24 septembre 2011 6 24 /09 /septembre /2011 08:58

Woody Guthrie sings folk songs (with Leadbelly, Cisco Houston, Sonny Terry, Bess Hawes)

Woody Guthrie -

Woody Guthrie sings folk songs

(with Leadbelly, Cisco Houston, Sonny Terry, Bess Hawes)

(Folkways ; enregistrements de 1944 publiés en 1962)

 

 

    Au début du printemps 1944, Woody Guthrie reçoit de Moses Asch (qui deviendra quelques années plus tard le fondateur de Folkways, un label appelé à devenir mythique) la permission d'enregistrer autant de chansons qu'il le souhaite. Woody Guthrie ne va pas se faire prier, et enregistre en quelques sessions plusieurs dizaines de chansons, dont seul un petit nombre sera publié au cours des décennies suivantes… En 1962, Moses Asch décide de faire une première compilation de quelques-unes de ces chansons et de les publier sous le titre Woody Guthrie sings folk songs. Deux ans plus tard, une nouvelle sélection de ces sessions d'enregistrements fut publiée, sous le titre – certes opportun, mais peu original –  de Woody Guthrie Sings folk songs, volume 2. Il faudra attendre les années 1990 pour que ces enregistrements soient regroupés de façon satisfaisante (dans la série de CD The Asch Recordings). 

 

    Pourquoi, dans ces conditions, parler d'un tel disque, s'il ne s'agit que d'une compilation hétéroclite, partielle et dont la réalisation est discutable ? Merci de me poser la question ; j'ai tout un sac de réponses. Au moment de la sortie de ce disque, Woody Guthrie est depuis longtemps retiré de la scène : c’est un homme gravement malade, hospitalisé depuis plusieurs années.  Il est surtout la figure de référence pour tout le folk (plus ou moins) intellectuel new-yorkais, et Bob Dylan n’était alors que l’un des plus doués de ses successeurs. Joan Baez, Tom Paxton, Phil Ochs, Mimi & Richard Farińa lui doivent à peu près tout ; à l’époque, et hormis peut-être Pete Seeger, personne ne peut revendiquer une influence comparable. Woody Guthrie est sans contestation possible la figure tutélaire pour toute cette scène qui a enregistré une quantité incroyable d'albums prodigieux, et à laquelle on peut rattacher – de façon plus éloignée – les œuvres d’artistes tels que John Sebastian (chanteur du Lovin' Spoonful) et Fred Neil

 

    Présentant quatorze chansons, ce disque d'une qualité exceptionnelle est la parfaite introduction pour découvrir l'œuvre de Guthrie. La participation – il est vrai minimale – de Leadbelly sur ce disque (sur « We Shall Be free », une de ses plus célèbres chansons) permet à Guthrie de faire le lien entre lesmusiques de noirs de blancs, et d’unifier ainsi les différentes traditions musicales nord-américaines, ce que confirment les deux instrumentaux, « Nine Hundred Miles » et son jeu de fiddle et « Guitar Blues ». Le disque présente de la même façon la chanson « Boll Weevil », une de ces pistes qui passait d’un artiste à un autre et dont l’origine est toujours discutée, et symbolique d’une partie importante du folklore musical nord-américain.

 

   Le disque débute fort judicieusement par « Hard travelin’ », chanson typique de Guthrie et de son personnage d’éternel vagabond, puis se poursuit par « What did the deep sea say? », une ballade d'une beauté à pleurer qui conte l’histoire d’une femme qui pleure son mari disparu en mer. Les chœurs sont assurés par Cisco Houston, présent sur la quasi-totalité des chansons ; en réalité, il serait juste de considérer ce disque comme le fruit de la collaboration entre Guthrie et Houston, et non comme la seule production de Guthrie. Outre « What did the deep sea say? » (composée par Houston), les chansons « John Henry », « Jackhammer Blues » et « Brown Eyes » doivent en effet énormément à la voix de Cisco Houston, plus assurée et harmonieuse que celle de Woody Guthrie. La version du morceau « House of the Risin’ Sun » est celle à partir de laquelle vont être évalués de nombreux artistes folk, avant que le Rhythm’n’Blues britannique, avec les Animals, ne lui donne un souffle nouveau. Pour ce qui est des chansons moins connues de ce disque, « Dirty overhalls », « Oregon Trail », « Brown Eyes »  et « Will you miss me when I’m gone? » suffisent largement à démontrer le talent unique de Woody Guthrie, et d’expliquer son extraordinaire importance historique.

 

 

 

 

 

Liste des chansons :

  1. Hard Travelin’ *
  2. What Did The Deep Sea Say?*
  3. House Of The Rising Sun *
  4. Nine Hundred Miles
  5. John Henry
  6. Oregon Trail *
  7. We Shall Be Free
  8. Dirty Overhalls *
  9. Jack Hammer Blues
  10. Springfield Mountain
  11. Brown Eyes *
  12. Boll Weevil Blues *
  13. Guitar Blues
  14. Will You Miss Me ? *

 

 

 

Vidéos :

 

"Will You Miss Me ?"


 

"Hard Travellin"


 

"We Shall Be Free"


 

 

 

 

Vinyle :

 

Ce disque a été publié en France sous une pochette différente (la couverture est une photographie de Cartier-Bresson) par « Le Chant du monde », un éditeur dont le nom est à lui seul une référence littéraire et un programme politique. Cette édition est une pure merveille : à l'intérieur, les chansons sont présentées, et leurs paroles sont reproduites et accompagnées de leur traduction française. Au dos de la pochette, des notes au lyrisme (assumé ?) présentent la vie et l'œuvre de Woody Guthrie, et tente des comparaisons osées entre les Etats-Unis et la France : « En 1941, l'administration des Grands travaux [l']engage comme chansonnier-poète officiel des Barrages de Bonneville et de Coulee sur le Columbia, destinés, en même temps qu'à l'électrifier, à fertiliser l'aride terre des Joad. On rêve, en France, d'un Brassens payé par nos pouvoirs publics pour chanter la mise en eaux de canaux d'irrigation quelque part en Haute-Ardèche ou en Haute Provence. »

 

Woody Guthrie sings folk songs (with Leadbelly, Cisco Houston, Sonny Terry, Bess Hawes)

 

Woody Guthrie sings folk songs (with Leadbelly, Cisco Houston, Sonny Terry, Bess Hawes)

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Frank 22/10/2011 22:16



Merci pour ces précisions, le lecteur vous remercie, son banquier vous maudit



PlanetGong 30/10/2011 20:56



un remerciement de lecteur + une malédiction de banquier = deux raisons d'être fier de soi !



Frank 20/10/2011 17:55



Cher Rémi je vois régulièrement chez Gibert les Ash Recordings du sieur Guthrie, je n'ai pas encore osé les prendre, la "masse" de titres m'interpelle. Est-ce judicieux ? Tout est-il très bon ou
vaut il mieux avoir ce disque que tu nous présentes ?



PlanetGong (Rémi) 21/10/2011 14:54



Cher Frank,


étant un grand admirateur de Woody Guthrie, j'aurais tendance à te conseiller directement l'achat des quatre volumes des "Asch Recordings", sortis en CD indépendants pendant les années 1990, puis
en coffret 4 CD (que je n'ai jamais vu et qui est peut-être très moche).


De mémoire (je suis loin de mes disques), la version CD est très soignée et les notes sont excellentes, comme souvent avec les rééditions de Smithsonian/Folkways.


Si tu as peur d'être lassé par la quantité des chansons, je peux te comprendre : les quatre disques doivent représenter plus d'une centaine de pistes, avec quelques "répétitions" dues à des
prises alternatives (qui intéressent avant tout puristes, die-hard fans et autres névropathes). Dans ce cas, je te conseille d'opter pour le premier des Ash Recordings (Volume 1
- This Land is our land) : il est vraiment extraordinaire, et après l'avoir écouté, tu pourras décider si tu veux poursuivre "l'exploration" des chansons de Woody Guthrie  (ce dont
je ne doute pas, parce que c'est génial ! ).


  Le disque "Woody Guthrie Sings Folk Ballads" est surtout intéressant si tu le trouves en vinyle ; si tu veux acheter quelque chose CD, d'autres compilations plus fournies
- parce que plus longues - sont préférables ; parmi celles que je connais, la série des Ash Recordings est de loin la plus convaincante.



MC5 m'a tuer 24/09/2011 13:47



Wouhouh, vous nous gâtez en ce moment!


 


Aucune discussion possible sur le génie de Guthrie, et pourtant Ungemuth l'a salement taclé dans le R&F du mois dernier, arguant en gros que c'était toujours la même rengaine. Première fois
que je lis une énorme connerie sous sa plume.