10 novembre 2010 3 10 /11 /novembre /2010 13:22

Forever Changing - The Golden Age of Elektra Records
Forever Changing -
The Golden Age of Elektra Records
(1963-1973)

(
Rhino ; 2006)



Ce titre qui fait explicitement référence à l’un des meilleurs albums des années soixante (Forever Changes) est celui d’un magnifique coffret de cinq CD, qui propose un fantastique panorama des artistes ayant enregistré pour le compte du label Elektra pendant une décennie, avant que Jac Holzmann ne quitte cette entreprise, qu’il avait fondée avec Paul Rickhalt en 1950 alors qu’il était étudiant.

 

Comme c’est souvent le cas pour les rééditions du label Rhino, cette compilation est un bel objet, parfaitement pensé et réalisé. Le livret est généreux en informations sur chaque artiste, et apporte autant d’anecdotes inutiles que tout passionné de musique (à tendances asociales) qui se respecte est en droit d’attendre. Pour chacune des pistes présentées ici se trouve un descriptif précis du contexte d’enregistrement et de la sortie de l’album. Une photo de la pochette originale du disque est ajoutée, afin de vous permettre de repérer facilement l’album chez votre disquaire.

 

Le résultat de cette compilation est réellement impressionnant ; et même s’il est peu probable que vous croisiez des disques de The Even Dozen Jug Band ou de The Zodiac Cosmic Soundsc hez vos disquaires préférés, les responsables de Rhino qui ont compilés ces chansons n’y sont pour rien.

 

En creux, le coffret et son livret permettent de mesurer l’influence d’autres artistes majeurs de l’époque – Jac Holzmann a conservé son admiration sans faille pour Joan Baez, et il l’affirme à plusieurs reprises dans les notes de ce livret. De façon plus prévisible, il rend également de nombreuses fois hommage à Bob Dylan, reconnu comme un prodige et un artiste majeur du renouveau folk nord-américain, avant de dépasser le seul statut d’artiste folk pour apporter au rock’n’roll une dimension nouvelle.

 

Les quatre premiers disques sont organisés de façon chronologique, et permettent d’observer l’incroyable évolution et la diversification des styles musicaux. Si le premier disque est clairement influencé par une musique folk acoustique, avec des artistes phares indispensables comme Judy CollinsTom Paxton et Phil Ochs, les disques suivants montrent une évolution électrique vers une musique plus délibérément rock, pour arriver aux Stooges, au MC5et à Queen (cherchez l’erreur ; la perfection n’est pas de ce monde). Entre ces univers fort éloignés, les cinq disques de cette compilation illustrent la variété de styles qui ont été à l’honneur dans ce label incroyable, parmi lesquels une country relativement classique aux harmonies vocales prédominantes, le hillbilly, le folk-rock, le blues, le blues-rock, en laissant une place importante pour la vague psychédélique, puis post-psychédélique, ainsi qu’à quelques délires complets, qui transforment un bon label en un label légendaire, en ajoutant une part d’irrationnel dans le choix des artistes.

 

Si quelques-uns des artistes et des groupes réunis ici ont atteint un niveau de popularité dément, d’autres méritent en revanche d’être (re)découverts et évalués plus justement… Si tous les fans de musique rock connaissent de près ou de loin (et parfois pour de mauvaises raisons) des groupes comme LoveStoogesDoors, MC5Lovin’ Spoonful, BreadIncredible String Band et des artistes comme Tim BuckleyNico et Eric Clapton, il reste malheureusement dans cette compilation un trop grand nombre de noms méconnus, particulièrement en France… On pense notamment à Fred Neil (déjà présenté en ces lieux, ici et ), à Phil Ochs (« Changes » ; « I ain’t marchin’ anymore» ) et à Richard Farina (« House UnAmerican Blues Activity Dream ») pour la frange folk, mais les exemples sont nombreux dans tous les styles de musique présentés ici, depuis les grands allumés de The Holy Modal Rounders (« Bird’s song », que l’on recommande vivement) ou encore à des groupes comme Godthunder et Earth Opera, qui interprétèrent, à quelques années d’intervalle et dans des styles très différents, des morceaux marqués d’influences psychédéliques.

 

Ce fantastique coffret est la garantie d’un perpétuel émerveillement ; il est l’occasion, comme le sont toutes les grandes compilations, de rendre possible la découverte de nouveaux horizons musicaux, selon les préférences et les connaissances de chacun(e)… Des continents nouveaux attendent d’être redécouverts, au cœur de ForeverChanging : le bluesde Koerner, Ray & Glover, de Maxwell Street JimmyDavis, ou encore de Dave Ray en solo, le blues-rockefficace du Paul Butterfield Blues band, les instrumentaux acoustiques, délicats et inventifs de Dick Rosmini, les solos pleins d’acides et les incantations de Leviathan, les harmonies vocales posées sur des chansons pop de groupes tels qu’Eclection ou The Rainbow Band

 

 

 

PS : Au moment où je termine cet article, le magazine britannique Mojo (le meilleur magazine musical qui soit, selon la rédaction de PlanetGong) a décidé d’offrir ce fantastique coffret pour tout abonnement. Pourquoi attendre ?

 

 

 

 

 

 

Liste des chansons:

 

Disque 1 :

  1. Turn turn turn / To everything there is a season – Judy Collins *

  2. He Was a Friend – The Greenbriar Boys

  3. High Flying Bird – Judy Henske *

  4. Dink's Song (Fare Thee Well) – Bob Gibson *

  5. Casey – Dick Rosmini

  6. Shady Grove – Dick Rosmin

  7. Little Brown Dog – Dick Rosmini

  8. Linin' Track – Koerner, Ray & Glover

  9. Even Dozens, The – The Even Dozen Jug Band

  10. Wild Child in a World of Trouble – Vince Martin/Fred Neil

  11. Good Luck Child – John "Spider John" Koerner

  12. Downtown Blues – Geoff Muldaur

  13. I Ain't a-Marchin' Anymore – Phil Ochs   *

  14. Last Thing on My Mind, The – Tom Paxton

  15. Pride of Man – Hamilton Camp

  16. Tomorrow Is a Long Time – Judy Collins

  17. Black Mountain Rag – The Dillards/Byron Berline

  18. Green Rocky Road – Kathy & Carol

  19. Cocaine – Phil Boroff *

  20. House UnAmerican Blues Activity Dream – Richard Farina *

  21. West Egg Rag – Dave Ray

  22. Two Trains Running – Maxwell Street Jimmy Davis

  23. Breeze – (Oliver Smith)

  24. Joshua Gone Barbados – Tom Rush

  25. Other Side of This Life – Fred Neil *

  26. Birdses – Dino Valente *

  27. Blues With a Feeling – The Paul Butterfield Blues Band

  28. Moonlight Drive (demo)– The Doors

Disque 2 :

  1. My Little Red Book - Love *

  2. Wings - Tim Buckley

  3. So Easy She Goes By - David Blue

  4. I Got a Mind to Give up Living - The Paul Butterfield Blues Band

  5. The Magic Carpet - Pat Kilroy

  6. First Girl I Loved - The Incredible String Band *

  7. Invisible Backwards-Facing Grocer Who Rose to Fame, The - Alasdair Clayre

  8. One Time and and One Time Only - Tom Paxton

  9. Changes - Phil Ochs *

  10. Hard Lovin' Loser - Judy Collins *

  11. She Comes in Colors - Love *

  12. Light My Fire - The Doors

  13. Black Roses - Clear Light *

  14. Once I Was - Tim Buckley *

  15. Virgo - The Zodiac Cosmic Sounds

  16. Buy For Me the Rain - Steve Noonan

  17. Nevertheless - Eclection

  18. Fields of People - Ars Nova

  19. Dame Fortune - The Holy Modal Rounders *

  20. Girl of the Seasons - Bamboo *

  21. Magazine Lady - John "Spider John" Koerner/Willie Murphy

  22. Red Sox Are Winning, The - Earth Opera *

  23. I Want You - The Waphphle

 

Disque 3 :

  1. Alone Again Or - Love *

  2. Both Sides Now - Judy Collins *

  3. No Regrets - Tom Rush

  4. Jennifer's Rabbit - Tom Paxton *

  5. Swift as the Wind - The Incredible String Band *

  6. Frozen Warnings - Nico

  7. Down River - David Ackles

  8. Mad Lydia's Waltz - Earth Opera

  9. Sing a Song For You - Tim Buckley *

  10. Sun Comes up Each Day, The - David Stoughton *

  11. Early Morning Blues and Greens - Diane Hildebrand *

  12. She Sang Hymns Out of Tune - The Dillards

  13. Arthur Comics - Stalk-Forrest Group

  14. Five to One - The Doors

  15. Apricot Brandy - Rhinoceros

  16. When the Battle Is Over - Delaney & Bonnie & Friends

  17. Mr. Healthy Blues - Lonnie Mack

  18. Kick Out the Jams - MC5 *

  19. I Wanna Be Your Dog - The Stooges *

  20. Go Back - Crabby Appleton

  21. Dismal Day - Bread

  22. August - Love

 

Disque 4 :

  1. Down on the Street - The Stooges *

  2. Louise - Paul Siebel

  3. Amazing Grace - Judy Collins

  4. That's the Way I've Always Heard It Should Be - Carly Simon

  5. Riders on the Storm - The Doors *

  6. Future's Not What It Used to Be, The - Mickey Newbury *

  7. Start Living - Farquahr

  8. Taxi - Harry Chapin

  9. True Song of Amelia Earhart - Plainsong

  10. I Hardly Know Her Name - Wackers

  11. Ballad of the Ship of State - David Ackles

  12. Guitar Man, The - Bread

  13. You're So Vain - Carly Simon

  14. You Don't Grow Old - Courtland Pickett

  15. Dolphins - Cyrus Faryar

  16. Shadows on the Wall - Skymonters/Hamid Hamilton Camp

  17. Burning Love - Dennis Linde

  18. Keep Yourself Alive – Queen

Disque 5 :

  1. Wind Chimes - Various Artists

  2. Don't Be Long - Beefeaters

  3. I'll Be Back - Joshua Rifkin

  4. Baldheaded End of the Broom - Dry City Scat Band

  5. We Shall Be Happy - Joseph Spence *

  6. Good Time Music - The Lovin' Spoonful *

  7. Born in Chicago - The Paul Butterfield Blues Band

  8. Crossroads - Eric Clapton & The Powerhouse

  9. I'll Keep It With Mine - Judy Collins

  10. She's a Woman - The Charles River Valley Boys

  11. Sunshine Sunshine - Tom Rush

  12. Bird Song - The Holy Modal Rounders

  13. She's Ready to Be Free - Clear Light

  14. Wayfaring Stranger - Tim Buckley

  15. Laissez-Faire - David Ackles

  16. Alphabet Song - David Peel & the Lower East Side

  17. Voodoo Woman - Simon Stokes/The Nighthawks

  18. Please (Mark II) - Eclection

  19. Flames - Leviathan

  20. No Words Between Us - Show of Hands

  21. Listening to Music - Jack S. Margolis

  22. Lotus - Rainbow Band

  23. Persecution & Restoration of Dean Moriarty, The (On the Road) - Aztec Two-Step

  24. P.O.W. - Goodthunder

  25. All Around My Grandfather's Floor - Andy Roberts

  26. World Without End - Jobriath

 

Le coffret est en écoute intégrale sur MusicMe.

 

 

 

 

Vidéos :

 

"Phil Ochs - I ain't marchin' anymore"

 

"Mimi & Richard Farina - House Un-American Blues Activity Dream"

 

"Black - Roses - Clear Light"

 

"Simon Stokes & the Nighthawks - Voodoo Woman"

 

"The Holy Modal Rounders - Bird song"

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11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 13:34

Johnny Cash Ain’t No Grave - American Recordings VI

Johnny Cash -

Ain’t No Grave - American Recordings VI
(American / Lost Highway ; 2010)

 

 

    Près de sept ans après sa mort, Johnny Cash sort toujours des albums. Au vu de la durée de sa carrière, et s’il doit suivre l’exemple de Jimi Hendrix, nos arrière-petits-enfants devraient encore pouvoir acheter des albums inédits de Johnny Cash. Ce disque est le sixième de la série des American Recordings, commencée par Cash sur l’initiative du producteur Rick Rubin en 1994. Comme c’est le cas pour les autres disques de cette série[1], Ain’t no grave propose quasi-exclusivement des reprises.

 

    Le disque commence par une reprise de Claude Ely, un prêcheur exalté connus pour la ferveur avec laquelle il entonnait ses sermons dans l’église de sa paroisse, et qui en a enregistré quelques-uns, qui ont été compilés dernièrement par le label… Cette première piste, « Ain’t no grave », qui donne son nom au disque, est interprétée sur un tempo lent sur fond de guitare, de piano et d’orgue ; les percussions sont assurées par des chaînes qui retombent inlassablement, alors qu’un banjo apporte un peu de lumière au tableau. Un peu plus loin apparaît le morceau « For the good times » de Kris Kristofferson, un ami de longue date de Cash. La chanson apparaît sur le premier album de Kristofferson, sorti en 1970. La version de Cash est réussie, mais reste assez proche de l’originale. Sur le même modèle, la reprise de « Can’t help but wonder where I’m bound » de Tom Paxton est une belle réussite, et permet de mettre en évidence un compositeur folk malheureusement sous-estimé.

 

    Des chansons comme « Redemption Day » et « 1 Corinthians 15 :55 » montrent un aspect important de Cash : sa capacité à interpréter et à faire siens des morceaux venus d’horizons divers, et son attachement à la religion chrétienne. La seconde chanson cite la première épitre aux Corinthiens, dans laquelle Saint Paul évoque la mort (« O mort, où est ta victoire? O mort, où est ton aiguillon? » pour la VF). « I don’t hurt anymore » est une ballade améliorée par cette nouvelle version, la version originale (chantée par Hank Snow en 1954) étant aujourd’hui relativement difficile à écouter. Le disque propose aussi une reprise (pas très originale) de « A Satisfied Mind », une chanson dont Cash avait déjà enregistré une version (en 2004) pour la B.O.F. du deuxième volet de Kill Bill, et « Last Night I had the strangest dream » qu’il chantait déjà à la fin des années 1960, en pleine guerre du Vietnam[2]. Le disque s’achève sur une version touchante de la chanson hawaïenne « Aloha Oe », où la voix de Cash se montre terriblement expressive, à la limite de la rupture, et transcende cette chanson, loin de la version établie par Elvis Presley en 1961 pour le film Blue Hawaii.   

 

    Hanté par la mort au moment d’enregistrer les chansons qui composent cet album (il venait de perdre son épouse), Johnny Cash se montre une fois de plus à son avantage sur les dix pistes de cet album, tranquillisé face à la mort par ses convictions religieuses. S’il ne redéfinit pas la carrière de son auteur, ce disque est incontestablement une réussite et le fait qu’il soit relativement court a préservé les auditeurs de pistes inutiles.

 

 

 

 

Liste des chansons :

  1. Ain’t no grave *
  2. Redemption day
  3. For the Good Times*
  4. 1 Corinthians 15:55
  5. Can’t help but wonder where I’m bound*
  6. A satisfied mind
  7. I don’t hurt anymore
  8. Cool water
  9. Last night I had the strangest dream
  10. Aloha Oe*

 

 

 

 

Vidéo :

 

"Ain't No Grave"

 


[1] Chacun des albums de la série American Recordings possède d’excellents morceaux, mais PlanetGong recommande en particulier le premier disque, une réussite totale. Il convient d’ajouter à cette série de six albums le coffret Unearthed, sortie à la fin de l’année 2003, quelques semaines après la mort de Cash, et riche de nombreuses prises alternatives et des morceaux issus du répertoire Gospel.

 

[2] La chanson apparaît notamment sur le Live at Madison Square Garden, enregistré en 1969, et sorti par Columbia en 2002.

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3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 20:50

Buddy Holly - Buddy HollyBuddy Holly -

Buddy Holly
(Coral ; 1958)

 

    Cet album est le premier album officiel de la carrière solo de Charles Hardin Holley, un des plus importants artistes du rock’n’roll des années 1950. Cependant, il s’agit peu ou prou du deuxième album des musiciens qui avaient enregistré The ‘‘Chirping’’ Crickets  sous le nom de The Crickets. En effet, de tous les membres du groupe, seul Nikki Sullivan (guitariste rythmique des Crickets) ne participe pas à l’album. L’autre différence importante entre  The Chirping Cricket et ce Buddy Holly est la réalisation de l’album : le disque se passe en effet des harmonies vocales des Picks, qui avaient fait merveille pour assurer les chœurs sur la plupart des chansons des Crickets. Quelques morceaux accordent encore une importance prédominante aux arrangements vocaux (« I’m gonna love you too », « Rave On »), mais cette démarche est nettement moins systématique que sur l’album des Crickets.  

 

    Pour des raisons de droits – et aussi dans le but de diversifier un artiste superbement créatif, ce disque est sorti sous le label Coral, alors que The ‘Chirping’ Crickets était sorti par Brunswick... Derrière ces manipulations commerciales se cachait le géant du disque Decca, propriétaire des deux labels. Apparemment, entre le mois de novembre 1957 et le mois de février 1958, les lunettes sont devenues officiellement pas cool ; ce qui a conduit Coral à choisir pour la pochette de l’album une photo de trois-quarts face magnifique, où le regard de myope de Buddy Holly impressionne.

 

    Cet album, souvent considéré comme légèrement inférieur à The ‘Chirping’ Crickets, possède des atouts qui en ont fait un classique absolu : aux intouchables « Peggy Sue » et « Everyday », il faut ajouter quelques chansons extraordinaires « I’m gonna love you too », « Listen to me » (le début d’album est proprement hallucinant), mais aussi « Words of Love », à laquelle les Beatles doivent un pan entier de leur carrière. En seulement douze pistes, le disque permet d’apprécier l’étendue des influences de Buddy Holly : il interprète des pistes typiques du rock’n’roll des années 1950 : « Ready Teddy », ainsi que « (You’re so square) Baby I don’t care », une chanson préalablement enregistrée par Elvis Presley, composée et écrite par le diabolique duo Jerry Leiber & Mike Stoller. Buddy Holly s’attaque avec brio à « Valley of Tears », un morceau au style facilement reconnaissable de Fats Domino & Dave Bartholomew, qui enchaînaient les tubes dans la deuxième partie des années 1950. Buddy Holly livre sur ce morceau une démonstration de ses capacités vocales, qu’il utilise parfaitement, quel que soit le style : son chant domine les morceaux avec autorité sur « Rave On », un morceau signé West, Tilgham & Petty (qui avaient déjà écrit « Oh Boy » interprété sur l’album The ‘‘Chirping’’ Crickets). Dans un registre différent, son chant se fait beaucoup plus chaleureux et profond (et ponctué d’inimitables hoquets) sur « Look at me », un véritable classique à réévaluer, emmené par une délicate mélodie au piano. 

 

   Un des grands moments du disque est incontestablement « Peggy Sue », une chanson déjà sortie en 45 tours, que Buddy Holly et son groupe ont écrite et dont ils ont livré la version définitive (malgré les célèbres tentatives de John Lennon et des Beach Boys) : rythmique solide et dynamique, solo de guitare concis et efficace, paroles ridiculement simples, chant maniéré : l’alchimie, inimitable, est parfaite. Un peu plus loin, apparaît « Everyday »… A l’origine, le morceau était en face B de « Peggy Sue » (le 45 tours était sorti à la fin de l’été 1957). Le clavier au son caractéristique est un célesta, joué sur ce morceau par Vi Petty, l’épouse du producteur Norman Petty. L’inimitable rythmique de la chanson aurait été jouée par Jerry Allison en frappant ses mains sur ses cuisses. La voix de Buddy Holly plane au-dessus de la musique de façon irréelle, et le résultat est simple : deux minutes de pure magie.

 

    Avec les douze chansons qui composent cet album (pour moins de vingt-cinq minutes de musique), et moins de six mois après la sortie de The ‘Chirping’ Crickets, Buddy Holly s’installait pour toujours au sommet du rock’n’roll. Son influence a été considérable et elle se poursuit, bien au-delà de la brièveté de sa carrière : la qualité et la quantité des pistes qu’il a enregistrées en quelques années de carrière en font un artiste unique.

 

    Parmi les inconditionnels de Buddy Holly, ceux qui sont protégés par le bouclier fiscal peuvent s’offrir le prodigieux coffret « Not Fade Away : The Complete Studio Recordings and More » (sorti à la fin de l’année 2009), qui propose l’intégrale des morceaux enregistrés par le binoclard le plus célèbre de l’histoire du rock’n’roll. Les pauvres bougres pourront se consoler en écoutant les deux cent trois morceaux de ces six CD sur le site deezer, où ils sont tous en écoute gratuite. Les indigents n’ayant probablement pas accès à Internet, ils ne liront pas cet article : il est donc parfaitement inutile que je leur indique le moyen d’écouter cette extraordinaire intégrale.

 

 

 

 

Liste des chansons :

  1. I’m gonna love you too *
  2. Peggy Sue *
  3. Look at me *
  4. Listen to me
  5. Valley of Tears
  6. Ready Teddy
  7. Everyday *
  8. Mailman, bring me no more blues
  9. Words of Love *
  10. (you’re so square) Baby I don’t care
  11. Rave On
  12. Little Baby

 

 

 

Vidéos :

 

"Peggy Sue"

 

"Look At Me"

 

"Words Of Love"

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24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 11:12

The Crickets - The The Crickets -

The ‘Chirping’ Crickets
(Brunswick ; 1957)

 

 

    Sorti en novembre 1957, cet album est le premier de la discographie de Charles Hardin Holley, un des plus importants des grands artistes de rock’n’roll, mort à 22 ans, le 3 février 1959 dans un accident d’avion. Buddy Holly est le chanteur et guitariste des Crickets, un groupe texan, originaire de Lubbock, qui est allé enregistrer quelques chansons dans un studio de la ville de Clovis (au Nouveau-Mexique, à quelques kilomètres de la limite de l’état du Texas). La composition classique des Crickets était la suivante : Buddy Holly au chant et à la guitare, Niki Sullivan à la guitare rythmique, Joe Mauldin à la basse et Jerry Allison à la batterie. Ces quatre jeunes gens (à 21 ans, Buddy Holly est l’aîné du groupe) vont enregistrer quelques-unes des plus importantes chansons de l’histoire du rock, alors qu’Elvis Presley est en pleine ascension. Il est à noter que les chœurs des chansons ont été assurés par le trio des Picks, et non par les Crickets. Les Picks étaient composés par Bob Lapham, John et Bill Pickering, et leur oubli est l’un des plus scandaleux de l’histoire du rock’n’roll, tant leur participation à cet album est importante.

 

    Une bonne partie des morceaux écrits ici sont crédités au nom de différents Crickets, mais aussi au producteur Norman Petty : depuis 1957, la réelle implication de Petty dans l’écriture des morceaux a été largement débattue… Un consensus autour du son organique qui caractérise le disque est en revanche largement partagé : les morceaux des Crickets, entre rock et rockabilly, et le travail sur la voix de Buddy Holly et des chœurs sont caractéristiques de la fin des années 1950, et sonnent aujourd’hui de façon aussi efficace qu’au moment de leur sortie. Quant aux autres chansons, elles trouvent leur source chez divers artistes plus ou moins connus, noirs ou blancs : Roy Orbison« You’ve got love » et « An Empty Cup (and a broken date », Sonny West & Bill Tilghman« Oh Boy », Chuck Willis« It’s too late » et même l’extraordinaire F.E.Shorty’ Long« Rock me Baby ».

 

    The ‘Chirping’ Crickets est un disque prodigieux, relativement court – douze morceaux, pour un peu plus de 25 minutes de musique – mais d’une qualité exceptionnelle. Il s’ouvre sur l’impeccable « Oh Boy », et se poursuit par une piste devenue une des classiques de la musique du XXème siècle, « Not fade away ». La rythmique du morceau possède un lien de parenté clair avec le « jungle beat » de Bo Diddley ; et la chanson reste un des classiques du rock’n’roll, qui a été reprise de nombreuses fois, notamment par les Rolling Stones, qui en firent leur premier single aux USA. L’influence de Buddy Holly et des Crickets est admise en ce qui concerne le choix du nom d’un groupe prometteur de Liverpool, les Beatles… Il faut aussi appuyer sur l’importance de la guitare de Buddy Holly, une Fender Stratocaster, fièrement arborée sur la pochette de l’album ; cette guitare est rapidement devenue partout dans le monde le symbole du rock’n’roll.

 

    La voix de Buddy Holly, reconnaissable entre toutes, est un des éléments prépondérants du succès de The ‘Chirping’ Crickets : une voix qui n’hésite pas à forcer sa nature (« Oh Boy », « Not Fade Away », « Tell me how ») et à s’aventurer à des hauteurs risquées, qui voient le timbre de Buddy Holly se transformer dans des plaintes étranges et sensuelles, à l’opposé de l’image de gentil garçon bien élevé que montrent les photos du groupe. Les chœurs qui habillent les morceaux de ce disque sont un autre élément important : ils leur donnent un relief particulier, qui se montre indispensable pour certaines pistes, comme « Maybe Baby » ou « An empty cup (and a broken date) », aux paroles naïves terriblement drôles. Sans ces chœurs, le disque n’aurait pas connu un tel succès. The ‘‘Chirping’’ Crickets est un classique absolu du rock’n’roll ; c’est un des disques qui a contribué au développement et à la popularité de ce genre musical. Les chansons se succèdent, et la justesse de l’ensemble ne laisse pas d’impressionner, notamment les solos de guitare, courts et terriblement précis (« That will be the day », « I’m looking for someone to love »).  

 

    Parmi les intégristes de Buddy Holly, ceux qui sont assez aisés peuvent s’offrir le prodigieux coffret « Not Fade Away : The Complete Studio Recordings and More », sorti à la fin de l’année 2009, qui propose l’intégrale des morceaux enregistrés par le binoclard le plus célèbre de l’histoire du rock’n’roll. Les prolétaires pourront se consoler en écoutant les deux cent trois morceaux de ces six CD sur le site deezer, où ils sont tous en écoute gratuite. Les gueux et membres des classes sociales inférieures n’ayant probablement pas accès à Internet, ils ne liront pas cet article : il est donc inutile de leur indiquer le moyen d’écouter cet extraordinaire coffret.

 

 

 

Liste des chansons :

  1. Oh Boy*
  2. Not Fade Away*
  3. You’ve got love*
  4. Maybe Baby*gang.png
  5. It’s too late 
  6. Tell Me how*
  7. That’ll be the day*
  8. I’m looking for someone to love
  9. An empty cup (and a broken date)*
  10. Send me some lovin’
  11. Last night*
  12. Rock me baby

Buddy Holly sur Deezer : http://www.deezer.com/fr/#music/buddy-holly

 

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12 octobre 2009 1 12 /10 /octobre /2009 09:50

Graham Nash - Songs For Beginners

Graham Nash -

Songs For Beginners

(Atlantic ; 1971)

 

 

    Archétype du songwriter de pop classieuse, Graham Nash est à notre époque relativement peu considéré. Il a cependant écrit (en solo ou dans les groupes auxquels il participait) pléthore de morceaux prodigieux. Sa carrière a connu une accélération extraordinaire et un point d’orgue au tournant des décennies 1960-1970, après son départ des Hollies en 1968 pour former avec David Crosby et Stephen Stills (puis Neil Young) les groupes qui seront considérés comme des porte-drapeaux du mouvement hippie : Crosby, Stills & Nash, puis Crosby, Stills, Nash & Young. Graham Nash avait pour lui une élégance rare, un timbre de voix aisément identifiable, et enchaînait les compositions originales marquées par une délicatesse qui ne se dément pas.

 

    Ne serait-ce que pour l’intro et le jeu de basse de « Chicago », l’écoute de Songs For Beginners serait justifiée… L’ensemble du disque est cependant  agréable, et Nash touche au sublime avec une facilité déconcertante - la poésie et la délicatesse de chansons comme « Wounded Bird » et « Simple Man » en témoignent.

 

    La production, dont Nash s’est lui-même chargé, a la beauté et la justesse de sa simplicité. Son écriture était assez pure et inventive pour se passer d’effets sonores : il montre sur son premier album solo une aisance impressionnante au moment de décider de l’aspect final des morceaux. Pour l’enregistrement de ce disque, il a choisi avec raison de rester en terrain connu : il a notamment disposé de la participation d’amis avec lesquels il avait l’habitude de travailler, en particulier celles de David Crosby et de Jerry Garcia (membre phare du Grateful Dead, mais qui a aussi souvent joué sur les disques de CSN&Y). Les arrangements sont simples et magnifiques : un peu de steel guitar sur « I Used to be a King », du violoncelle sur « Simple Man » et « Sleep Song », de l’orgue et quelques chœurs sur « There’s only one »  

 

    Sorti par Atlantic Records, qui démarrait la décennie 1970 de la plus belle des façons, ce disque est un témoin d’un style disparu, celui d’une pop délicate aux accents lyriques assumés et dont la candeur est aujourd’hui inimaginable, mais qui laisse néanmoins quelques moments de grâce musicale... Songs For Beginners le prouve définitivement : Graham Nash fait partie des grands : ce disque est à (re)découvrir.

 

 

 

 

Liste des chansons :

  1. Military Madness
  2. Better Days  *
  3. Wounded Bird  *
  4. I Used to be a King
  5. Be yourself
  6. Simple Man  *
  7. Man in the Mirror
  8. There’s only one
  9. Sleep Song  *
  10. Chicago  *
  11. We can change the World

L'album est en écoute intégrale sur Deezer : www.deezer.com/fr/#music/graham-nash/songs-for-beginners-86587

 

 

 

 

Vidéos :

 

"Simple Man"





Vinyle :

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22 juin 2009 1 22 /06 /juin /2009 15:42

Fred Neil - Fred NeilFred Neil -
Fred Neil

(Capitol 1966)

 

 

Au rang des grands oubliés de l'histoire de la pop music, Fred Neil fait figure de saint-patron. Auteur de chansons bouleversantes, Neil n'entrevit le succès que très brièvement en 1971 grâce à "Everybody's Talking", morceau figurant sur la BO du film Macadam Cowboy. Malheureusement pour lui, le nom d'Harry Nilsson reste associé au morceau dans la psyché collective, car c'est la version de ce dernier et non l'original qui connut un succès populaire. Ceux qui voudront écouter la version par Fred Neil de ce classique du folk-rock des années 60, plus sobre et marquée par le timbre profond de son auteur, doivent à tout prix se procurer cet album paru en 1966 (et titré à l'origine Fred Neil mais opportunément renommé Everybody's Talking après le succès de Macadam Cowboy, pour une incidence quasi-nulle sur les ventes de l'album).

 

Issu de la scène folk de Greenwich Village, Neil est un personnage qui sort des stéréotypes du folk-singer de son époque. Avec son physique ordinaire et sa voix de baryton rassurante, il n'avait rien de commun avec la morgue du Dylan flamboyant ou le folk sous LSD des hippies californien. Auteur-compositeur d'exception, Neil se contente ici d'une structure classique batterie/basse/guitare électro-acoustique (qu'il rehausse à l'occasion d'un harmonica ou d'une 12-cordes) pour enrober ses chansons magnifiques.

 

Dès l'ouverture sereine de "Dolphins" on sait qu'on a affaire à album d'exception. Neil croone tranquillement tout en portant un regard désabusé sur le monde. La force de son interprétation lui permet de s'approprier des chansons traditionnelles comme l'invraisemblable blues "Sweet Cocaine" où Neil chante "Sweet cocaine, running around my heart, my brain, oooh bittersweet / I say come in mama, come on quick / Cocaine makin' you a poor boy, so sick" de façon primesautière. De la même façon, la ballade country "Green Rocky Road" devient dans la bouche de Neil une chanson d'une mélancolie profonde, l'interprète ajoutant une dimension tragique absente dans l'original (il n'y a qu'à comparer avec la version de Tim Hardin ou de Karen Dalton pour s'en rendre compte). Tout Nick Drake est dans cette chanson.

 

Les morceaux originaux de Fred Neil sont aussi magnifiques avec notamment "That's The Bag I'm In", la mélodique "Ba-de-da" en face A, et ce "Everything Happens" habité. La face B, qui est proche de la perfection et s'ouvre sur l'immense "Everybody's Talking", s'achève sur un raga assez avant-gardiste pour l'époque, mêlant sitars et tablas, intitulé " Cynicrustpetefredjohn Raga" (une contraction des prénoms de tous les musiciens ayant participé à l'album). Un délire psychédélique qui contraste avec la tranquillité du reste de l'album et semble faire écho au trouble qui règne dans l'esprit du chanteur.

 

Cet album éponyme, le deuxième de l'auteur sous son propre nom après l'excellent Bleecker & McDougal, fut aussi son dernier en studio. Neil, qui avait eu un succès au Top 40 avec "Candy Man" (justement tiré de Bleecker & McDougal), se contentait des royalties qu'il touchait et décida de ne plus travailler que si le besoin financier s'en ressentait. Il refusa notamment de jouer à Woodstock en 1969 et de passer au Johnny Cash Show en 1970. Grâce à (ou à cause de) l'argent apporté par le succès d'"Everybody's Talking", Fred Neil n'enregistra plus aucun disque jusqu'à sa mort en 2001, ne donnant des concerts que lorsque l'envie lui en prenait. Au début des années 80, il se retira complètement du monde au point que même ses proches ignoraient où ils vivait, et créa une association nommée Dolphins Project consacrée à la sauvegarde des dauphins. Jusqu'à sa mort, les textes de la chanson "The Dolphins" semblaient ainsi résonner en lui : "I'm not the one to tell this world how to get along / I only know the peace will come when all hate is gone / I've been searchin' for the dolphins in the sea / And sometimes I wonder/ Do you ever think of me".

 

 

 

 

 

Tracklisting :

 

1.      The Dolphins (Neil)   *

2.      I've Got A Secret (Didn't We Shake Up Sugaree) (Elizabeth Cotten/arr.:Neil)  *

3.      That's The Bag I'm In (Neil)

4.      Badeda (Neil)  *

5.      Faretheewell (Fred's Tune) (Trad./arr.: Neil)

6.      Everybody's Talkin' (Neil)  *

7.      Everything Happens (Neil)

8.      Sweet Cocaine (Trad./arr.: Neil)  *

9.      Green Rocky Road (Trad./arr.: Neil)   *

10.  Cynicrustpetefredjohn Raga (Neil/Childs/Forsha/Wilson/Mundi)

 

 

 

 

 

Quelques morceaux :

 

"Everybody's Talkin'"


"Green Rocky Road"


"The Dolphins"

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22 juin 2009 1 22 /06 /juin /2009 14:52

Fred Neil - Bleecker & MacDougal Fred Neil -

Bleecker & MacDougal

(Elektra ; 1965)

 

 

    Premier album solo[1] d'un artiste atypique aujourd'hui largement ignoré, Bleecker & MacDougal est un excellent disque de folk aux influences diverses. L'album est un véritable instantané de la scène folk new yorkaise des années soixante, dans ce qu'elle avait de meilleur. Fred Neil impose avec facilité sa voix chaleureuse, basse et profonde, qui démontre un éventail impressionnant dans différents styles, qui vont de la ballade de crooner (« Little bit of rain ») aux blues (« Blues on the ceiling »), en passant par des morceaux de country dynamique et enjouée (« Bleecker & MacDougal »).

 

   Les arrangements sont délicats et précis : Fred Neil, avant même l'enregistrement en studio de ses premières chansons, était une figure importante de la scène de Greenwich Village. Sur Bleecker & MacDougal (un disque où n'apparaît jamais de batterie), parmi les musiciens qui accompagnent Neil, on retrouve notamment Felix Pappalardi (producteur de Cream quelques années plus tard, puis fondateur et membre du groupe Mountain) à la guitare basse, et John Sebastian (The Lovin Spooful) à l'harmonica. Dès les premières mesures de Bleecker & MacDougal, les éléments se mettent en place comme dans un rêve. La basse, imposante, s'affirme tranquillement, les guitares acoustiques et / ou électriques entourent la mélodie principale, jouée à la guitare acoustique, et l'harmonica génial, qui prend une place prédominante dans la construction des chansons. Dans la majeure partie des cas, il fait écho au chant de Neil, en reprenant sa mélodie, ou en lui offrant un contrepoint efficace. La chanson « Country Boy » est un bon exemple de la qualité du groupe qui entoure le chant de Neil, élément central d'un univers sonore précis et maîtrisé (« Now I'm just a country boy / I got sand all in my shoes / You know I got stuck in the big city / Got to sing the big city blues »). 

 

    Sur ce premier album, Neil semble enregistrer ces treize pistes sans jamais vouloir choisir entre ces différents styles. Rétrospectivement, il est possible d'avancer que cette apparente indécision, ainsi que la polyvalence de Fred Neil auront été responsables de sa carrière trop rapidement interrompue, et du relatif oubli dans lequel il est tombé aujourd'hui. Cet excellent disque, qui fut suivi de son dernier album studio, Fred Neil (rebaptisé Everybody's talkin' après le succès du film Macadam Cowboy où apparaissait la version enregistrée par Harry Nilsson), montrait pourtant un artiste au talent impressionnant, qui aurait mérité une autre carrière.   

 

    D'autres raisons peuvent être invoquées pour expliquer l'étrange non-carrière de Fred Neil... La plupart tenant davantage du racontard et de la recherche de sensationnel que de la véritable information, on s'en passera ici. Une des clefs de « l'énigme Fred Neil » réside probablement dans l'attentisme certain du chanteur, qui choisit de ne se produire que lorsqu'il en avait réellement envie (ce qui fut malheureusement rare). Quelles que puissent être les explications, elles sont inutiles, au même titre que les éternelles hypothèses qui tentent d'imaginer une autre histoire : il ne reste que ce qui est enregistré. En ce qui concerne Fred Neil, il s'agit d'une paire de disques excellents, à apprécier aujourd'hui, et pour toujours.

 

 

 

 

 

Liste des chansons :

 

1.      Bleecker & MacDougal *

2.      Blues on the ceiling *

3.      Sweet mama *

4.      Little bit of rain

5.      Country Boy *

6.      Other side of this life *

7.      Mississippi Train *

8.      Travelin' Shoes *

9.      The water is wide

10.  Yonder comes the Blues *

11.  Candy Man

12.  Handful of gimme

13.  Gone again *

 


L'album en intégralité sur Deezer : www.deezer.com/#music/album/81741



[1] En 1964, un disque (également sorti par Elektra) intitulé Tear down the Walls, signé Martin & Neil, marquait en réalité les débuts discographiques de Fred Neil. Pour ce véritable « premier » disque, Neil était accompagné de Vince Martin.

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23 décembre 2008 2 23 /12 /décembre /2008 12:13

Bo Diddley - Bo Diddley

Bo Diddley -
Bo Diddley

(1958 ; Chess Records)

 

 

    Ce disque, le premier de la longue carrière de l'un des plus grands pionniers du rock'n'roll, est en réalité une compilation de morceaux enregistrés entre 1955 et 1958. L'album est sorti par l'extraordinaire label Chess de Chicago, dont l'âge d'or se situe précisément dans la décennie 1955-1965. Le premier fait d'armes de Bo Diddley fut son passage au très conventionnel Ed Sullivan Show, en novembre 1955 : alors qu'il devait interpréter un morceau écrit par Merle Travis, il a joué « Bo Diddley »... Un moment de courage qui a été sanctionné par une censure du maître de cérémonie (à la coiffure et aux dents improbables).

 

   Les douze pistes présentées ici sont parmi les plus influentes jamais réunies : la scène britannique des années soixante viendra chercher dans ces morceaux l'inspiration, le son et l'attitude qui vont définir les débuts de leur carrière : Rolling Stones, Pretty Things et Animals ne seraient rien sans ce disque. Les chansons enregistrées ici sont un témoignage extraordinaire sur la naissance du rock'n'roll - et plus particulièrement sur un aspect du rock'n'roll, personnifié par Bo Diddley lui-même. Rébellion, culte de la personnalité, références sexuelles plus ou moins évidentes (les notes inscrites au dos de la pochette sont prodigieuses : « Bo Diddley had a most unusual voice. Big, booming, packing power and commanding the chick's heartfelt attention, a voiced that proclaimed masculinity! When Bo Diddley proclaimed in a song "I'm a Man", everybody knew he wasn't fooling ». En 1958, pour la promotion d'un artiste noir américain, il était difficile d'écrire des notes plus clairement provocatrices...

 

    Le son est unique, d'une richesse et d'une précision démentes : Bo Diddley bénéficie dans les studios Chess de l'aide précieuse de Willie Dixon, véritable homme à tout faire, qui écrit pour la grande majorité des artistes de ce label : véritable passeur entre le blues et le rock, il participe à faire de ce disque un classique. On ignore malheureusement la contribution effective de Dixon : il est à présent crédité comme le producteur, mais aussi pour avoir écrit (ou co-écrit) « Diddey Wah Diddey » et « Pretty Thing ». Il est donc très probablement responsable de l'orchestration parfaite des morceaux : batterie, guitare électrique, basse, piano (au jeu très souvent minimaliste)... La base est absolument Rhythm'n'Blues. Lorsqu'un harmonica s'invite dans un morceau, c'est toujours une réussite : sur le classique « I'm A Man », mais aussi sur le prodigieux « Pretty Thing », il répond au chant de façon implacable.

 

    L'élément le plus marquant des morceaux est évidemment le 'Bo Diddley Beat', ou « Jungle Beat », véritable marque de fabrique, qui éclate ici comme une évidence : parfois appuyé par les maracas de Jerome Green (à qui est dédiée « Bring it to Jerome »), il reste le moyen le plus efficace pour faire remuer tout le monde... A cause de cette extraordinaire rythmique, le jeu de guitare et le chant de Bo Diddley restent souvent ignorés : pourtant, il a aussi servi de modèle à la plupart des rockers de la fin des années cinquante et du début des années soixante. La guitare est cinglante et précise, les solos sobres mais efficaces ; et la voix n'hésite pas à s'aventurer aux limites du chant : « Hush Your Mouth » et « Dearest Darling » et même « Diddey Wah Diddey » le voient ainsi pousser des hurlements inattendus, tantôt plaintifs, tantôt arrogants. Pourtant, le fait que le rythme soit l'élément central de ces morceaux ne doit pas faire oublier la qualité mélodique du groupe qui l'accompagne : sur « Say Bossman » ou « Diddley Daddy », deux morceaux plus lents aux chœurs soignés, le groupe livre une démonstration de maîtrise impressionnante.

 

    Douze pistes pour découvrir un des vrais artistes incontournables du rock'n'roll, moins souvent cité qu'Elvis, Little Richard ou Jerry Lee Lewis, ce qui est une erreur... Bo Diddley était un géant, et son influence était à peine moins importante que celle qu'il revendiquait : « Elvis n'a pas inventé le Rock'n'Roll ; le Rock'n'Roll, c'est moi », affirmait-il à qui voulait l'entendre.

 

 

 

Liste des chansons :

  1. Bo Diddley *
  2. I'm a Man *
  3. Bring it to Jerome *
  4. Before you accuse me *
  5. Hey Bo Diddley gang.png
  6. Dearest Darling
  7. Hush Your Mouth *
  8. Say Bossman
  9. Diddley Daddy *
  10. Diddey Wah Diddey *
  11. Who do you love ? *
  12. Pretty Thing *

 

 

 

 

Vidéos :


"Hey Bo Diddley" et "Bo Diddley"




Une version extraordinaire de "Bo Diddley" dans les années 70



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15 octobre 2008 3 15 /10 /octobre /2008 21:06

Rodriguezcoldfact.jpg

Sixto Rodriguez -
Cold Fact

(Sussex 1970)

L'histoire du rock'n'roll regorge de mythes, d'anecdotes connues de tous, de destinées brisées et de génies incompris. Il existe peu d'artistes au monde aujourd'hui à posséder une aura aussi impénétrable que Sixto Rodriguez, personnage intrigant dont on raconte tellement de légendes qu'on ne sait plus aujourd'hui discerner le vrai du faux. Parmi les faits certifiés, on sait que Sixto Diaz Rodriguez est un artiste américain qui n'a à son actif qu'une courte discographie de deux albums studio. Le premier des deux, Cold Fact, est peut-être le plus bel album sorti en 1970, et peu de monde le sait. La raison ? L'album s'est mal vendu à l'origine, la maison de disques a coulé quelques années après, ce qui a proscrit toute réédition, et, plus important, l'artiste a complètement disparu de la face du monde.

 

Une telle absence a alimenté les rumeurs les plus folles autour de lui. Il se serait un jour tiré dans la joue sur scène, on l'aurait aperçu sur scène en Afrique du Sud en plein Apartheid... mais personne ne savait vraiment ce qu'il était advenu de l'artiste... un fantôme. L'obstination et la foi de deux fans qui ont lancé au début des années 90 le projet de le retrouver via un site Internet nommé "The Great Rodriguez Hunt" a néanmoins fini par payer.  Immense surprise, ils ont alors découvert que l'artiste n'avait en fait jamais bougé et vit toujours à Detroit (ça ne s'invente pas), où depuis 30 ans il mène une vie paisible, à étudier la philosophie, à exercer un travail, et même à se présenter à des élections locales régulièrement.

 

La raison qui a poussé des gens à parcourir le monde pour retrouver cet artiste obscur et oublié de tous tient en deux mots : Cold Fact. Cet album est tout simplement fantastique, un chef d'oeuvre perdu qui se situe au croisement de l'album blanc des Beatles, de Forever Changes de Love, de  Mellow Yellow de Donovan et des premiers Dylan. Accompagné de musiciens locaux (certains d'entre eux faisant partie des mythiques Funk Brothers[1]), Rodriguez propose un folk psychédélique à moitié parlé, porté par des lignes de basse mélodiques et une production feutrée (on entend à l'occasion des violons soyeux , bois ou cuivres délicats). La voix de Rodriguez possède des intonations dylaniennes et hypnotise dès les premières mesures. L'album lui-même est hors-normes : on a rarement entendu telle collection de chansons magnifiques à la suite. A titre de comparaison, Donovan, malgré son talent immense, n'a jamais fait un album aussi bon et accompli que Cold Fact.

 

Le morceau le plus connu de l'artiste est celui qui ouvre l'album, "Sugar Man". Elu par le magazine britannique Mojo comme une des plus grandes drug songs de l'histoire (pour le refrain "Silver magic ships you carry / Jumpers, coke, sweet Mary Jane"), on y entend tous les ingrédients qui font de Cold Fact un grand album : mélodie imparable, texte intrigant, production parfaite. L'album possède plusieurs thématiques distinctes (l'amour, la séparation, la politique, les drogues) que Rodriguez aborde avec des textes grinçants et une verve jubilatoire.

 

Le verbe de Rodriguez est empli de rancune, ses attaques font mouche à chaque fois, que ce soit sur la mélancolique chanson de rupture "Crucify Your Mind", ("Soon you know I'll leave you / And I'll never look behind / 'Cos I was born for the purpose / That crucifies your mind") ou les protest-songs "Rich Folk Hoax" ("So don't tell me about your success / Nor your recipes for my happiness") et "This Is Not A Song, this Is An Outburst", qui rappelle étrangement "It'a Alright Ma..." de Dylan et qui possède la phrase la plus iconique de l'album : "This system's gonna fall soon, to an angry young tune / And that's a concrete cold fact".

 

Rodriguez n'est pourtant pas qu'un protest singer énervé, comme l'indiquent les nombreux morceaux plus personnels que contient l'album. Deux d'entre eux attirent l'attention car ils évoquent directement Janis Joplin, qui était encore en vie à la sortie de Cold Fact. Rodriguez et Joplin se connaissaient-ils ? Au vu des morceaux il semble que oui, mais le chanteur, de façon assez typique, n'a que des mots durs pour elle. Sur "Like Janis", il lui adresse quelques gentillesses ("So don't try to impress me, you're just pins and paint" ou "And don't try to enchant me with your manner of dress / 'Cos a monkey in silk is a monkey no less") avant de dresser un constat alarmant de l'état de la chanteuse sur "Jane S. Piddy" (que certains interprètent comme "Janis pity" et qui contient notamment le prémonitoire "But don't bother to buy insurance 'cos you've already died ").

 

Parmi la succession incroyable de mélodies parfaites ("Inner City Blues", "I Wonder"...), le sommet de l'album demeure sans doute "Hate Street Dialogue", sur laquelle Rodriguez envoie un de ses textes les plus forts ("I kiss the floor, one kick no more / The pig and hose have set me free / I've tasted hate street's hanging tree") sur une mélodie magnifique. Ce morceau qui parle de San Francisco (Hate Street faisant référence à Haight Ashbury, le célèbre quartier hippie) possède en outre un solo de guitare distordu qui illumine le morceau et le rend inoubliable. Seul incongruité au milieu d'un album essentiellement folk-rock, le rock lourd de "Only Good For Conversation" voit Rodriguez évoluer dans un registre proche de Jimi Hendrix. Pas de quoi entamer le crédit de Cold Fact, album proche de la perfection.

 

Sixto Rodriguez a sorti un deuxième album en 1972, intitulé Coming From Reality. Si le disque possède ses bons moments, on n'y retrouve jamais la beauté irréelle de ce Cold Fact destiné à rester irrémédiablement le grand album folk-rock oublié des années 60/70 (enregistré en 1969 et publié l'année d'après, il reflète assez bien la période de transition entre ces deux décennies). Après cela on n'a plus entendu parler de lui pendant 30 ans et les légendes ont commencé à germer.


Cold Fact est une merveille qu'il est impératif de redécouvrir. Sans artifices autres que sa voix et ses mélodies, Sixto Rodriguez narre ses histoires avec une grâce digne des plus grands. L'album vient d'être réédité en septembre 2008 pour la première fois depuis des lustres et figure désormais dans les rayonnages de tous les bons disquaires de France. Pas question de dire qu'on ne vous aura pas prévenu.





Tracklisting :

1. Sugar Man   *
2. Only Good For Conversation
3. Crucify Your Mind    *
4. This Is Not A Song, It's an Outburst : Or The Establishment Blues    *
5. Hate Street Dialogue   *
6. Forget It
7. Inner City Blues   *
8. I Wonder
9. Like Janis   *
10. Gommorah (A Nursery Rhyme)
11. Rich Folks Hoax   *
12. Jane S. Piddy
[1] Les Funk Brothers étaient les musiciens de studio qui accompagnaient les chanteurs du label Tamla-Motown. Le légendaire Bob Babbitt tient ainsi la basse sur Cold Fact, tandis que le guitariste Dennis Coffey envoie des solos de guitare électrique magnifiques.

 

Pour découvrir quelques morceaux de Rodriguez, un MySpace existe : www.myspace.com/sixtorodriguezz

 

 

 

 

 

Vidéos :

 

"Hate Street Dialogue"

 

"This Is Not A Song, It's an Outburst : Or The Establishment Blues"

 

"Like Janis"

 

 

 

 

 

Vinyle :

 

L'album a été réédité récemment en vinyle par Light In The Attic.


 

 

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8 septembre 2008 1 08 /09 /septembre /2008 21:11

The Carter Family - Can The Circle Be Unbroken?

The Carter Family -
Can The Circle Be Unbroken?

(1935-40)

 


Ce CD regroupe les principaux succès de la première dynastie de la country-music, le « clan » Carter, qui enregistre des morceaux depuis le milieu des années 1920, pour le meilleur et pour le pire, comme souvent (mais dans le cas de la country-music, le pire est vraiment pire). Can The Circle Be Unbroken regroupe vingt chansons, enregistrées entre 1935 et 1940, à l'époque où le groupe va participer à poser les bases du bluegrass et de la country traditionnelle. The Carter Family est alors un trio, composé de A.P. « Doc » Carter, de son épouse Sara Dougherty Carter et de la cousine de celle-ci, Maybelle Addington .

 

A une époque où la musique populaire de l'Amérique rurale blanche était dominée par des groupes qui enregistraient avec (au minimum) un violon, la Carter Family a fait évoluer ces standards, en jouant des morceaux avec des moyens réduits. En effet, sur la plupart des morceaux, l'orchestration est sobre : une ou deux guitares, parfois un banjo accompagnent le chant des deux cousines, qui sont les véritables éléments importants du groupe : « Doc » Carter se contente d'apporter un contrepoint à la mélodie par sa voix, et de rejoindre le chant au moment du refrain. Les voix s'accordent bien, dans un style qui peut cependant surprendre - un certain lyrisme s'exprime, aussi bien dans les paroles que dans le chant (« Sinking in the lonesome sea »).

 

Le jeu de guitare est précis et élégant (« Cannon Ball Blues »), l'imagerie et les thèmes communs aux musiques rurales nord-américaines sont également présents (« My Clinch Mountain Home » ; « Wildwood Flower » ; « Texas Girl » ; « Kissing is a crime » ; « Blackie's Gunman »). Ainsi, sans surprise, l'influence de la religion est prédominante (« River of Jordan » ; « On the rock where Moses stood ») : les chansons de la Carter Family sont clairement marquées par leur milieu d'origine, une société rurale conditionnée par la religion.

 

Quelques-unes des chansons enregistrées par la Carter Family ont traversé sans problème l'épreuve du temps : « Can the circle be unbroken » et « Wildwood Flower » par exemple, repris par Johnny Cash, et surtout « Black Jack David », reprise par Woody Guthrie puis, un demi-siècle plus tard, par les White Stripes... « How old are you my pretty little miss / How old are you my honey? / She answered him with a silly smile ‘I'll be sixteen next Sunday

 

 

 

 

Liste des chansons :


1. Can the circle be unbroken? *
2. Lulu walls
3. My Clinch Mountain home *
4. Wildwood Flower *
5. Worried man blues *
6. Keep on the sunny side *
7. Gospel Ship
8. My Texas Girl
9. Sinking in the lonesome sea
10. Cannon Ball Blues *
11. I'm thinking tonight of my blue eyes *
12. River of Jordan *
13. The storms are on the ocean
14. On the rock where Moses stood
15. The little black train
16. Single girl, married girl
17. Kissing is a crime
18. Blackie's Gunman
19. My home among the hills
20. Black Jack David *

 

 

Une vidéo de la famille jouant "Wildwood Flower"

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