serait tenté de répondre "oui" au vu du peu d'engagement du public et de la propension des gens à partir à mi-concert).

 

Si on a raté la première partie des gothiques punks de S.C.U.M., on n'a pas raté une miette de la prestation des Bishops qui n'ont que moyennement convaincu avec leur set faisant la part belle à leurs nouvelles compositions. Ces dernières, plus reposées et en général moins punchy que le reste de leur répertoire, annoncent un deuxième album moins rock'n'roll que leur excellent début. Moins Yardbirds, plus Hollies disons... Le nouveau single molasson "City Lights", en écoute sur leur MySpace en témoigne, les Bishops de 2009 seront plus pop que garage. Seule l'excellente "Hold On" semble à la hauteur des meilleurs morceaux de The Bishops, que le groupe a joué ce soir sans passion. Un rien décevant.

 

Plus tard, les Young Knives ont balancé un concert convaincant devant une foule démissionnaire et franchement amorphe. Les excellentes vannes des frangins Dartnell ont glissé sur un public plus concerné par ses discussions que par le groupe. Les Young Knives ont passé en revue les meilleurs morceaux de Superabundance et de Voices Of Animal & Men ("Weekend & Bleak Days", "Terra Firma", "Up All Night", "The Decision") mais a écarté quelques perles comme "Here Comes The Rumour Mill" et "She's Attracted To". Frustrant, à l'image de la soirée.

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28 mai 2008 3 28 /05 /mai /2008 16:28
Black Lips
Paris, La Maroquinerie, 11 avril 2008


La réputation scénique des Black Lips tient du mythe - on a lu ou entendu à divers endroits des histoires narrant leur dévouement total à la cause rock'n'roll (guitares brulées, nudité, vomi, sang et pisse sur scène...) - et il apparaît rapidement que le public venu ce soir est surexcité avant même la venue des artistes sur scène. Comme tout bon groupe garage qui se respecte - et qui vivote sur un petit label -, les Black Lips accordent et préparent leurs instruments eux-mêmes. Vision surréaliste : alors que le bassiste effectue des réglages, quelques fans enthousiastes envahissent la scène. Le ton est donné avant même la première note.

La soirée ne sera ensuite qu'une vaste baston entre fans et videurs pendant que les Black Lips envoient le meilleur rock'n'roll garage du moment. Une heure de folie furieuse durant laquelle le quatuor jouera toutes les pépites de son impressionnant répertoire avec un sens du je-m'en-foutisme jubilatoire. Des meilleurs moments de Good, Bad, Not Evil ("Oh Katrina", "Bad Kids", "Cold Hands") à ceux de Let It Bloom ("Boomerang", "Sea Of Blasphemy") et We Did Not Know the Forest Spirit Made the Flowers Grow ("M.I.A.", "Stranger"), les Black Lips sont splendides d'énergie brute et d'approximation rock'n'roll. On a rarement vu une telle ferveur à un concert - même chez les Stooges au Bol d'Or et Babyshambles à la Rhythm Factory. La symbiose entre le groupe et son public est totale.

 

Même pendant les pauses censées permettre à tout le monde de respirer, comme les morceaux "Veni Vidi Vici" et "Hippie, Hippie Hourrah" (sur lequel le guitariste aux dents dorées avait décidé de ne pas réaccorder sa guitare), l'ambiance ne retombe pas. Pire, les invasions de scènes s'accélèrent au fur et à mesure du concert si bien que le final vire à l'anarchie totale et au concours de plongeons (de la scène vers le public, s'entend), ce qui poussera le chanteur/bassiste Jared Swilley (magnifique en polo rayé rouge et noir et avec une moustache digne de Billy Childish) à lacher "you guys are wilder than the Germans !".

 

Une soirée exceptionnelle qui confirme ce que la légende n'était pas un de ces nuages de hype. Les Black Lips sont aujourd'hui le groupe rock'n'roll le plus dément à voir en concert. Le simple fait que la salle était pleine à craquer en atteste : le bouche à oreille commence à faire son effet. Voir un tel enthousiasme généré par un groupe de rock garage aux influences sixties est un plaisir incommensurable.

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24 mai 2008 6 24 /05 /mai /2008 13:23
Adam Green
Paris, La Maroquinerie
14 avril 2008

Qu'on aime ou pas certains de ses albums, il est impossible de résister au charme d'Adam Green lorsqu'il monte sur scène. Dans la foulée de son dernier album schizophrène - 50% show à l'américaine, 50% ballades acoustiques immaculées - le crooner de l'improbable a monté un spectacle à la fois touchant et hilarant.


Vêtu d'un sweat-shirt noir orné de franges argentées façon Ozzy Osbourne, Green a offert le 14 avril dernier un show mémorable aux spectateurs extatiques du Trabendo. Accompagné de son groupe habituel - Steven Mertens à la basse, Nathan Brown au clavier, Chris Egan à la batterie, Jon Wiley à la guitare - augmenté de deux choristes noires en tenue légère, Adam Green a tout d'abord mis évidence la qualité des morceaux de Sixes & Sevens en ouvrant sur  un "Festival Song" tonitruant.

 

La suite ne fut qu'une longue série d'enchantements, Green alternant morceaux récents et plus anciens en dressant une set-list proche de la perfection, enchaînant les morceaux les uns aux autres avec des transitions audacieuses et en refusant la facilité. Les meilleurs passages de Sixes & Sevens ont été bien accueillis ("Getting Led", "Homelife", "Leaky Flask", la géniale "You Get So Lucky" et même les décriées "Midnight After Midnight" et "Broadcast Beach" irrésistibles lorsqu'Adam Green y ajoute sa dimension de showman décalé et ses chorégraphies improbables), tandis que ses tubes ont déclenché une vague d'enthousiasme débordante ("Bluebirds", "Gemstones", "Emily", "Dance With Me", "The Prince's Bed", "Hollywood Bowl", l'immense "Chubby Princess", le fabuleux "Friends Of Mine" ou encore "Carolina"...pfff la liste est longue).

 

A l'aise sur ses morceaux les plus festifs, Adam Green touche au génie quand il se présente seul avec sa guitare pour livrer ses ballades acoustiques. "Tropical Island", "Losing On A Tuesday" et les désormais classiques "Mozzarella Swastikas" (une des meilleures chansons de l'histoire de l'humanité), "Can You See Me", "Hard To Be A Girl", "I Wanna Die" ont fait frémir le public au plus profond de leur être. On reste plus circonspect quant à la présence incongrue de la petite amie du chanteur (qui a bien eu du mal à garder le tempo et à chanter juste)  sur "Drowning Head First".

 

Certains idiots ont passé la soirée à crier "Jessicaaaa !" entre les morceaux - à notre irritation. Adam Green les a superbement ignorés tout au long de la soirée. Au final, ce morceaux mineur mais populaire n'aura pas été joué (ni la reprise de "What A Waster" ou "It's A Fine"), mais le concert, long d'une trentaine de chansons, n'en aura été que meilleur. Un grand moment.

 

 

Adam Green - Mozzarella Swastikas :

 

P.S. : un petit mot sur la première partie assurée par le folkeux Turner Cody. Cet artiste mérite qu'on aille fouiner dans les rayons d'un disquaire. Son set d'une vingtaine de minutes nous a enthousiasmé, son timbre rappelant Neil Young et son humour contagieux en font un artiste dont on reparlera à coup sûr.

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25 décembre 2007 2 25 /12 /décembre /2007 16:25

The White Stripes

11 juin 2007, Zenith, Paris

Avec quelques mois de retard... (ça commence à devenir une habitude) :

"Depuis l'intermède Raconteurs en 2006, on avait laissé les White Stripes sur un album étrange, dénué de guitares, et la vision sur Youtube de prestations live où on voyait Jack White habillé en Zorro jouant sur un gigantesque marimba. Qu'allaient-ils nous réserver ce soir ? Après l'écoute du couillu single "Icky Thump" on espère revoir le groupe tel qu'on l'aime et qu'on l'a déjà vu : sec, nerveux, bluesy, lyrique par moments.

La famille White fait toujours bien les choses en matière de première partie. La dernière fois, en 2003, on avait pris une claque avec The GO et on avait frisé la rupture d'anévrisme avec Whirlwind Heat. Cette année, ils se sont adjoint les services du classieux Mr David Viner, un folkeux anglais auteur de deux albums brillants enregistrés avec la crème de Detroit (Soledad Brothers, Von Bondies) et qui possède dans son backing-band le meilleur batteur du monde, Ben Swank, des défunts frangins de Toledo.

La première partie à elle-seule valait le déplacement : Viner à la guitare, susurrant ses complaintes Dylaniennes, accompagné d'une violoniste, d'un contrebassiste à chapeau, et de l'inénarrable Swank, a fait passer un moment magique à un Zénith totalement sous l'emprise du songwriter londonien. Messages aux cols serrés qui vendent du Fatal Bazooka et du Superbus : ce mec cherche un label pour publier ses chefs d'œuvres… pas un contrat de millionnaire, juste de quoi faire profiter le monde de ses chansons.

Après ce moment de grâce, le set des White Stripes achève de rendre la soirée magique. Le duo est au meilleur de sa forme, Jack a laissé ses costumes de carnaval dans les cartons de son déménagement à Nashville, la communication avec le public est totale. On a eu peur à un moment que la salle (au ¾ remplie seulement) soit peuplée de blaireaux n'ayant fait le déplacement que pour entonner un po-polo-po-po-po-po de boîte de nuit. Evidemment cette chanson est arrivée à l'issue du rappel, évidemment elle a provoqué le pogo le plus secouant de la soirée. Le groupe s'est même arrêté de jouer pour contempler le public et le prendre en photo avec un polaroïd (cet appareil instantané primitif qui cerne les photos floues d'une imposante bande blanche).

On a été positivement surpris de la réponse du public aux morceaux du groupe ce soir. Ceux d'Elephant ont fait un tabac (notamment "Black Math", "I Just Don't Know What to Do with Myself" ou "Jolene", non pas sur l'album mais visible sur le DVD de la tournée qui l'a suivi). On a apprécié la présence de nombreux morceaux des débuts ("When I Hear My Name", "Cannon", "Let's Shake Hands", "Do"), jetés ça et là dans le streaming of consciousness rock'n'roll que constitue un concert des White Stripes. Jack et Meg fonctionnent à l'instinct, rien n'est défini à l'avance, le duo joue ce qu'il aime avant de jouer ce qui vend – l'assurance d'un concert réussi. Pour preuve, seulement trois morceaux du nouvel album ont été joués ce soir, alors que les meilleurs de White Blood Cells ont été visités ("Hotel Yorba", "Dead Leaves & The Dirty Ground", "I Think I Smell A Rat" mais pas "Fell In Love With A Girl"), l'album Get Behind Me Satan! a pour sa part été complètement mis de côté. Seul regret Dylanophile, on aurait aimé entendre le groupe reprendre "Love Sick"… bon c'était histoire de râler parce que la soirée fut mémorable."


Depuis ce concert, Meg a fait une dépression sévère et le groupe a annoncé qu'il arrêterait de tourner. On se demande si on aura encore la chance de voir les White Stripes sur scène. La prestation de ce 11 juin 2007 ne donnait en rien l'impression d'un groupe mal à l'aise ou en fin de course. En bref : ça fout les boules. Le monde vient de perdre un de ses meilleurs groupes de scène.


Photo : http://www.po-l.com


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17 décembre 2007 1 17 /12 /décembre /2007 18:51

The Coral -
Jeudi 6 Décembre 2007, Elysée Montmartre, Paris




Si depuis 2002, les disques de The Coral enthousiasment les critiques, il n'en va pas de même concernant leurs prestations scéniques. Tantôt brillants, tantôt fades, les liverpuldiens ont pris la mauvaise habitude de jouer d'un façon détachée les meilleurs morceaux du monde - rappelons quand même que leur répertoire est d'un classicisme et d'une profondeur sans équivalents parmi leur génération (en 2007, le constat est simple, on attend encore qu'ils nous pondent un mauvais morceau). Sur scène, la vie n'est pas si rose pour The Coral. Peu enclin aux rappels, le groupe a la facheuse habitude de se barrer après 45 minutes de concert, refroidissant complètement un public enthousiaste – frustration énorme qu'on a vécue plusieurs fois. Par ailleurs, le groupe, statique sur scène, se prête peu aux improvisations psychédéliques que son répertoire lui suggère. Lors de la dernière tournée où on les a vu, les Zutons les avaient bouffé tous crus en première partie.

Aujourd'hui à Paris, c'est Calc qui ouvre les débats. On s'est donc permis d'arriver en retard et de boire une bière à l'extérieur. The Coral arrivent sur scène vers 21h sous le regard approbateur de Vikash Dhorassoo qui se mèle au public sans pose et entament par quatre morceaux du dernier album, dont les deux singles "Who's Gonna Find Me" et "Jacqueline". Sobre et efficace, malgré l'acoustique catastrophique de l'Elysée Montmartre. Le concert décolle vraiment lorsque le groupe joue quelques unes de ses meilleures cartes comme "Pass It On", "Don't Think You're The First", "Bill McCai" et "Dreaming Of You" jeté assez tôt dans la soirée. The Coral font d'ailleurs une petite incartade psychédélique sur "Arabian Sands", qui ne part néanmoins jamais en vrille comme on l'espérerait – The Coral ont toujours le pied sur la pédale de frein. C'est le gros reproche qu'on peut faire au groupe : ils sont très pros sur scène, ne communiquent que très peu ("Thanks", "Ta" ou "Meurci" au mieux). Il nous manque la sensation qu'on vit un moment exceptionnel, cette life changing experience.

Quand les groupe sort de scène après les dernières notes du krautrock cinématographique de "Music At Night", on craint un moment que les lumières s'allument et qu'ils ne reviennent pas. Doute rapidement dissipé de notre esprit car de nombreux morceaux emblématiques du groupe n'ont pas été joués, comme "Goodbye", "Calendars & Clocks" ou "I Remember When". Le rappel sera riche de trois chansons, dont une seule citée plus haut, l'incontournable "Goodbye" limitée à sa version courte (on a déjà vu The Coral se lâcher pendant plus de 10 minutes sur ce morceau garage-sixties de haut vol), l'étonnante "She's Got A Reason" en guise de conclusion et une vraie surprise : "Simon Diamond". On avait oublié l'existence de ce morceau, et en entendre les premières mesures fut une expérience mémorable (du genre "aaaaaah oui, putain, ils ont ce morceau aussi"). C'est ça qui est magnifique avec The Coral, chaque morceau qui commence procure un bonheur immense. Tous leurs morceaux sont bons, le meilleur tiers touche au génie.

Le concert fut excellent, le simple fait de penser aux morceaux qu'ils auraient pu jouer donne le vertige ("Shadows Fall, "Calendars & Clocks, "Something Inside Of Me""Secret Kiss", "Leizah", "I Remember When", et toutes les B-Sides comme "Follow The Sun", "God Knows", "Boy At The Window"…). The Coral est un groupe qui sort de l'ordinaire, ce soir à l'Elysée Montmartre, ils ont été bons, sans être exceptionnels, mais la qualité de leurs chansons a fait la différence.






Setlist :


Who's Gonna Find Me
Remember Me
Jacqueline
Fireflies
She Sings The Mourning
Pass It On
Don't Think You're The First
Dreaming Of You
Far From The Crowd
In The Morning
Bill McCai
Arabian Sands
Put The Sun Back
In The Rain
Rebecca You
Music At Night
---rappel---
Goodbye
Simon Diamond
She's Got A Reason

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