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Rock'n'roll roots, blues & folk

Mardi 23 décembre 2008 2 23 /12 /2008 13:13
Bo Biddley
Bo Diddley

(1958 ; Chess Records)



    Ce disque, le premier de la longue carrière de l'un des plus grands pionniers du rock'n'roll, est en réalité une compilation de morceaux enregistrés entre 1955 et 1958. L'album est sorti par l'extraordinaire label Chess de Chicago, dont l'âge d'or se situe précisément dans la décennie 1955-1965. Le premier fait d'armes de Bo Diddley fut son passage au très conventionnel Ed Sullivan Show, en novembre 1955 : alors qu'il devait interpréter un morceau écrit par Merle Travis, il a joué « Bo Diddley »... Un moment de courage qui a été sanctionné par une censure du maître de cérémonie (à la coiffure et aux dents improbables).


   Les douze pistes présentées ici sont parmi les plus influentes jamais réunies : la scène britannique des années soixante viendra chercher dans ces morceaux l'inspiration, le son et l'attitude qui vont définir les débuts de leur carrière : Rolling Stones, Pretty Things et Animals ne seraient rien sans ce disque. Les chansons enregistrées ici sont un témoignage extraordinaire sur la naissance du rock'n'roll - et plus particulièrement sur un aspect du rock'n'roll, personnifié par Bo Diddley lui-même. Rébellion, culte de la personnalité, références sexuelles plus ou moins évidentes (les notes inscrites au dos de la pochette sont prodigieuses : « Bo Diddley had a most unusual voice. Big, booming, packing power and commanding the chick's heartfelt attention, a voiced that proclaimed masculinity! When Bo Diddley proclaimed in a song "I'm a Man", everybody knew he wasn't fooling ». En 1958, pour la promotion d'un artiste noir américain, il était difficile d'écrire des notes plus clairement provocatrices...


    Le son est unique, d'une richesse et d'une précision démentes : Bo Diddley bénéficie dans les studios Chess de l'aide précieuse de Willie Dixon, véritable homme à tout faire, qui écrit pour la grande majorité des artistes de ce label : véritable passeur entre le blues et le rock, il participe à faire de ce disque un classique. On ignore malheureusement la contribution effective de Dixon : il est à présent crédité comme le producteur, mais aussi pour avoir écrit (ou co-écrit) « Diddey Wah Diddey » et « Pretty Thing ». Il est donc très probablement responsable de l'orchestration parfaite des morceaux : batterie, guitare électrique, basse, piano (au jeu très souvent minimaliste)... La base est absolument Rhythm'n'Blues. Lorsqu'un harmonica s'invite dans un morceau, c'est toujours une réussite : sur le classique « I'm A Man », mais aussi sur le prodigieux « Pretty Thing », il répond au chant de façon implacable.


    L'élément le plus marquant des morceaux est évidemment le 'Bo Diddley Beat', ou « Jungle Beat », véritable marque de fabrique, qui éclate ici comme une évidence : parfois appuyé par les maracas de Jerome Green (à qui est dédiée « Bring it to Jerome »), il reste le moyen le plus efficace pour faire remuer tout le monde... A cause de cette extraordinaire rythmique, le jeu de guitare et le chant de Bo Diddley restent souvent ignorés : pourtant, il a aussi servi de modèle à la plupart des rockers de la fin des années cinquante et du début des années soixante. La guitare est cinglante et précise, les solos sobres mais efficaces ; et la voix n'hésite pas à s'aventurer aux limites du chant : « Hush Your Mouth » et « Dearest Darling » et même « Diddey Wah Diddey » le voient ainsi pousser des hurlements inattendus, tantôt plaintifs, tantôt arrogants. Pourtant, le fait que le rythme soit l'élément central de ces morceaux ne doit pas faire oublier la qualité mélodique du groupe qui l'accompagne : sur « Say Bossman » ou « Diddley Daddy », deux morceaux plus lents aux chœurs soignés, le groupe livre une démonstration de maîtrise impressionnante.


    Douze pistes pour découvrir un des vrais artistes incontournables du rock'n'roll, moins souvent cité qu'Elvis, Little Richard ou Jerry Lee Lewis, ce qui est une erreur... Bo Diddley était un géant, et son influence était à peine moins importante que celle qu'il revendiquait : « Elvis n'a pas inventé le Rock'n'Roll ; le Rock'n'Roll, c'est moi », affirmait-il à qui voulait l'entendre.



 

Liste des chansons :


  1. Bo Diddley *
  2. I'm a Man *
  3. Bring it to Jerome *
  4. Before you accuse me *
  5. Hey Bo Diddley
  6. Dearest Darling
  7. Hush Your Mouth *
  8. Say Bossman
  9. Diddley Daddy *
  10. Diddey Wah Diddey *
  11. Who do you love ? *
  12. Pretty Thing *


"Hey Bo Diddley" et "Bo Diddley"



Une version extraordinaire de "Bo Diddley" dans les années 70


Par Rémi - Publié dans : Rock'n'roll roots, blues & folk
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