2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 19:13

James Leg - Solitary Pleasure James Leg -

Solitary Pleasure

(Alive Records ; 2011)

 

 

 

    En 2011 est sorti le premier disque solo de James Leg, un chanteur qui s’affirme comme un des artistes les plus actifs de la scène blues-rock de ces dernières années : en plus des albums qu’il a enregistrés avec Black Diamond Heavies, il avait rejoint le Cut In The Hill Gang de Johnny Walker pour Mean Black Cat, le deuxième album, sorti à la fin de l’année 2010. Pour Solitary Pleasure, James Leg a recruté le batteur Andrew Jody – qui l’accompagne désormais en tournée – et quelques autres artistes qui apportent une touche différente du reste de sa discographie à cet album (la guitare sur « Do how you wanna », un trombone et un saxophone sur « No Licence » et « Whatever it takes »).  

 

    James Leg a écrit lui-même la plupart des chansons de l’album : seules « Fire and brimstone » et « Drinkin’ too much » sont des reprises ; il semble que James Leg n’ait pas eu à trop forcer sa nature pour incarner de façon parfaite la seconde de ces chansons. La piste assez déconcertante « Nobody’s fault » est une belle réussite sur laquelle la voix de James Leg se démène sur un piano honky-tonk saisissant. En fin d’album et dans le même registre, « No time to tarry » et son ambiance de saloon – ou de claque - sont un pur régal. La chanson « No Licence (song for the caged bird) » est réussie dès les premières lignes de texte : « Baby I am sorry that they put you in jail », « Fire and brimstone » (une reprise de Link Wray) tient les promesses de son titre et possède une ligne de clavier mémorable, comme pouvait l’être celle de « Make some time » sur le deuxième LP des Black Diamond Heavies.  Solitary pleasure contient des pistes en revanche nettement plus discutables : « Georgia » à la rythmique très lourde, et qui ne parvient pas à s’affranchir de cette base – la chanson souffre en outre d’une longueur excessive et peine à s’achever, ou « Whatever it takes », dont la première partie reprend la formule de « Nobody’s fault », mais qui s’égare un peu en route.

 

    Ce disque s’adresse à tous ceux qui ont apprécié les chansons rock’n’roll rugueuses des Black Diamond Heavies et chez qui la voix sépulcrale de James Leg éveille quelque chose d’animal. Dès les premières mesures de « Have to get it on », difficile de ne pas être emballé par la puissance qui se dégage de la musique de ce duo. James Leg mène une vie d’intégriste rock’n’roll (les spectateurs de son premier concert lors du festival de Binic 2011 se souviendront à jamais de sa performance) et enchaîne les sorties de disques pleines de caractères, ce qui est la marque d’un artiste indispensable.

 

 

 

 

 

Liste des chansons :

  1. Have to get it on *
  2. Do how you wanna
  3. Nobody’s fault *
  4. No licence (song for the caged bird)
  5. Georgia
  6. Fire and brimstone
  7. Whatever it takes
  8. Drowning in fire
  9. Drinkin’ too much *
  10. No time to tarry *

 

 

 

 

Vidéo :

 

"Drinkin' Too Much"


 

"Nobody's Fault"


 

 

 

 

 

Vinyle :

 

James Leg - Solitary Pleasure

 

 

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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 09:19
Tom Paxton - Ramblin' BoyTom Paxton -
Ramblin' Boy

(Elektra ; 1964)

 

 

Artiste aujourd'hui largement mésestimé – ou considéré au mieux avec indifférence, Tom Paxton était une des figures importantes du folk new-yorkais du début des années 1960. Il était surtout l’un des singer-songwriters les plus doués de cette scène, et a enregistré en l’espace de quelques années des chansons d’une beauté extraordinaire. Sorti en 1964 sur le label de Jac Holzmann, Ramblin’ Boy est le premier album studio de Tom Paxton (en 1962, le label Gaslight avait publié à un tirage très réduit un album live intitulé I’m the man who built the bridges). Sur ce disque, Paxton est accompagné par Barry Kornfeld (deuxième guitare, banjo et harmonica) et par Felix Pappalardi (guitarron) ; le dernier des deux étant un des personnages au destin fascinant, qui a notamment joué sur les disques de Fred Neil et de Richard & Mimi Farińa, avant de produire Cream et de fonder le groupe Mountain.

 

Sur cet album, Paxton parvient concilier des éléments parfois contradictoires avec une facilité déconcertante : l’efficacité de l’album réside précisément dans l’enchaînement de ces pistes de types différents, qui crée un dynamisme enthousiasmant – et parfois étonnant, comme l’apparition d’exubérants bruitages d’animaux sur « Goin’ to the zoo » après le morceau très calme « I’m bound for the mountains and the sea ».  

 

S’il peut être un critique social à la plume acérée et faire preuve d’une pertinence de jugement prémonitoire (comme le prouva la sortie l’année suivante de « Lyndon Johnson told the nation », sur son deuxième LP), Paxton a surtout l’intelligence et le talent de signer des textes aussi drôles que bien écrits. A la suite de Woody Guthrie et de Pete Seeger, Paxton et la jeune génération de musiciens folk (Ochs, Dylan, Andersen,Farińa) ont parfaitement assimilé la force de l’ironie, et en ont fait un élément primordial de leurs chansons. Sur Ramblin’ Boy, Paxton démontre son savoir-faire dans le registre des topical songs chères à Phil Ochs sur plusieurs brillantes pistes : « Daily News », « High Sheriff of Hazard » (dont la musique est adaptée d’un morceau traditionnel), ainsi que sur « What did you learn in school today ? », qui fut reprise et adaptée en français par un chanteur dont on ne parle plus beaucoup, Graeme Allwright (sous le titre « Qu’as-tu appris à l’école ? », sortie en 1968 sur son troisième LP).

 

Lorsqu’il laisse de côté sa verve contestataire, Paxton impressionne encore : il livre des chansons merveilleuses : il promène avec énormément de pudeur et de délicatesse sa voix sur des textes marquants, portés par des mélodies élégantes : parmi ces chansons, « The Last thing on my mind » et « My Lady’s a wild, flying dove » sont deux des ballades les plus touchantes qui furent jamais écrites. L’hommage rendu à Cisco Houston est aussi particulièrement émouvant (« Fare thee well, Cisco ») ; avec cette chanson dédiée à l’éternel complice de Woody Guthrie, Paxton perpétue la tradition du chanteur errant. Il endosse lui-même ce rôle avec plusieurs chansons exceptionnelles : « Ramblin’ Boy », qui donne son titre à l’album (et qui fut reprise par Pete Seeger avant même la publication de ce disque !), et l’intouchable « I can’t help but wonder where I’m bound », pur miracle d’élégance musicale, et sommet indépassable de la carrière de Paxton : un morceau pour l’éternité. « Standing on the edge of town » et « I’m bound for the mountains and the sea » sont les deux autres pistes du disque que Paxton consacre à affirmer son statut d’héritier des songsters itinérants.

 

D’une densité prodigieuse, Ramblin’ Boy est un album majeur de la scène de Greenwich Village ; au-delà de son importance historique dans le développement du folk US – qui entraîna lui-même des bouleversements énormes dans la scène rock’n’roll, c’est surtout un disque d’une qualité rare, dont l’excellence est aussi évidente qu’au jour de sa sortie, il y a près de cinquante ans.

 

 

 

 

 

Liste des chansons :

 

Face A :

  1. Job o'work *

  2. A Rumblin' in the land

  3. When morning breaks

  4. Daily news

  5. What did you learn in school today?

  6. The Last thing on my mind *

  7. Harper

  8. Fare thee well, Cisco *

Face B :

  1. I can't help but wonder where I'm bound *

  2. High Sheriff oh Hazard *

  3. My Lady's a wild, flying dove *

  4. Standing on the edge of town

  5. I'm bound for the mountains and the sea

  6. Goin' to the zoo

  7. Ramblin' boy *

 

 

 

 

Vidéos :

 

"The Last Thing On My Mind"


 

"Ramblin' Boy" avec Pete Seeger


 
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27 septembre 2011 2 27 /09 /septembre /2011 21:09

Reverend Peyton's Big Damn Band - Peyton on Patton

Reverend Peyton's Big Damn Band -

Peyton on Patton

(SideOneDummy ; 2011)


 

Découvert par PlanetGong il y a quelques mois seulement (par l’intermédiaire d’un excellent forum que je ne saurais trop vous recommander), Reverend Peyton’s Damn Band est un des groupes dont l’existence a quelque chose d’immédiatement rassérénant. Originaire d’Indiana, ce trio est emmené par le guitariste et chanteur Josh Peyton, dont la voix rocailleuse ne cesse pas d’impressionner. Cette formation (quelque peu modifiée depuis le départ de Jayme Peyton, le frère du révérend) a déjà sorti cinq albums avant la parution de ce Peyton on Patton.

 

Comme son titre l’indique assez clairement, Peytonon Patton est un disque consacré à l’œuvre de Charlie Patton, bluesman à la carrière discographique courte mais prolifique (il enregistra une soixantaine de pistes, entre 1929 et 1934). Plutôt que de s’essayer à un hasardeux jeu de comparaison – ce serait prêter le flanc aux attaques les plus faciles de tous les fans plus ou moins intégristes de pre-war-bluesPeyton a eu la bonne idée d’apporter à ces compositions sa touche personnelle. Sa voix rocailleuse est ainsi mise en valeur, alors que son jeu de guitare alterne une agressivité saisissante et une précision impressionnante (sur « Tom Rushen Blues », notamment). Peyton livre ici quelques performances vocales remarquables (« Some Happy day », « You’re gonna need somebody when you come to die »), qui ne trahissent en rien les compositions de celui qui fut une influence majeure d’Howlin’ Wolf. Les interprétations d’« Elder Green » et de « Spoonful Blues » (à deux voix) sont deux des belles réussites de ce disque, tout comme « Shake it and break it », que l’on imagine pourtant une des chansons les plus difficiles à adapter. Les variations autour de la chanson « Some of these days I’ll be gone » permettent d’appréhender un peu mieux l’univers du révérend Peyton (trois versions de ce morceau sont ici présentées !). 

 

Ce disque est clairement l’œuvre d’un admirateur inconditionnel de Charlie Patton (le disque a été enregistré dans les mêmes conditions que celles dont disposaient Patton) ; heureusement, cet admirateur réussit son pari, un véritable tour de force : rendre pertinente et passionnante sa lecture d’un des artistes majeurs du blues. Cet album est l’occasion de donner à ces morceaux une nouvelle vie, ainsi que d’offrir une visibilité nouvelle à l’œuvre d’un artiste trop souvent oublié au profit de l’inévitable Robert Johnson. En plus de l’écoute de ce Peyton on Patton, nous recommandons par conséquent celle des enregistrements réalisés par Patton lui-même (la compilation Founder of the Delta Blues, paru en 1969, est le disque de référence le plus facile à trouver – les plus ambitieux iront directement chercher du côté du coffret 7 CD Screamin’ and Hollerin’ the Blues : The Worlds of Charlie Patton).

 

 

 

 

 

Liste des chansons : 

  1. Jesus Is A Dying-Bed Maker *

  2. Some Of These Days I'll Be Gone (Charley Patton Version)

  3. Mississippi Boweavil Blues

  4. Elder Greene Blues *

  5. Tom Rushen Blues

  6. Some Happy Days

  7. Some Of These Days I'll Be Gone (Banjo Version)

  8. Green River Blues

  9. Prayer Of Death Pt. 1

  10. A Spoonful Blues *

  11. You're Gonna Need Someone When You Come To Die *

  12. Shake It And Break It

  13. Some Of These Days I'll Be Gone (Rev. Peyton Version)

 

 

 

Vidéos :

 

"Mississippi Boweavil Blues"

 

"Prayer Of Death"

 

"Elder Green Blues"


 
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24 septembre 2011 6 24 /09 /septembre /2011 08:58

Woody Guthrie sings folk songs (with Leadbelly, Cisco Houston, Sonny Terry, Bess Hawes)

Woody Guthrie -

Woody Guthrie sings folk songs

(with Leadbelly, Cisco Houston, Sonny Terry, Bess Hawes)

(Folkways ; enregistrements de 1944 publiés en 1962)

 

 

    Au début du printemps 1944, Woody Guthrie reçoit de Moses Asch (qui deviendra quelques années plus tard le fondateur de Folkways, un label appelé à devenir mythique) la permission d'enregistrer autant de chansons qu'il le souhaite. Woody Guthrie ne va pas se faire prier, et enregistre en quelques sessions plusieurs dizaines de chansons, dont seul un petit nombre sera publié au cours des décennies suivantes… En 1962, Moses Asch décide de faire une première compilation de quelques-unes de ces chansons et de les publier sous le titre Woody Guthrie sings folk songs. Deux ans plus tard, une nouvelle sélection de ces sessions d'enregistrements fut publiée, sous le titre – certes opportun, mais peu original –  de Woody Guthrie Sings folk songs, volume 2. Il faudra attendre les années 1990 pour que ces enregistrements soient regroupés de façon satisfaisante (dans la série de CD The Asch Recordings). 

 

    Pourquoi, dans ces conditions, parler d'un tel disque, s'il ne s'agit que d'une compilation hétéroclite, partielle et dont la réalisation est discutable ? Merci de me poser la question ; j'ai tout un sac de réponses. Au moment de la sortie de ce disque, Woody Guthrie est depuis longtemps retiré de la scène : c’est un homme gravement malade, hospitalisé depuis plusieurs années.  Il est surtout la figure de référence pour tout le folk (plus ou moins) intellectuel new-yorkais, et Bob Dylan n’était alors que l’un des plus doués de ses successeurs. Joan Baez, Tom Paxton, Phil Ochs, Mimi & Richard Farińa lui doivent à peu près tout ; à l’époque, et hormis peut-être Pete Seeger, personne ne peut revendiquer une influence comparable. Woody Guthrie est sans contestation possible la figure tutélaire pour toute cette scène qui a enregistré une quantité incroyable d'albums prodigieux, et à laquelle on peut rattacher – de façon plus éloignée – les œuvres d’artistes tels que John Sebastian (chanteur du Lovin' Spoonful) et Fred Neil

 

    Présentant quatorze chansons, ce disque d'une qualité exceptionnelle est la parfaite introduction pour découvrir l'œuvre de Guthrie. La participation – il est vrai minimale – de Leadbelly sur ce disque (sur « We Shall Be free », une de ses plus célèbres chansons) permet à Guthrie de faire le lien entre lesmusiques de noirs de blancs, et d’unifier ainsi les différentes traditions musicales nord-américaines, ce que confirment les deux instrumentaux, « Nine Hundred Miles » et son jeu de fiddle et « Guitar Blues ». Le disque présente de la même façon la chanson « Boll Weevil », une de ces pistes qui passait d’un artiste à un autre et dont l’origine est toujours discutée, et symbolique d’une partie importante du folklore musical nord-américain.

 

   Le disque débute fort judicieusement par « Hard travelin’ », chanson typique de Guthrie et de son personnage d’éternel vagabond, puis se poursuit par « What did the deep sea say? », une ballade d'une beauté à pleurer qui conte l’histoire d’une femme qui pleure son mari disparu en mer. Les chœurs sont assurés par Cisco Houston, présent sur la quasi-totalité des chansons ; en réalité, il serait juste de considérer ce disque comme le fruit de la collaboration entre Guthrie et Houston, et non comme la seule production de Guthrie. Outre « What did the deep sea say? » (composée par Houston), les chansons « John Henry », « Jackhammer Blues » et « Brown Eyes » doivent en effet énormément à la voix de Cisco Houston, plus assurée et harmonieuse que celle de Woody Guthrie. La version du morceau « House of the Risin’ Sun » est celle à partir de laquelle vont être évalués de nombreux artistes folk, avant que le Rhythm’n’Blues britannique, avec les Animals, ne lui donne un souffle nouveau. Pour ce qui est des chansons moins connues de ce disque, « Dirty overhalls », « Oregon Trail », « Brown Eyes »  et « Will you miss me when I’m gone? » suffisent largement à démontrer le talent unique de Woody Guthrie, et d’expliquer son extraordinaire importance historique.

 

 

 

 

 

Liste des chansons :

  1. Hard Travelin’ *
  2. What Did The Deep Sea Say?*
  3. House Of The Rising Sun *
  4. Nine Hundred Miles
  5. John Henry
  6. Oregon Trail *
  7. We Shall Be Free
  8. Dirty Overhalls *
  9. Jack Hammer Blues
  10. Springfield Mountain
  11. Brown Eyes *
  12. Boll Weevil Blues *
  13. Guitar Blues
  14. Will You Miss Me ? *

 

 

 

Vidéos :

 

"Will You Miss Me ?"


 

"Hard Travellin"


 

"We Shall Be Free"


 

 

 

 

Vinyle :

 

Ce disque a été publié en France sous une pochette différente (la couverture est une photographie de Cartier-Bresson) par « Le Chant du monde », un éditeur dont le nom est à lui seul une référence littéraire et un programme politique. Cette édition est une pure merveille : à l'intérieur, les chansons sont présentées, et leurs paroles sont reproduites et accompagnées de leur traduction française. Au dos de la pochette, des notes au lyrisme (assumé ?) présentent la vie et l'œuvre de Woody Guthrie, et tente des comparaisons osées entre les Etats-Unis et la France : « En 1941, l'administration des Grands travaux [l']engage comme chansonnier-poète officiel des Barrages de Bonneville et de Coulee sur le Columbia, destinés, en même temps qu'à l'électrifier, à fertiliser l'aride terre des Joad. On rêve, en France, d'un Brassens payé par nos pouvoirs publics pour chanter la mise en eaux de canaux d'irrigation quelque part en Haute-Ardèche ou en Haute Provence. »

 

Woody Guthrie sings folk songs (with Leadbelly, Cisco Houston, Sonny Terry, Bess Hawes)

 

Woody Guthrie sings folk songs (with Leadbelly, Cisco Houston, Sonny Terry, Bess Hawes)

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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 20:17

Chicken Diamond - Chicken Diamond

Chicken Diamond -

Chicken Diamond

(Beast Records ; 2011)

 

 

    Ce disque est le premier album de Chicken Diamond, un one-man-band français qui écrit et compose seul d’excellents morceaux de raw-blues. L'album a été entièrement réalisé (enregistré et produit) par Chicken Diamond dans son grenier, en l'espace de quelques mois : une moitié de l'album en 2009 et la suite l'année suivante, pour une sortie finale assurée par le label rennais Beast Records au début de l'année 2011. Pour ceux qui n’auraient pas eu l’occasion de croiser Chicken Diamond sur un des ses nombreux concerts, autant prévenir tout de suite : dès les premières mesures, cet album est extrêmement sombre et lourd. 

 

    Si la pochette du disque laissait présager une ambiance de ce type et semblait proscrire toute ambiance pastorale, les premières mesures de « Damn Old Sun » sont tout de même réellement frappantes, et placent l'auditeur en présence d'une musique dense et profonde. Immédiatement, le riff de guitare s’imprime dans le crâne de l’auditeur, alors que le jeu de batterie sonne aussi brut que possible, avant que ne surgisse la voix de Chicken Diamond, caractéristique s’il en est. Puissante et rauque, elle semble venir très loin, et apporte encore un peu de noirceur à une musique déjà oppressante. Sur les deuxièmes et troisième chansons (« Power of the Ancient People » et « Bones »), le chant est plus éraillé que jamais, la rythmique obsédante semble une pulsation et le jeu de guitare, d'abord minimaliste, se libère peu à peu pour parfaire un remarquable enchaînement de pistes.  

 

    Sur cet album, Chicken Diamond propose deux reprises (et non des moindres) : « Sister Ray », (du Velvet Underground) placée en fin de face A, et « Teenage Werewolf » (des Cramps) qui ouvre la face B. Chicken Diamond offre à ces deux classiques un traitement très personnel ; il parvient à marquer de son style l’hypnotique « Sister Ray »  et à dépecer « Teenage Werewolf » avec un jeu de guitare plus acéré que jamais. Parmi les influences que Chicken Diamond reconnaît, on trouve en premier lieu des bluesmen au style caractéristique (Junior Kimbrough, RL Burnside et Fred McDowell), mais aussi des influences plus larges de la scène proto-punk et/ou bruitiste (Stooges, Velvet Underground, Sonics…), et quelques inévitables poids-lourds du rock (Rolling Stones, Led Zeppelin). Sur ce disque, ces influences apparaissent comme parfaitement assimilées ; les morceaux de Chicken Diamond sont à rapprocher de ceux enregistrés depuis quelques années par des groupes tels que Left Lane Cruiser, The Black Keys (pour leurs premiers albums) et dernièrement Black Pistol Fire.

 

    L’ensemble du disque apparaît comme une splendide réussite : impressionnant par le savoir-faire et la maîtrise de son auteur – aucune approximation d’amateur n’est visible ici – l’album présente une écriture inspirée (« Damn old Sun »« Bones »« Me & my 44 ») belle variété de styles, particulièrement en face B. Si la plupart des chansons se concentrent sur des riffs de guitare et une frappe puissante, l’album laisse entrevoir de nouvelles possibilités dans un style sensiblement différent (« Civilized » et « Come Home », des chansons plus ouvertement mélodiques).  

 

 

 

 

 

 

Liste des chansons :

  1. Damn Old Sun *
  2. Factory Smoke *
  3. Power of the Ancient people
  4. Bones *
  5. Sister Ray
  6. Teenage Werewolf
  7. Civilized *
  8. Come Home
  9. Whisky + Coke
  10. Me and my 44

Le meilleur endroit pour acheter l'album : chez nos amis de Nayati Dreams.

 

 

 

 

Vidéo :

 

"Whiskey + Coke"

 

Chicken Diamond live au Folk Blues Festival de Binic


 

 

 

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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 13:32

Abner Jay - Folk Song Stylist

Abner Jay -

Folk Song Stylist

(Mississippi Records ; 2010)

 

Il y a quelques mois, PlanetGong avait chroniqué la sortie de Last Ole Ministrel Man, un EP 10’’ (un disque 25 cm, pour la version française) qui regroupait les dernières chansons enregistrées par Abner Jay, quelques semaines seulement avant sa mort, en 1993. Cédant à l’amicale pression de quelques nouveaux amateurs d’Abner Jay, et à présent que chacun(e) d’entre eux s’est procuré The True Story of Abner Jay et Last Ole Ministrel Man, il semble temps de présenter un autre des disques édités récemment par Mississippi Records, ce Folk Song Stylist à la pochette magnifique.

 

Ce disque regroupe une douzaine de chansons enregistrées pour la plupart dans les années 1970, et qui avaient été publiées à un tirage extrêmement limité, sur des disques 45 tours ou 33 tours (notamment « Cotton Fields », dont cette version avait paru sur The True Story of Dixie, en 1974). La version vinyle de Folk Song Stylist est accompagnée d’une photographie d’Abner Jay, vêtu d’un costume blanc, assis dans un fauteuil à bascule, quelques mètres devant une scène qui n’attend que lui. Un prospectus est également inséré dans la pochette, présentant l’artiste comme un philosophe et un conférencier plus que comme un chanteur, et décrivant un de ses spectacles comme une sorte de présentation où Abner Jay explique ses expériences de vie et pendant lequel il interprète de nombreuses chansons… C’est d’ailleurs cette logique que le CD de Subliminal Sounds avait suivi au moment de la sortie de la compilation One Man Band en 2003. La dernière phrase du prospectus (« He is 25 years older than you think ») illustre bien la mise en scène humoristique dont Abner Jay s’entourait : s’il affirmait endosser l’ensemble des traditions musicales du Sud des Etats-Unis, et se présentait comme le dernier représentant de ces ministrels dont l’origine est diffuse, il semble avoir fait preuve de distance vis-à-vis de son personnage scénique.

 

Dès les premières secondes d’écoute de « Depression », l’intérêt de ce Folk Song Stylist se voit renforcé : Abner Jay y est en effet accompagné d’un groupe, et l’orchestration et les arrangements (guitare, piano, saxophone, chœurs) apportent un élément nouveau. Divers accompagnements sont présents sur plusieurs chansons de ce disque (« I wanna job »« I’m Georgia Bound », « The Thresher »). La chanson qui ouvre est une autre version de la piste la plus célèbre d’Abner Jay, « I’m So depressed ».  « I wanna job » est l’occasion pour Jay de livrer son opinion sur les problèmes sociaux (en utilisant comme exemple les tristement célèbres émeutes de Watts et leur répression), et la meilleure façon de les résoudre : cette chanson permet aussi une joyeuse jam et de livrer des paroles d’un humour efficace (« I just want to work with you ; I don’t want to socialize ; I don’t want to apologize ; I have ten lovely kids and a most beautiful wife »). Folk Song Stylist est d’une variété de styles très intéressante (gospel, folk, rock’n’roll), et permet d’apprécier le talent d’Abner Jay sur des interprétations remarquables de morceaux traditionnels comme « Cotton Fields »« Swing Low, Sweet Chariot », « St. James Infirmary Blues » ou « Bring it with you when you come ». Les arrangements très soignés qui accompagnent quelques chansons de ce disque apportent un aspect plus policé à l’univers de cet artiste : sur « The Thresher », les chœurs font écho à sa voix forte, qui se montre parfaitement à son aise dans un style plus accessible que dans la configuration one-man-band qu’il s’était définie (banjo, harmonica, batterie).

 

Cependant, c’est lorsqu’Abner Jay se dépouille de la plupart de ses atours instrumentaux que sa voix donne toute sa mesure : « Lord Randall » et le classique gospel « Swing Low, Sweet Chariot » sont incroyablement poignantes, alors que « Shenandoah » est une démonstration édifiante de sa puissance et de ses qualités vocales. Ces chansons permettent de réaliser à quel point l’instrument le plus riche, le plus expressif et le plus touchant d’Abner Jay était sa voix : difficile de ne pas avoir la gorge serrée à l’écoute de quelques-uns de ces couplets. L’une des forces des chansons réside aussi dans la capacité que possédait Abner Jay à conserver une certaine distance vis-à-vis de ses morceaux : que ce soit par le retour de la rythmique chaleureuse et entraînante, une inflexion de la voix, le jeu de banjo ou les paroles ironiques de certains chansons dont le titre n’engage pas franchement à la réjouissance (« Depression », « Starving to Death on my government claim », « 99 years in jail »). Ce déséquilibre inattendu, qui ne nuit pas à la structure des chansons, tient presque lieu de petit miracle, et apparaît comme une des caractéristiques du style d’Abner Jay (« I’m so depressed » fonctionne déjà selon cette méthode).

 

Folk Song Stylist est un disque est d’une qualité démente : une fois de plus, le travail fait à Mississippi Records est un modèle du genre, et assure à Abner Jay une reconnaissance posthume, et à son œuvre une diffusion sans précédent. Cet artiste singulier est de ceux qui, s’ils ne rendent une bonne partie de votre discothèque obsolète, aident en tout cas à en relativiser la qualité.

 

 

 

 

 

 

 

Liste des chansons :

  1. Depression

  2. Lord Randall *

  3. I Wanna Job *

  4. St. James Infirmary  

  5. I’m Georgia bound *

  6. Bring it with you when you come *

  7. The Thresher 

  8. Cotton Fields *

  9. Starving to death on my government claim *

  10. Shenandoah

  11. 99 Years in jail

  12. Swing low, sweet chariot * 

 

 

 

Vidéos :

 

"Starving to death on my government claim"


 

"The Thresher"


 

"99 years in jail"


 

 

 

 

 

 

Vinyle :

 

Abner Jay - Folk Song Stylist

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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 16:22

Bo Diddley - Bo Diddley

Bo Diddley -
Bo Diddley

(Checker ; 1962)



    A partir du changement de politique commerciale de son label (une mise en valeur des LP, alors que le format préférentiel jusqu’au début des années 1960 était celui du EP), Bo Diddley a enchaîné les sorties d’albums à un rythme qui semble aujourd’hui insensé. Sur le label Checker (une filiale de Chess Records), Bo Diddley a publié une vingtaine de disques entre 1959 et 1974, dont douze (!) entre 1960 et 1966. A cette époque, il était rare qu’un artiste puisse envisager le fait de ne rien publier pendant plus d’un an. Autre facteur important pour expliquer cette productivité délirante, l’ouverture croissante d’un public d’acheteurs blancs pour des disques de Rhythm’n’Blues et de Rock’n’Roll. Les maisons de disques spécialisées dans cette musique et les artistes noirs au savoir-faire parfaitement rodé voyaient survenir l’opportunité d’un succès populaire inespéré... En effet, la scène d’artistes parfois regroupés sous le nom de Chicago Blues était composée d’artistes affirmés, qui n’avaient rien de jeunes débutants  (en 1960, Willie Dixon et Muddy Waters ont 45 ans et Howlin’ Wolf déjà 50 ans).
 
     Dans le but de capitaliser sur cette conjoncture inédite, dont personne n’était en mesure de prévoir la durée, les maisons de disques établies (et Chess en premier lieu) ont tout fait pour que leurs artistes multiplient leurs publications, quitte à piller allègrement dans le répertoire blues et en s’attribuant la composition des morceaux. Willie Dixon, homme à tout faire du label Chess (compositeur, arrangeur, producteur, contrebassiste et interprète) a rapidement compris quels bénéfices il pourrait tirer de la situation. Cependant, bien au-delà de la seule opération commerciale, cette productivité effrénée a permis à des artistes extraordinaires de publier leurs morceaux, d’être connus dans le monde entier et de devenir les idoles de dizaines de blancs-becs britanniques qui allaient révolutionner la musique populaire quelques années plus tard. Il faut reconnaître que Bo Diddley a payé de sa personne comme aucun autre artiste pour plaire au plus grand nombre, enregistrant des albums aux titres aussi improbables que Bo Diddley Is A Gunslinger, Bo Diddley’s A Twister et Surfin With Bo Diddley.

    Comme la plupart des albums publiés par Bo Diddley, celui-ci est donc relativement ambivalent : sur quelques pistes, Bo Diddley et son groupe semblent évoluer en pilote automatique. Heureusement, le talent est là, le savoir-faire aussi, le blues gros cul n’existe pas encore ; cependant, et même malgré un son irréprochable, il est patent que le groupe est en sous-régime sur « Diddling » ou « Bo’s Bounce ». En revanche, lorsque les compositions sont un peu plus inspirées (c’est le cas sur la majeure partie de cet album), le résultat est éclatant. Bo Diddley rappelle à plus d’une reprise quel immense chanteur de rock’n’roll il est, variant cri et chant, et ajoutant çà et là quelques commentaires parlés du meilleur effet « you got your radio turn too low… Turn it up ! » sur l’intouchable « You can’t judge a book by the cover »  et son refrain immortel où Diddley chante « I look like a farmer but I’m a lover. » 

    A l’image du personnage scénique qu’il s’était créé et de sa voix profonde, le jeu de guitare de Bo Diddley est caractéristique et particulièrement réjouissant sur des pistes comme « Give Me A Break » ou « You can’t judge a book by the cover ». Comme souvent, le jeu de maracas de Jerome Green est un bon indicateur de l’intérêt de la chanson : contribuant au jungle beat de façon décisive, Green ajoute au jeu de Clifton James et de Frank Kirkland (en charge de la basse et de la batterie) une plus-value essentielle (« Hey Krushev » ).

    Entre tous les disques que Bo Diddley a publiés, celui-ci présente une remarquable unité qualitative : l’impression de facilité est délirante, et le son est d’une chaleur et d’une profondeur incroyables. « Please Mr. Engineer »  voir le groupe se lancer dans des effets sonores géniaux : sur une rythmique implacable et faisant écho à l’histoire racontée par Bo Diddley, les guitares plaquent des suites d’accords distendus. Le groupe n’oublie pas de s’amuser ; les pistes « Babes in the woods », « You All Green »  et « Mama don’t allow no twistin’ in her house » sont là pour le prouver. « I can tell » est simplement parfait, un véritable classique où chaque élément de la chanson est une splendeur : la ligne de basse ondoyante maintient le morceau, sur lequel le chant de Bo Diddley est aussi puissant que les paroles sont péremptoires « I can tell because it’s plain to see / I can tell, the way you look at me / I can tell you don’t love me no more ».

    Cet album qui connut un succès retentissant en Angleterre (# 11 des charts) peut servir de symbole à l’influence du rhythm’n’blues sur les jeunes groupes anglais : c’est en imitant cette musique que tous les groupes anglais des années 1960 ont commencé à enregistrer. A l’écoute de ce disque, près de cinquante ans plus tard, on comprend qu’il ait suffi à initier cette révolution.

 

 

 

 

Liste des chansons :

  1. I can tell **
  2. Hey Krushev
  3. Diddling
  4. Give me a break *
  5. Bo’s Bounce
  6. Please Mr. Engineer *
  7. Who may your lover be?
  8. You can’t judge a book by the cover **
  9. Babes in the woods *
  10. Sad Sack
  11. Mama don’t allow no twistin’ in her house *
  12. You all green
  13. Bo’s twist

 

 

 

Vidéos :

 

"I Can Tell"

 

"You can't judge a book by the cover"

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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 15:14

Abner Jay - Last Ole Ministrel Man

Abner Jay -

Last Ole Ministrel Man

(Mississippi Records ; 2011)

 

 

La sortie de ce disque en format 25 cm (ou « dix pouces », selon les préférences de chacun) est l’occasion de rendre hommage à un artiste encore méconnu. Les sorties récentes par Mississippi Records de deux extraordinaires LP (The True Story of Abner Jay et Folk Song Stylist, dont nous reparlerons prochainement), ont permis à la musique d’Abner Jay de connaître une diffusion inédite.

 

La vie et l’œuvre d’Abner Jay apparaissent aujourd’hui comme les éléments d’un étrange roman où se mêlent d’innombrables aspects – au cours de sa vie, Abner Jay fut manager, propriétaire de bars, artiste au répertoire interminable, ainsi qu’un homme-orchestre itinérant se considérant comme un philosophe et qui expliquait que le secret de sa santé résidait dans le fait de boire de l’eau de la rivière Swaunee couché sur le ventre (d’où les photos de plusieurs de ses LP). Sans se plonger davantage dans sa mythologie personne (ce qui est toujours hasardeux, et parfois dangereux) l’auditeur exigeant peut se lancer à la recherche des quelques disques de Jay qui subsistent : les chansons témoignent de la seule réalité objective de cet artiste atypique, dont l’œuvre protéiforme laisse à ceux qui le souhaitent le loisir de combler les lacunes et de peupler ainsi à leur guise l’univers de l’auteur.

 

La voix puissante de Jay risque d’en frapper plus d’un ; bien qu’il ne possédât plus en 1993 l’incroyable puissance dont témoignent ses albums des années 1970 (notamment The True Story of Dixie et The Backbone of America is a mule and cotton, ceux que nous avons pu écouter), Abner Jay était encore capable à plus de 70 ans de moduler sa voix de façon surprenante, en alternant les accents falsetto, les passages parlés et le chant baryton comme sur « My middle name is the blues » ou « Cocaine Blues ». Ceux qui découvrent le style cru et touchant d’Abner Jay avec ces quelques pistes seront probablement marqués par « My Middle Name is the blues », qui reprend les caractéristiques du style très personnelles d’Abner Jay : le jeu de percussion – très simple - est chaleureux et primal, le chant est varié et l’harmonica ponctue les couplets avec autorité.

 

Parmi les six chansons présentées ici, cinq sont les dernières qui aient été enregistrées par Abner Jay, en août 1993, quelques semaines seulement avant son décès (seule « My middle name is the blues » leur est antérieure). Ces pistes étaient destinées à n’être que des démos, et ont été enregistrées sur un magnétophone à cassette par Jack Teague, qui signe les notes de l’excellent livret. Le jeu de banjo et d’harmonica - tout sauf académique – et la voix basse de Jay forment une alchimie merveilleuse sur « Sitting on top of the world » et « Love Wheel », une chanson qui demande une attention plus soutenue. Last Ministrel Man propose également une relecture intimiste et pleine de retenue d’un de ses morceaux les plus populaires « Cocaïne Blues » et une incroyable ballade pleine de violence contenue « Too poor to live, too poor to die ».

 

Les responsables de Mississippi Records ont réalisé avec ces pistes poignantes et chargées d’émotions un disque magnifique (comprenant un livret grand format et deux photos originales à l’intérieur de la pochette) qui rend justice au talent d’Aber Jay, un artiste dont l’excellence remet en perspective une bonne partie des disques entendus.

 

 

 

 

 

Liste des chansons :

 

Face A :

  1. I cried

  2. Sitting on top of the world

  3. My middle name is the blues

Face B :

  1. Love Wheel

  2. Cocaine Blues

  3. Too poor to live, too poor to die

 

 

 

 

Vidéo :

 

"My Middle Name Is The Blues"

 

"Cocaine Blues"

 

 

 

 

 

 

Vinyle :

 

Abner Jay - Last Ole Ministrel Man

 

Abner Jay - Last Ole Ministrel Man

 

Abner Jay - Last Ole Ministrel Man

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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 17:03

Brother Claude Ely - Satan Get Back !

Brother Claude Ely -

Satan Get Back !

(compilation - AceRecords ; 1993)


 

Ce disque extraordinaire publié par le label britannique AceRecords regroupe les meilleurs morceaux enregistrés par le prêcheur Claude Ely. Originaire de l’état de Virginie, Claude Ely est considéré, malgré le peu de chansons qu’il a enregistré, comme l’un des plus grands interprètes de gospel blanc. Il commença à jouer de la guitare à l’âge de 12 ans, avant de s’initier à l’harmonica et à l’orgue. Au début de son adolescence, des médecins diagnostiquent chez lui une tuberculose qu’ils annoncent comme mortelle. Rétrospectivement, Ely expliquera sa guérison comme un miracle et justifiera ainsi son engagement religieux. Au début des années 1940, Ely a servi comme soldat pendant la seconde guerre mondiale, puis travaillé dans des mines de charbon avant d’avoir une révélation et de se faire ordonner pasteur et d’officier comme prêcheur dans une communauté pentecôtiste (The Free Pentecostal Church of God).

 

Les enregistrements les plus marquants de Brother Claude Ely ont été enregistrés en deux sessions par King Records, un label qui a sorti en 1953 et 1954 huit morceaux en singles, soit quatre disques (« You've Got To Move »/ «There's A Leak In The Old Building », « There Ain't No Grave »/ « Talk About Me », « Little David Plays On His Harp »/ « Farther On », et « Holy, Holy, Holy »/ « There’s a Higher Power »). Le CD présente la totalité des enregistrements réalisés par le label Kingle 12 octobre 1953 et en juin 1954 se retrouve sur le cd : les huit morceaux déjà sortis par King, mais aussi les sermons et discours de Brother Claude Ely et le morceau « I’m just a stranger here »interprété par les Cumberland Five, le groupe de choristes féminin qui accompagnait Claude Ely. Les huit chansons qui complètent ce disque (pistes 16 à 23) proviennent de la session d’enregistrement suivante de Claude Ely, réalisée en 1962 ( !), dans un véritable studio et avec un accompagnement assuré par de musiciens de country. Satan Get Back ! est une compilation qui a été réalisée avec bon sens : l’ordre chronologique des enregistrements a été respecté, ce qui donne au disque une cohérence indiscutable, bien que les morceaux soient de qualité inégale.

 

Ce qui caractérise Claude Ely sur les pistes enregistrées par King Records est son chant puissant et exalté, porté par une voix profonde et chaleureuse, qui se brise plus d’une fois pendant les morceaux. Ici, comme dans toute interprétation non académique, l’important est ailleurs ; dans l’engagement de l’interprète – on ose à peine parler de chanteur, tant le terme de prêcheur semble ici plus approprié. De plus, le gospel suppose d’autres implications que celles des autres genres qui pourraient servir à décrire la musique enregistrée par Ely et les Cumberland Five. Banjo, guitare sèche, chœurs féminins… La tradition countryest prédominante, véritablement omniprésente, mais l’ensemble possède une vigueur et un dynamisme sans équivalent dans le gospel blanc. Pendant les prêches, la plupart des cris qui s’échappent de l’auditoire sont des « Allelujah »et BCE ne ponctue que rarement ses interventions de « Yeah ! » mais plus souvent de « Thank The Lord » etde « Feel the Glory of God »

 

Satan Get Back ! commence par « I’m Crying Holy unto the Lord »qui donne instantanément le ton à un disque hors-normes. Après la fin de la chanson, Ely se lance dans un incroyable sermon a cappella où il semble proprement halluciné, puis rappelle à ses ouailles le droit chemin « We want you to slap your hands for the glory of God », et se lance dans « There’s a leak in this old building », un autre morceau à l’énergie démente. Une courte intervention parlée plus tard – elle-même appuyée par de fort peu dévots « woooooohooooooo » de l’une des choristes, BCE reprend le micro pour « Send Down That Rain ». Le morceau suivant, « There Ain’t No Grave », repris par Johnny Cash dans American Recordings VI, est probablement le meilleur morceau de gospel blanc jamais enregistré : ces trois minutes durant lesquelles Claude Ely convoque l’Archange Gabriel et les trompettes du jugement dernier sont tout simplement inoubliables.  

 

L’ambiance redescend un peu sur « Talk about Jesus », où la démarche musicale est plus policée : la chanson est emmenée à la guitare, accueille des chœurs assez scolaires et laisse même un peu d’espace pour un solo de banjo. « I’m just a stranger here »est interprétée par les Cumberland Five, le groupe qui accompagnait Claude Ely : la chanson est typique du hillbilly chrétien : harmonies vocales soignées sur un air lancinant et mélancolique – la parenté avec certaines pistes de The Carter Family  est évidente. La plupart des chansons voient encore les choristes jouer un rôle important, cette fois en répondant au chant de Claude Ely sur « You’ve got to move », « Farther On » et « Little David, Play on your Harp » par exemple. Entre ce dernier morceau et « Holy, Holy, Holy (that’s all right) », l’ambiance accélère encore : accords violemment plaqués au banjo, efficaces descentes de guitare, public de fidèles qui frappe dans ses mains et chante de plus en plus fort… La tension est palpable ; elle semble monter inexorablement, chanson après chanson, et la façon dont Claude Ely s’époumone laisse voir chez lui un état d’exaltation proche de la transe mystique.

 

En comparaison avec les chansons enregistrées en 1953/54 dans leur contexte habituel (pendant un office religieux), les quelques pistes qui terminent ce CD font malheureusement bien pâle figure… Les chansons « Do you want to shout ?», « Fare you well »  et « Stop that train » sont pourtant plus qu’honorables, mais il est indéniable que cet environnement plus professionnel enlève à Brother Claude Ely tout ce qui le rendait unique et qui fait la magie des premières pistes de ce disque.

 

 

 

 

 

 

Liste des chansons :

  1. I'm Crying Holy Unto The Lord *

  2. There's A Leak In This Old Building *

  3. Send Down That Rain *

  4. There Ain't No Grave Gonna Hold My Body Down *

  5. Talk About Jesus

  6. I'm Just A Stranger Here *

  7. Thank You Jesus

  8. I Want To Rest

  9. You've Got To Move

  10. Farther On *

  11. Jesus Is The Rock

  12. Little David, Play On Your Harp

  13. There's A Higher Power *

  14. Holy, Holy, Holy (That's All Right) *

  15. Dip Your Finger In The Water (And Cool My Thumb)

  16. Do You Want To Shout

  17. Those Prayers And Words Still Guide Me

  18. My Crucified One

  19. The Old Fireside

  20. Fare You Well

  21. I Want To Go To Heaven

  22. You Took The Wrong Road Again

  23. Stop That Train

 

 

 

Vidéos :

 

"I'm Crying Holy Unto The Lord"

 

"There Ain't No Grave Gonna Hold My Body Down"

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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 18:56

Buddy Holly - That’ll be the day

Buddy Holly -

That’ll Be The Day

(Decca Records ; 1958)

 

 

    Troisième et dernier album publié du vivant de Buddy Holly, That’ll be the day présente en réalité quelques-uns de ses premiers morceaux. Les onze chansons que comporte cet album avaient toutes été enregistrées en 1956 en trois sessions (précisément le 26 janvier, le 22 juillet et le 15 novembre). That’ll be the day est également le premier album de Buddy Holly sorti sous l’étiquette Decca, qui n’avait dans un premier temps pas cru dans le potentiel de l’artiste et qui l’avait laissé faire ses preuves en publiant les disques sur les labels subsidiaires Brunswick et Coral (qui appartenaient à Decca)  – et connaître le succès avec les Crickets (The Chirping Crickets), puis sous son nom seul (Buddy Holly).

 

    Ce disque s’ouvre sur « You are my one desire », une ballade simple emmenée au piano, où la voix tremblante de Buddy Holly livre des paroles touchantes de naïveté et de « You are my one desire / You set my heart on fire / You’ll never know how much I love you »; Le son chaleureux de la basse de Don Guess, qui a écrit la chanson, assure l’équilibre du morceau et apporte un contrepoint à la voix de Holly, ici particulièrement frêle. Dès la deuxième chanson, « Blue Days, Black Nights », le son acide de la guitare solo de Sonny Curtis - caractéristique du son des années 1950 – s’installe et prend toute son ampleur, La rythmique de That’ll be the day est globalement simple et toujours très sobre, marquée par les influences country, qui perdurent sur « Modern Don Juan », où l’orchestration laisse la part belle au saxophone et au piano.

 

    « Rock around with Ollie Vee » est un morceau typique de early rock’n’roll, comme l’indiquent ses paroles d’une évidence désarmante « tonight we’re gonna rock to the rhythm’n’blues », alors que « Ting a ling » voit Buddy Holly se livrer davantage et exercer son phrasé particulier sur les ruptures de chant. Ces deux morceaux, enregistrés pendant la même session (le 22 juillet), bénéficient une nouvelle fois du jeu de guitare particulier de Sonny Curtis, qui remplacera Buddy Holly comme chanteur des Crickets. Sonny Curtis a une importance prédominante sur l’ensemble de cet album : il est présent sur toutes les pistes, excepté sur « You are my one desire » et « Modern Don Juan ». En fin de face A, Buddy Holly livre avec impudeur le chant de « Girl on my mind », une ballade dont le texte est encore du plus pur sucre 50s (« Oh girl on my mind, please come back to me. I love you with all my heart : with you I want to be… » ); rarement Holly a paru plus touchant et fragile que sur ce morceau à l’aspect brut.

 

    La face B de l’album s’ouvre sur « That’ll be the day », une des chansons les plus célèbres de Buddy Holly ; néanmoins, il ne faut pas confondre cette version avec celle enregistrée en février 1957 par les Crickets, sortie en single quelques semaines plus tard, et qui se trouve sur The ‘‘Chirping’’ Crickets. La version de cet album est marquée par un jeu de guitare plus tranché (dans l’introduction du morceau, mais aussi dans les solos) et un chant plus vindicatif que celle enregistrée par Holly avec Crickets. Les premières sessions d’enregistrement furent l’occasion pour Holly de tester ses propres compositions : en plus de la chanson-titre, il cosigne « Don’t come back knockin’ », « Don’t come back knockin’ »  et l’excellente « Love Me », qui fut sortie en single en avril 1956. L’album s’achève sur une ambiance rock’n’roll joué en tempo mesuré : « I’m Changing all those changes » et « Midnight Shift » sont deux bonnes chansons, sans être particulièrement originales ou révolutionnaires.

 

    Moins cohérent que Buddy Holly et moins immédiat que l'indétrônable The ‘‘Chirping’’ Crickets, ce disque est cependant beaucoup plus qu'anecdotique et permet d'apprécier de façon unique le talent naissant d'un des géants du rock'n'roll : pas de folie furieuse chez le jeune Holly au moment où il enregistrait ces pistes (aucune comparaison n'est possible avec l'énergie débridée de Little Richard ou de Jerry Lee Lewis), mais Buddy Holly possédait en revanche déjà l’immense talent qui lui a valu d’être un des artistes les plus influents de l'histoire du rock'n'roll.

 

    Parmi les psychorigides à tendance autiste monomaniaques de Buddy Holly, ceux qui n’ont pas subi le contrecoup de la crise internationale peuvent s’offrir le prodigieux coffret « Not Fade Away : The Complete Studio Recordings and More », sorti à la fin de l’année 2009, qui propose l’intégrale des morceaux enregistrés par le binoclard le plus célèbre de l’histoire du rock’n’roll. Les étudiants et autres sans-abri pourront courir au point Internet gratos la plus proche afin d’écouter les deux cent trois morceaux de ces six CD sur le site Deezer, où ils sont en écoute gratuite.

 

 

 

 

Liste des chansons :

  1. You are my one desire * (Guess)
  2. Blue Days – Black Nights (Hall)
  3. Modern Don Juan (Guess; Neil)
  4. Rock around with Ollie-Vee * (Curtis)
  5. Ting-A-Ling (Denny)
  6. Girl On My Mind (Denny)
  7. That’ll be the day * (Allison ; Holly ; Petty)
  8. Love Me* (Holly ; Parrish)
  9. I’m changing all those changes (Denny)
  10. Don’t come back knockin’ (Holly ; Parrish)
  11. Midnight Shift (Lee ; Ainsworth)

L'album sur Deezer : www.deezer.com/fr/#music/buddy-holly/that-ll-be-the-day-246194

 

 

 

Vinyle :

 

Buddy Holly - That’ll be the day

 

Buddy Holly - That’ll be the day

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