14 juin 2011 2 14 /06 /juin /2011 10:15

Art Brut - Brilliant! Tragic!

Art Brut -

Brilliant! Tragic!

(Cooking Vinyl 2011)

 

 

 

Les albums s'empilent et la trajectoire d'Art Brut semble de plus en plus erratique. La faute en incombe à Eddie Argos,  personnage attachant dont la créativité n'a d'égale que son excentricité. Son côté fantasque et bouillonnant d'idées le pousse à multiplier les projets (Art Brut, mais aussi Art Goblins, Glam Chops, Black Arts,  Everybody Was In The French Resistance… Now...) et cet éparpillement semble avoir raison de son implication et de son efficacité dans chaque disque de son groupe originel. A l'écoute de ce Brilliant! Tragic! d'une pauvreté parfois désespérante, le manque d'enthousiasme du chanteur pour Art Brut est audible.

 

Il faut dire que depuis le départ de Chris Chinchilla (compositeur des meilleurs morceaux d'Art Brut) après le premier album, les choses se sont dégradées lentement mais surement au fil des ans pour le groupe qui ne gardait de réel intérêt que grâce aux textes hilarants de son leader. It's a Bit Complicated puis Art Brut vs. Satan possédaient peu de morceaux accrocheurs dès la première phrase de guitare, et Brilliant! Tragic! s'inscrit dans cette triste lignée. Pour empirer les choses, Eddie Argos semble avoir égaré son inspiration dans l'avion menant à Salem (Oregon) où Art Brut a enregistré cet album avec Franck Black. Moins en verve que d'ordinaire dans ses thèmes (comme lorsqu'il répète la formule d'"Emily Kane" avec moins de succès sur "Martin Kemp Welch Five A-Side Football Rules!" avec "I still see every schoolboy crush as a missed opportunity"), il tente ici une nouvelle approche : il ne déclame plus ses textes de sa gouaille mordante, il les chante. Avec une laryngite manifestement. Autant dire qu'on n'entend plus le même groupe que sur Bang! Bang! Rock'n'roll. Art Brut perd ici sa spécificité, son identité même.

 

Ce changement surprenant aurait s'avérer payant si Art Brut avait retrouvé une certaine vigueur rock'n'roll, il n'en est malheureusement rien (on attend encore le jour où le jovial Jasper Future, sorte de Ron Wood local, se montrera à la hauteur du groupe qu'il a rejoint depuis déjà 5 ans). Le groupe peine à décoller, et la production estampillée Pixies de Frank Black, agréable sur les bons morceaux ("Axl Rose"), ne fait qu'alourdir les choses sur les moments les plus laborieux ("Bad Comedian", "Is Dog Eared"). En étant un d'un réalisme froid, il faut bien avouer que les chansons d'Art Brut ne sont désormais que des saillies punk ordinaires jouées par un groupe de deuxième division et chantées par un chanteur incapable de chanter. Le groupe lui-même semble en être conscient : si Art Brut est toujours un groupe fantastique à voir sur scène, c'est parce qu'Eddie Argos est un front man incroyable, mais aussi et surtout parce que le groupe puise sa set-list dans Bang! Bang! Rock'n'roll (la quasi-intégralité de l'album est jouée chaque soir).

 

On n'imagine pas Art Brut aller très loin après cet album sans grand intérêt. Argos semble prendre plus de plaisir avec ses autres projets dans lesquels on retrouve avec joie son enthousiasme immature et son sens de la fantaisie que sur ce disque sans génie. Art Brut ne parait aujourd'hui qu'être son gagne-pain de professionnel de la musique, sa véritable créativité s'exprimant à travers ses divers projets satellites aussi fantaisistes que confidentiels. Il continue à chanter pour Art Brut par sens du devoir, peut-être aussi dans l'espoir vain de relancer la machine, mais le plaisir a disparu, autant pour lui que pour l'auditeur.

 

 

 

 

 

 Tracklisting :

  1. Clever Clever Jazz
  2. Lost Weekend
  3. Bad Comedian
  4. Sexy
  5. Is Dog Eared
  6. Martin Kemp
  7. Axl Rose *
  8. I Am The Psychic
  9. Ice Hockey
  10. Sealand

L'album sur Deezer : Brilliant! Tragic!

La groupe sur MySpace : www.myspace.com/artbrut

 

 

 

 

Vidéo :

 

"Lost Weekend"

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commentaires

Frank 15/06/2011 07:59



ça fait plaisir de te lire à nouveau Eric même si c'est pour une déception comme ce Art Brut. Toujours difficile de déboulonner ses idoles...