30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 13:23

Ramblin' Jack Elliott - Jack Takes The Floor Ramblin' Jack Elliott -

Jack Takes The Floor
(Topic Records;1958)


 

Aujourd’hui placé dans la catégorie des artistes quasi-légendaires dont plus personne n’écoute les disques, dont chacun a vaguement entendu le nom et qui sont reconnus pour avoir influencé de nombreux excellents artistes, Ramblin Jack Elliott mérite amplement que PlanetGong lui consacre enfin un article.i

 

Né en 1931 et originaire de Brooklyn, Jack Elliott a montré très tôt des prédispositions à devenir l’un des archétypes du chanteur de folk nord-américain : à l’âge de quinze ans, il s’enfuit du domicile familial pour rejoindre un rodéo itinérant, où il va découvrir un certain Brahmer Rogers… Fasciné par l’image du singing cowboy qu’il a devant lui, Jack Elliott décide de se consacrer à la musique folk ; il rencontre Woody Guthrie en 1950 et l'accompagne pendant quelque temps, s’imprégnant du style de Guthrie à un point tel que celui-ci prit l’habitude de qualifier le style de Ramblin’ Jack Elliott en disant : « Jack sounds more like me than I do».

 

Après son mariage en 1955, Elliott part pour un long voyage à travers l'Europe ; il ne sera de retour aux Etats-Unis qu’en 1961, et deviendra un modèle pour la scène naissante du folk de Greenwich Village (Tom Paxton, Phil Ochs, Bob Dylan, etc.). C'est en grande partie lui qui sert de modèle « vivant » à ces jeunes artistes qui n’ont jamais vu Woody Guthrie chanter et qui seront les figures principales du renouveau folk. L'une des particularités de Ramblin Jack Elliott est d'avoir publié ses premiers albums alors qu'il était en Angleterre ; avant 1955, il avait cependant déjà enregistré pour Jac Holzman, le fondateur du tout jeune label Elektra, qui avait publié Bad Men and Heroes(chansons enregistrées par Ed McCurdy, Jack Elliott et Oscar Brand).

 

Jack takes the floor présente les thématiques habituelles du folk, et Elliott affirme avec une grande aisance sa maîtrise du genre : introductions parlées, jeu de guitare dynamique et soigné, interprétation efficace… Il s’essaye au yodle et à l’harmonica sur la chanson de Jimmy Rodgers et de Vaughn Horton « Muleskinner blues » (interprétée depuis par un grand nombre de chanteurs, notammment CiscoHouston). Elliott livre aussi quelques reprises de chansons traditionnelles, ou qui en tout cas étaient déjà devenues des classiques du genre, indifféremment enregistrées par des chanteurs blancs ou noirs : « Boll Weevil» et « Salty Dog» bien sûr, mais aussi « Grey Goose », dont la version de Leadbelly est restée la plus célèbre.

 

Cet album, sorti originellement au format 10’’, commence par une reprise très réussie de la magnifique chanson de Jesse Fuller, « San Francisco Bay blues», où les intonations de Ramblin’ Jack Elliott préfigurent celles de Dylan (en particulier le chant en toute fin de phrase – la ressemblance apparaîtra évidente aux amateurs de Dylan). Cette parenté est également tangible sur la chanson « Dink’s song », dont il le semble évident que le chant a marqué (sinon façonné) celui du jeune Bob Dylan (« One of these days any morning,youre gonna call my name and Ill be gone »). La fin de la face A voit l’arrivée sur ce disque de Woody Guthrie, maître et inspiration de Ramblin’Jack Elliott : comme un symbole, c’est « New York town » qu’ils jouent ensemble… Difficile de ne pas voir dans cela une passation de témoin entre Guthrie et Elliott, et l’assentiment du maître à son disciple le plus fidèle. Dans l’introduction de « Cocaine », Ramblin’ Jack Elliott explique qu’il a appris ce morceau grâce au Reverend Gary Davis (une autre figure importante de la musique folk nord-américaine, sur laquelle nous reviendrons prochainement). Cette chanson est l’occasion d’apprécier le jeu de guitare très délicat de Ramblin’ Jack Elliott et son interprétation impliquée et poignante.

 

Sorti en Angleterre en 1958, Jack takes the floor est un album important de la scène folk nord-américaine ; une sorte de passage obligé pour l’amateur qui souhaite progresser dans son appréhension des disques de l’ensemble des artistes de la scène new-yorkaise des années 1960.

 

 

 

 

 

Liste des chansons :

  1. San FranciscoBay  blues *

  2. Ol’ Riley

  3. Boll Weevil *

  4. Bed Bug blues

  5. New York Town

  6. Grey Goose *

  7. Mule Skinner blues

  8. Cocaine *

  9. Dinks song *

  10. Black Baby

  11. Salty Dog

 

 

 

Vidéos :

 

"San Francisco Bay Blues"


 

"Cocaine"


 

 

 

 

 


i Il me semble déjà lire les commentaires des plus acrimonieux de nos lecteurs : « Bande de jean-foutre, au lieu de pondre des introductions qui expliquent pourquoi vous navez pas parlé plus tôt de tel ou tel article, essayez de sortir des articles à un rythme qui ressemble à quelque chose. » A ceux-là je réponds dores et déjà : « un peu de tenue, jeune homme. » Jajouterai également que le dernier album en date de Ramblin Jack Elliott est sorti en 2009, et quil vaut le détour (le disque sintitule A Stranger here, il est composé exclusivement de reprises et a été publié par le label ANTI-).

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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 20:54

Dans les caveaux du Fuzz
  Seconds couteaux et perles de série B 

 

sparkle moore

 

 

Les as du rock'n'roll, épisode 5

 Sparkle Moore  : "Skull & Crossbones"

 

 

Si un bon dessin vaut mieux qu'un long discours, un simple coup d'oeil permettra de saisir la dimension considérable de la fulgurante Sparkle Moore dans le vaste petit monde du rockabilly. Plus qu'une tigresse: une allure jamais vue. Plus qu'une allure: un son à l'avenant.

 

Dans ce monde d'hommes qui ne serait rien, rien, rien, sans dame ni damoiselle, elle n'a pas été l'unique. La reine serait Wanda, la dauphine Brenda Lee, et la cousine, la trop négligée Jane Martin (dont il faudra bien causer un jour ici). C'est que, pas bête, à l'époque on s'était vite mis en quête d'une "female Elvis"! Mais Sparkle Moore, de son vrai nom Barbara Morgan, par la félinité sinueuse de sa voix méritait le titre.

 

"Skull and Crossbones" est une déclaration d'amour toxique, une ode trouble à la passion sulfureuse, une caresse ensorcelée de ritournelle rock'n'roll. Sparkle Moore, pleine d'assurance,  s'entend à étirer les syllabes, puis maîtrise en virtuose l'art si délicat du hoquet (hiccup): le velours moiré et la syncope rutilante. Elle sussure et sursaute, halète, volte, se pâme et feule. La tête tourne, on suffoque. L'accompagnement est parfait – un rockabilly vif, souple et limpide. Ce titre aux relents troubles  figurait en face B, diable!

 

Et dire qu'elle avait tout juste dix-sept ans. C'était en novembre 1956. Le temps d'une tournée en première partie de Gene Vincent, gageons qu'elle n'est pas passée inaperçue – crinière flamboyante de comète arrogante, surnom droit sorti de Dick Tracy, yeux de biche et accoutrements masculins, cuir, panthère, rayures. Venue de nulle part, et restée sans pareille, elle avait été signée en un instant avec l'aide d'un dj du Nebraska. Elle s'apprêtait à tout dévaster. Peu après le terrible "Killer" sorti en mai 1957, elle tombe enceinte, et pour se consacrer à sa famille, se retire de la lice.


 

"Skull And Crossbones"


 
 

"Killer" (la version alternative agrémentée de cris à glacer le sang)


 

 

 

 

 

A écouter:

 

A vrai dire, Sparkle Moore n'a pas cessé d'enregistrer chez elle, avec des moyens du bord. Le site officiel de l'artiste donne un aperçu des vingt-deux chansons de Spark-A-Billy (2010) et même de sa poésie mystique – pour notre part, la légende nous agrée davantage. On retiendra cinq morceaux d'époque: "Rock-A-Bop", "Skull And Crossbones", "Killer", "Tiger", "Flower Of My Heart". Tous figurent sur l'incroyable compile Good Girls Gone Bad chez Ace (n'y pas manquer les proto-garageuses du Mystery Trio ou l'ahurissante Alis Lesley). Le galant homme du XXIème siècle se fera un devoir de s'y reporter en toute urgence.

 

 

 

 

 

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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 08:13

Dans les caveaux du Fuzz
  Seconds couteaux et perles de série B 

 

Gene Maltais

 

 

Les as du rock'n'roll, épisode 4

Gene Maltais : "The Raging Sea"

 

 

Elles ne sont pas données à tout le monde, la dégaine et la voix d'Elvis. Gene Maltais l'a compris; avec sa sympathique trogne de petit canard et son registre si particulier, il eût été malavisé de jouer au Ricky Nelson ou à Cliff Richard. Il a donc fait beaucoup mieux, lui qui tenait à entrer en grand fracas dans l'Histoire; au coeur, une foi farouche en son étoile, aux basques, une déveine tenace.

 

Originaire du New Hampshire, il sillonnera des années toute l'Amérique, seigneur sans fief, en quête du lieu adéquat. Débarqué à Nashville, il force les portes de Decca, pour un épatant "Crazy Baby". Mais le label a d'autres gars à promouvoir. Derechef, de sa région natale à la côte ouest, il galope, exerçant mille petits boulots. Mécontent du traitement infligé par Aladdin à sa chanson "The Raging Sea" confiée à Johnnie & Jackie, le Vaillant sort un autre simple à Phoenix, s'en revient encore à son point de départ, fonde son propre label, Lilac, et va jusqu'à monter un spectacle télé. En 1965, bien après la vague du rock'n'roll, sous le règne implacable de la pop, Maltais l'inépuisable jette l'éponge, et change de destin : il entre dans la police. Dix ans plus tard pourtant, grâce au prestige occulte de son rarissime 45 tours "Raging Sea / Gangwar", trois titres sortiront en Belgique. Sa guitare reprendra ainsi du service, ponctuellement (en 1994, toujours solide, "Voodoo Woman" chez Norton).

 

À entendre "The Raging Sea", on comprend mieux ce qui a poussé Gene Maltais à réenregistrer à sa convenance ce bijou, non, ce joyau noir, dont la violence inouïe a de quoi estomaquer. Quelques accords gratouillés sur lesquels une voix ondoyante se pose à peu près, installent attente et tension. Soudain, une accélération terrible malmène le quidam apeuré – le chant monte trop haut, la guitare dissonne quasi, ça bringuebale, ça bouillonne. Mais, après un deuxième couplet-refrain, alors qu'on était déjà soufflé, une sorte de pont pousse encore plus loin, le chanteur se met à brailler sans frein tandis que sa guitare saturée semble casser du verre. La mer démontée, pas moins! Du jamais entendu: ce jeu raide, cru, inconfortable, anticipe sur l'approche des plus radicaux groupes garage punk  – Sonics, Monks, Swamp Rats. (Ne pas manquer, à propos, les versions démo de ce titre et du dramatique "Gangwar".)

 

Cet homme, personne ne l'a su à temps, avait le don si rare de casser la baraque. Il excelle à faire passer un souffle, un frisson de panique. Il y a quelque chose de franchement décoiffé dans ses montées et sa manière de bousculer les phrases, cette précipitation dans les haletants "Crazy Baby" ou "Gangwar". Ah! il valait bien la peine d'errer tel un météorite en peine, une comète en mal-être, si c'était pour aboutir à de tels chefs-d'œuvre. Ce monde était trop terne pour la hargne de Gene Maltais.

 

 

 

 

"The Raging Sea"

   

"Gangwar"


 

 

 

A écouter:

 

gang.jpgLes trois morceaux indispensables de Gene Maltais : "Raging Sea", "Gangwar" et "Crazy Babe", sont souvent cités dans les bonnes compiles de rockab' extrême: That'll Flat Git It! Vol.2, Raging Teens vol.1, Buffalo Bop (vol."Gangwar") par exemple. Notre homme a peu enregistré, il est donc loisible de s'intéresser à Gangwar (Hydra BCK27118) qui regroupe sa dizaine de chansons et leurs versions alternatives.

 

 

 

 

 

 

 

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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 08:41

Dans les caveaux du Fuzz
  Seconds couteaux et perles de série B 

 

 

 

Les as du rock'n'roll, épisode 3

Ronnie Self : "Bop-A-Lena"

 

 

C’était tout de même une époque épatante, celle où un morceau aussi frénétique que « Bop-A-Lena » entrait dans les hit parades. Certes, à la 68ème place du Billboard seulement, certes, ce fut le seul succès de Ronnie Self, mais tout de même, tout de même. Tempo martelé par le piano et la batterie roulante, voix éraillée de vrai maniaque, avec ce rock’n’roll survolté mené pied au plancher, c’est déjà le punk en personne qui fait irruption sur la place publique.

 

L’histoire fut, comme pour tant d’autres de ses confrères hélas, bien brève, mais Ronnie Self tuait ; aucun doute, il faisait partie des meilleurs. D’ailleurs, l’homme ne blaguait pas. « Mr. Frantic », ce surnom n’était pas volé : enfance frondeuse, caractère orageux, alcoolisme, violence, problèmes familiaux. Ronnie se montrait aussi indomptable dans la vie que sur scène ou sur disque, – sa carrière en a fait les frais.

 

Il commence à Nashville en 1956 et enregistre, de là au début des années 60, une bonne poignée de 45 tours excitants, dans des styles variés : rockabilly pur (« Pretty Bad Blues »), ballades plus caressantes, ton nonchalant et pince-sans-rire (« This Must Be The Place ») ou style plus influencé par le rythm and blues (présence de piano et de saxo) pour le terrible « Date Bait », son autre sommet, cité par les Cramps parmi leurs disques favoris.

 

Parfois (« You’re So Right For Me »), il en venait à sonner comme une sorte de Jerry Lee Lewis chantant à la Little Richard dans la manière péquenouille de Carl Perkins : pigé ? Après une trentaine de morceaux, il s’est illustré comme compositeur notable et prolifique, offrant des succès à Brenda Lee (« I’m Sorry »). Quelque mois après sa mort, à quarante-trois ans, en 1981, Diana Ross faisait mouche en interprétant son « Mirror, Mirror ».

 

 

 

 

 

"Bop-A-Lena"

 

"Ain’t I’m A Dog"


 

 

 

 

 

A écouter:

 


Ronnie Self laisse une des œuvres les plus importantes du rock’n’roll excessif, les amateurs seraient avisés de ne pas se dispenser d’un disque entier. Il existe diverses rééditions, mais le fin du fin reste le lp COLDE 2014 qui concentre sa première période, la meilleure, la plus sauvage et débridée.

 

 

 

 

 

 

 

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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 15:56

Dans les caveaux du Fuzz
  Seconds couteaux et perles de série B 

 

Johnny Powers

 

 

Les as du rock'n'roll, épisode 2

Johnny Powers : "Long Blond Hair"

 

 

"Ouais, le rockabilly, c'est toujours la même chose."

 

Garder son calme. S'abstenir de toute voie de fait (pourtant légitime). Esquisser un sourire en coin. Avec une ampleur de sénateur, se lever, fureter dans la discothèque, entre les Desperate Rock'n'Roll, les Sun Records et autres Rare Rockabilly. Cérémonieux et souverain, poser le vinyle sur la platine, lancer l'affaire, observer.

 

Observer la déconfiture de l'odieux philistin: à l'instant que carillonne la guitare de "Long Blond Hair (Red Rose Lips)", c'est inévitable - la paisible soirée entre copains se métamorphose en orgie épileptique, tohu-bohu de danses frénétiques où les épaules secouent et les pieds tabassent. Les manchots tapent dans leurs mains, les sourds miment les solos, et la compagnie de se jeter comme un seul homme sur gomina, cran d'arrêt et perf' les plus proches.

 

Johnny Powers a connu l'honneur assez unique d 'oeuvrer à travers deux villes et deux labels peut-être les plus emblématiques pour nous: Detroit et Memphis, Sun et Motown. Après quelques gratouillis rythmiques, sous l'influence de Jack Scott ("The Way I Walk"), il émerge sur le label Fortune (les splendides concurrents malheureux de Motown, hôtes de Nolan Strong ou Nathaniel Mayer). Mais son vrai coup de maître est gravé en 1958 sur Fox, le 45 tours "Long Blond Hair / Rock rock". Descendu à Memphis après ces petits succès régionaux, il produit chez Sam Phillips une belle session de morceaux, dont beaucoup paraîtront seulement plus tard, à l'état de démo. "I'm Evil" démarque le "Trouble" de Presley. La rauque ballade "With Your Love, With Your Kiss" ou encore "Me And My Rythm Guitar" démontrent un talent toujours éblouissant. De retour à Detroit, il est signé chez Motown, puis producteur dans les années 70, et encore actif aujourd'hui, grâce au culte toujours vivace, un peu partout, des puristes rockabilly.

 

Pour l'éternité néanmoins, nous ferons retentir sur les juke-box de la Voie Lactée "Long Blond Hair". Sur les pochettes, sa bonne bouille tout sourire de jouvenceau félin, pommettes et houppe saillantes, n'annonce pas cette tornade: riff d'intro saisissant, rythmique acoustique imparable, solo hennissant. La voix nous fait tomber à genoux: Powers alterne à merveille les trépidations déchirantes haut perchées et le phrasé en basses de crouneur. C'est tout simplement l'un des meilleurs rockabilly jamais gravés.

 

 

 

 

"Long Blong Hair"


 

"Me And My Rythm Guitar"


 

 

 

 

A écouter:

 

rock-rock-rock.jpgJohnny Powers, espérons avoir été clairs, n'est pas l'homme d'un seul morceau. Même ses démos présentent un intérêt évident. Acquérir une bonne compile vaut donc le coup, par exemple l'excellente Rock! Rock! Rock! Rock! Rock! Rock! Johnny Powers (Roller Coaster 2010), encore trouvable dans les échoppes sérieuses. Chez Norton, le cédé Johnny Powers Long Blond Hair comprend quelques titres suppplémentaires.

 

Le site officiel de l'artiste : www.johnnypowers.com

 

 

 

 

 

 

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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 14:00

Dans les caveaux du Fuzz
  Seconds couteaux et perles de série B 

 

 

Lew Williams

 

Les as du rock'n'roll, épisode 1

Lew Williams : "Centipede"

 

 

Quand, entre 1956 et 1958, on grave sur le magnifique label Imperial une huitaine de morceaux aux titres aussi sonores qu'ambitieux, au style assez inédit, et que, remercié en bonne et due forme suite à un insuccès désolant, on déserte le monde musical après de discrètes ultimes tentatives d'écriture, il faut y mettre du sien pour ne pas se douter qu'à son insu on est devenu, quatre décennies plus tard, une petite légende.

 

Sincèrement sidéré, Lew Williams découvrit ainsi, par les rééditions de chez Bear Family, que les fondus de rockabilly vénéraient ses 45 tours en s'interrogeant entre deux swings sur les lacunes de sa biographie. Et incontinent l'intéressé, bon pied bon œil, d'exhumer guitare de son armoire pour écumer en toute magnificence les salles de la planète.

 

Le "Cab Calloway du rock'n'roll" était réputé pour la souplesse inusitée de son orchestration: son phrasé jazzy fait merveille sur "Something I Say" par exemple. Mais pour nous autres, crétins pathétiques ou dégénérés narcissiques début-de-millénaire, ce sont ses titres les plus cinglants, influencés par le jump blues à la Louis Jordan, qui comptent surtout. Les thématiques animalières des mieux venues et un goût marqué pour les simili-glossolalies concourent à notre joie: des prolixes "Bop Bop Ba Doo Bop" et "Abracadabra" au classique "Cat Talk" et à l'irrésistible "Gone Ape Man", on sent la cohérence d'une inspiration philosophique, qui culmine sur la trépidation de "Centipède", manifeste myriapodophile délirant ponctué par une guitare crépitante.

 

 

 

"Centipede"


 

"Gone Ape Man"


 

 

 

 

A écouter:

 

Autant se référer sans mégoter aux compilations dédiées à Imperial où le meilleur de Lew Williams se trouve en excellente compagnie. Récente édition en deux cédés au son rutilant dans la série Essential Rockabilly, volume The Imperial Story (One Day Music).

 

Le site officiel de l'artiste : www.lewwilliams.com

 

 

 

 

 

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27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 13:50

Phil-Ochs.jpgPhil Ochs -

All The News That’s Fit To Sing

(Elektra Records; 1964)

 

 

 

Aujourd’hui largement ignoré, Phil Ochs a longtemps souffert de l’image qui lui était associée ; celle d’un alter ego de Bob Dylan qui serait resté fidèle à son credo folk. La deuxième partie de sa carrière (après son départ pour la Californie, en 1967), sa faible reconnaissance populaire et son destin tragique (il s’est suicidé en 1976, à l’âge de 35 ans) ont contribué à faire de Phil Ochs l’un des archétypes du chanteur maudit. Cette vision semble cependant très partielle et quelque peu caricaturale ; quoiqu’il en soit, Ochs était une figure importante du renouveau de la musique folknord-américaine du début des années 1960, et ses albums enregistrés pour Elektrarestent encore de fidèles témoins de son talent.

 

Né au Texas, Phil Ochs est l’exemple parfait du chanteur de la scène folk de New-York : de la même génération que Tom Paxton e t Bob Dylan, il fait partie du groupe « d’héritiers » de Woody Guthrie et Pete Seeger, qui veulent concilier musique populaire et sujets de société. Au terme réducteur - et le plus souvent employé de façon péjorative de « protest singer »-, Ochs préférait qu’on utilise celui de « topical singer ». Au début des années 1960, Phil Ochs part s’installer à New-York où il intègre rapidement la scène de Greenwich Village, il devient un contributeur régulier du Broadside Magazine, et l’inévitable Albert Grossman devient son manager (il le restera jusqu’en 1967). La première partie de la décennie est marquée par une énorme productivité – Dylan lui-même reconnaissait qu’il n’arrivait pas à suivre le rythme de son ami – et de nombreuses chansons publiées dans la suite de la carrière de Phil Ochs datent de cette période.

 

Ochs concevait ses chansons avec des sujets puisés dans l’actualité ; le titre de son premier album fait lui-même référence au sous-titre du New York Times (« All the news that’s fit to print »). Cependant le statut de topical singer ne constituait en rien une excuse pour faire passer l’aspect musical au second plan : au contraire, Ochs expliqua son credo à ce sujet dans un article où il défendait une chanson de Dylan (« The Lonesome death of Hattie Carroll ») : « there is no justification for a bad song no matter how important the cause ». Sur son premier album, il respecte parfaitement cette règle et livre plusieurs chansons mémorables. Il raconte avec talent et émotion le naufrage du sous-marin militaire « The Thresher », qui a inspiré plusieurs artistes – dont le Kingston Trio et  AbnerJay (la chanson est disponible sur Folk Song Stylist). Plus proche de la réalité new-yorkaise, il chante la mort d’un éducateur battu à mort par quatre membres d’un gang de West Harlem dans « Lou Marsh ». Plus loin, « Ballad of William Worthy » est l’occasion pour Ochs de démontrer un autre point important de son art ; un humour mordant qui place ici la prétendue logique des tenants du « Land of the Free » devant son absurdité « You are living in the Free World, in the Free World you must stay. »Evidemment, Ochs évoque la guerre du Vietnam et les jeunes soldats américains qui partent loin de leur pays (« One more parade », « Talkin’ Vietnam ») ; avec la lutte pour les droits civiques, c’est le grand sujet de préoccupation de sa génération, et il le restera pendant toute la décennie.  

 

Après l’adaptation d’un poème d’E.A. Poe (« The Bells »), Phil Ochs accorde à Guthrie un bel hommage avec la chanson très réussie « Bound for Glory » (qui emprunte son titre à l’autobiographie de Woody Guthrie publiée en 1943). Ochs rend un autre hommage à son idole avec la chanson « Power and the Glory », une ode à une autre Amérique (cette chanson est l’équivalente de « This land is your land »). Au début de sa carrière, Ochs reconnaissait volontiers l’influence qu’avait eue sur lui un autre artiste, aujourd’hui méconnu : Bob Gibson, un des principaux protagonistes du « folk revival » des années 1960. Sur cet album, Ochs interprète deux chansons qu’il a coécrites avec Gibson (« One more parade » et « Too Many Martyrs »). A noter également sur ce disque, la présence d’un jeune musicien de studio talentueux, Danny Kalb (à la deuxième guitare) et celle de John Sebastian (plus anecdotique car limitée à « Bound for Glory ») : au début des années 1960, celui qui deviendra bientôt célèbre en tant que chanteur de Lovin’ Spoonful promène son jeu d’harmonica sur plusieurs albums de folknew-yorkais.

 

All the news that’s fit to singest un excellent album, qui est à la fois la preuve de l’immense artiste qu’était Phil Ochs et un disque caractéristique de la « nouvelle scène » des chanteurs folkaméricains du début des années 1960 : une scène extraordinairement inventive et talentueuse, dont la jeunesse, l’humour et l’intelligence restent sans équivalent dans l’histoire de la musique pop, et dont les disques sont toujours aussi pertinents, quelque cinquante plus tard.

 

 

 

 

 

 

Liste des chansons :

 

  1. One more parade *

  2. The Thresher *

  3. Talking Vietnam

  4. Lou Marsch *

  5. Power and the Glory

  6. Celia

  7. The Bells

  8. Automation Song

  9. Ballad of William Worthy *

  10. Knock on the door

  11. Talkin’ Cuban Crisis

  12. Bound for Glory *

  13. Too Many martyrs *

  14. What’s that I hear

 

 

 

Vidéos :

 

"One More Parade"


 

"Bound For Glory"


 

"Ballad Of William Worthy"


 

 

 

 

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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 17:02

Patsy Cline - Patsy Cline Patsy Cline  -

Patsy Cline

(Decca ; 1957)

 

 

Aujourd’hui, ceux qui connaissent encore Patsy Cline ne se souviennent malheureusement trop souvent que du destin tragique qui fut le sien (elle est morte dans un accident d’avion en 1963, à l’âge de trente ans) et d’une ou deux de ses chansons enregistrées dans les dernières années de sa courte carrière (notamment « I fall to pieces » parue en 1961 et « Crazy » en 1962). Patsy Cline se voit ainsi perdue dans le lot des chanteuses country-pop du début des années soixante… Cette triste situation a été favorisée par un demi-siècle de compilations pathétiques et bâclées. Ce déplorable raccourci a pour effet de passer sous silence la première partie de l’œuvre de Patsy Cline, celle qui l’a vue enregistrer ses premiers morceaux et son fantastique premier album, publié en 1957 par Decca. Originaire de Virginie, Patsy Cline eut une enfance et une adolescence assez commune, jusqu'au départ de son père, alors qu'elle avait 15 ans. Elle a quitté l’école pour commencer à faire des petits boulots, et a fait ses premiers tours de chants dans des bars et des petits clubs. En l’espace de quelques années, son succès est devenu très important, jusqu'à faire d'elle l'artiste symbole du Nashville sound. Elle était surtout une fantastique interprète, capable d'exceller dans les différents registres gravitant autour de la country-music.

 

La variété des compositeurs réunis sur ce disque pourrait produire un album assez hétéroclite ; cependant, le fait que chacun de ces artistes faisait partie du label Four Stars (avec lequel Patsy Cline avait à l’époque un contrat d’exclusivité) ainsi que la voix de la chanteuse, forte et caractéristique, suffisent amplement pour assurer à l’ensemble une cohérence. Mieux encore, la qualité de ce disque doit beaucoup à cette richesse : avoir recours à autant de compositeurs a eu pour effet d’assurer à cet album une qualité impressionnante : ce LP, dont l’enregistrement s’est étiré pendant près d’un an, possède plusieurs chansons prodigieuses. « Walking after midnight » est l’une d’entre elles ; c’est aussi la première qui a valu à Patsy Cline un succès national, après sa sortie en single.

 

Ce disque est capable de justifier les lamentations des nostalgiques plus ou moins primaires, tant il réunit un nombre important d’éléments exemplaires : en plus des compositions, le son et la production du premier album de Patsy Cline sont de pures merveilles. Des accents country de « Fingerprints » à la musique pop aux harmonies vocales de « That Wonderful Someone », en passant par le riff rockabilly parfait de l’introduction de « In Care of the blues » et les teintes jazzy de « Too Many secrets », la production qu’Owen Bradley a réalisée pour cet album est une véritable démonstration. Au-delà de la première chanson de l’album, qui reste comme un des morceaux les plus célèbres de Patsy Cline (« That Wonderful Someone »), l’accompagnement vocal est exemplaire sur l’ensemble du disque : « Ain’t no wheels on this ship », archétype de rock’n’roll 1950s, la ballade « I can’t forget » ou la touchante « Three cigarettes (in an ashtray) » mettent en scène des types de chœurs différents mais très justes et pertinents, et toujours parfaitement réalisés. 

 

Entourée d’un accompagnement d’aussi grande qualité, la voix de Patsy Cline se montre d’une richesse incroyable : capable de s’adapter à merveille aux styles des chansons, elle transcende les ballades comme « Fingerprints » ou « Three cigarettes in an ashtray » grâce à une expressivité remarquable. Ailleurs, dans un registre plus joyeux (« I don’t wanta ») ou délibérément explicite (« Hungry for love »), Patsy Cline se montre encore à son avantage : ce premier album suffit à faire d’elle une des grandes chanteuses populaires du XXe siècle.

 

 

 

 

 

 

Liste des chansons :

 

Face A:

  1. That Wonderful Someone * (Gertrude Berg)

  2. (Write Me) In Care of the Blues * (Eddie Miller, W.S. Stevenson)

  3. Hungry For Love (Eddie Miller, W.S. Stevenson)

  4. Too Many Secrets (Bobby Lile)

  5. Don't Ever Leave Me Again (Virginia Hensley [Patsy Cline], Lillian Claiborne, James Crawford)

  6. Ain't No Wheels On This Ship (Wayland Chandler, W.S. Stevenson)

Face B :

  1. I Can't Forget (Carl Belew, W.S. Stevenson)

  2. I Don't Wanta *(Durwood Haddock, Eddie Miller, W.S. Stevenson)

  3. Three Cigarettes (In An Ashtray) (Eddie Miller, W.S. Stevenson)

  4. Walkin' After Midnight *(Don Hecht, Alan Block)

  5. Fingerprints*(Woodie O. Fleener, Don Hecht, W.S. Stevenson)

  6. Then You'll Know (Bobby Lile)

 

 

 

Vidéos :

 

"Walkin' After Midnight"

 

"I Don't Wanta"


 

 

 

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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 06:52

Seasick Steve - You Can’t Teach An Old Dog New Tricks

Seasick Steve

You Can’t Teach An Old Dog New Tricks

(Play it again Sam ; 2011)



    Il y a trois ans, nous avions évoqué pour la première fois Seasick Steve, un artiste détonant dans la scène contemporaine. Son album I Started Out With Nothing And I Still Got Most Of It Left lui avait en effet permis d’obtenir un succès important, à plus de soixante-cinq ans, dont il se disait le premier surpris. Le personnage scénique que Seasick Steve s’est composé (longue barbiche blanche, casquette vissée sur le crâne, salopette délavée) a instantanément séduit l’Angleterre ; son passage à Later with Jools, émission populaire de musique proposant aux artistes de jouer en live a fait de lui une des figures reconnaissables du rock’n’roll contemporain.

 

   Depuis, Seasick Steve a multiplié les collaborations avec des artistes au statut populaire établi : Nick Cave (et l’ensemble de Grinderman) pour son album de 2008, puis au cours d’un concert des Foo Fighters cette année (il y a joué ses chansons, Dave Grohl se chargeant de la batterie et John Paul Jones de la basse), puis avec Allison Mosshart et Jack White pour un Live at Third Man. Sur ce nouvel album, sorti par le label Play It Again Sam (à l’exception des Etats-Unis, où il est distribué par Third Man Records), Seasick Steve est accompagné de son batteur habituel, le charismatique Dan Magnusson, et de John Paul Jones sur trois chansons (« You can’t teach an old dog new tricks », « Back in the doghouse » et « It’s a long way »).

    A aujourd'hui soixante-dix ans, Seasick Steve montre un dynamisme impressionnant et livre des chansons inspirées, plus pertinentes que celles de nombreux artistes qui pourraient être ses petits-enfants : « You can’t teach an old dog new tricks » est excellente, tout comme « Back in the doghouse », qui fait écho au titre de son album de 2006, Dog House Music et à sa chanson la plus marquante, « Dog House Boogie ». L’album propose un bon nombre de ballades, dont quelques-unes sont réellement stupéfiantes de justesse, que ce soit dans la musique ou dans les textes ; Seasick Steve parvient avec peu de moyens à trouver la formulation qui fait mouche, au détour d’un couplet : « I’ll be here when your hair turn grey » (« Underneath a blue and cloudless sky »), ou dans le final de « It’s a long long way », une chanson magnifique où quelques chœurs viennent rejoindre le chanteur.     

    La diversité de sonorités dans ce disque traduit les différents styles chers à Seasick Steve : son utilisation d’instruments artisanaux – ou en tout cas, rares pour un disque contemporain – est un régal : banjo pour « Underneath a blue and cloudless sky », mandoline sur « It’s a long long way », fiddle sur « Treasures »… Cependant, la désormais classique Three-String Trance Wonder reste l’instrument de prédilection de Seasick Steve. Ce disque est une incontestable réussite, et prouve les spécificités et le talent d’un artiste atypique.





Liste des chansons :

1.    Treasures
2.    You can’t teach an old dog new tricks *
3.    Burnin’ up
4.    Don’t know why she loves me but she do
5.    Have mercy on the lonely
6.    Whiskey ballad
7.    Back in the doghouse
8.    Underneath a blue and cloudless sky
9.    What a way to go
10.    Party
11.    Days gone
12.    It’s a long long way *

 

 

 

 

Vidéos :

 

L’intégralité de l’album est disponible sur la chaîne youtube de Seasick Steve :

 


  Seasick Steve live chez Jools Holland

 
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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 15:19

Cisco Houston sings the songs of Woody Guthrie Cisco Houston

Cisco Houston sings the songs of Woody Guthrie

(Vanguard ; 1961)



Lorsque l’on évoque Cisco Houston, c’est la plupart du temps pour mentionner l’éternel compagnon de route de Woody Guthrie. Houston n’a jamais été gêné par ce manque de reconnaissance, et avait accepté assez vite de rester dans l’ombre de son génial ami, dont il avait fait la connaissance en 1938, et avec qui il avait voyagé et chanté aux Etats-Unis et dans le monde pendant de longues années. Au début de l’année 1961, Houston décide de publier un disque en hommage à Guthrie, déjà gravement malade de la chorée de Huntington. Ironie de l’histoire : Cisco Houston est mort le 28 avril 1961, quelques semaines après la sortie de ce disque, et plusieurs années avant Guthrie.

Au moment où sort ce disque, Cisco Houston a déjà publié sous son nom de nombreux disques qui célèbrent une certaine idée de l’Amérique et de la fraternité, et qui ont beaucoup participé à forger son image et sa légende : des chansons de cow-boys et de vagabonds et de hors-la-loi, des chansons traditionnelles des musiques noire et blanche, mais aussi des comptines. Pour ce qui est de la musique folk, la critique la plus fréquente qui lui était faite était celle d’un manque d’authenticité : selon les critiques de l’époque, le timbre chaleureux et réconfortant de sa voix s’alliait mal avec l’âpreté et la rudesse de la musique folk. Loin du chant de Dave Van Ronk, de Woody Guthrie (ou de celui de leurs héritiers les plus directs, Bob Dylan et Phil Ochs, qui commencent à peine leur carrière au moment de la sortie de ce disque), le chant de Cisco Houston est bas, profond et remarquablement harmonieux.

    Sur ce disque, la voix douce de Houston peut en effet surprendre l’auditeur, car elle bouleverse totalement les chansons de Guthrie, en leur offrant une perspective nouvelle et en révélant davantage leur incroyable force mélodique et leur aspect universel. L’interprétation que Cisco Houston rend de quelques-unes des chansons de son ami est fabuleuse : la bluette « Ship in the sky » se voit ainsi revisitée de façon magistrale, et ses paroles (la relation d’un dialogue de quelques enfants) en sont d’autant plus émouvantes. Plus loin, Houston livre avec une évidence remarquable « Taking it easy », « Ain’t it hard »  et « Do Re Mi », trois des chansons dont les mélodies sont les plus immédiates.

    Eric Weisberg accompagne Cisco Houston sur l’album et y joue du banjo, de la mandoline et du fiddle (violon). Son jeu impeccable, qui suit à merveille les inflexions du chant, allié à la production minimale mais soignée, conduit à une impression de proximité qui met en valeur les qualités du chant. Dans les notes au dos du LP, Houston explique avec une humilité touchante l’admiration qu’il a pour Guthrie, et l’importance que celui-ci accordait aux sujets qu’il abordait. Au pays de l’entertainment, Guthrie et Houston – et quelques autres, dont Lee Hayes et Pete Seeger ont apporté à la musique populaire nord-américaine une conscience, bien avant la « révolution » des années 1960. Avec ce disque, Houston souhaitait rendre hommage à Guthrie et à des chansons aussi majeures que « Pastures of plenty », « The Sinking of Reuben James » et « Blowin down that old dusty road »… Quiconque écoutera ce disque sera assuré que Cisco Houston est parvenu bien au-delà de son souhait initial : en apportant aux chansons son univers chaleureux et extrêmement attachant, il s’affirme en tant qu’interprète exceptionnel et rend justice au talent de Guthrie.

    Il est encore extrêmement malaisé de se procurer les albums de Cisco Houston ; nous avons choisi de présenter Cisco Houston Sings the songs of Woody Guthrie car ce disque est l’un des plus répandus et qu’il a été réédité en CD (en 1991, par Vanquard), ce qui n’est pas le cas de la majeure partie de la discographie de Cisco Houston. Pour une entrée dans son œuvre, PlanetGong recommande également Cisco Houston 1944-1961 : the Folkway years, puis les disques (albums et compilations) que l’on peut commander en CD ou télécharger sur le site de Smithsonian Folkways.

 

 

 

Liste des chansons :

1.    Pastures of plenty *
2.    Ship in the sky *
3.    Deportees *
4.    Grand Coulee Dam
5.    The Sinking of Reuben James *
6.    Curly Headed baby
7.    Ladies’ auxiliary
8.    Taking it easy *
9.    Hard, ain’t it hard *
10.    Jesus Christ
11.    Buffalo Skinners
12.    Pretty Boy Floyd *
13.    Philadelphia Lawyer
14.    Old Lone Wolf
15.    Talking Fish blues
16.    Rangers’ command
17.    Do Re Mi*
18.    Blowing down that dusty road *

 

 

 

 

Vidéos :

 

"Taking it Easy"

 

  "Deportees"


 

 

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