16 novembre 2007 5 16 /11 /novembre /2007 22:31

The Soft Machine - Vol. 1

The Soft Machine -

Vol. 1

1968 – (réédité sous le titre de Volume 1) – (label U.S.A.: ABC Probe, label France: Barclay)


    En 1966, Daevid Allen, Robert Wyatt, Kevin Ayers et Mike Ratledge forment le groupe The Soft Machine – dont le nom a été choisi en référence au livre de Williams Burroughs (les membres du groupe ont d’ailleurs demandé à l’auteur son autorisation). Au cours de ses deux premières années d’existence, le groupe s’est trouvé au centre de la scène psychédélique britannique, jouant à de nombreuses reprises à l’UFO, au même titre que le Pink Floyd de Syd Barrett. En 1967, le groupe a enregistré quelques démos, qui ont été publiées pour la première fois par BYG en 1972, puis rééditées sous des noms différents (Jet Proppelled Photographs et At The Beginning). Après le départ de Daevid Allen et l’échec de leur premier 45 tours, qui proposait pourtant les extraordinaires « Love Makes Sweet Music » et « Feelin’, Reelin’, Squeelin’ », le groupe, devenu un trio, est engagé pour accompagner la tournée du Jimi Hendrix Experience.

    Ce disque, le premier album de Soft Machine a été enregistré à New York au mois d’avril 1968, et produit par Chas Chandler (le premier bassiste des Animals, qui a fait découvrir Jimi Hendrix à l’Angleterre) et par Tom Wilson (toujours à la bonne place entre 1965 et 19681). L’album commence par « Hope For Happiness », dont l’introduction propose un premier moment de grâce : le chant éthéré de Wyatt domine un accompagnement délicat (son jeu de batterie, minimaliste, et l’orgue de Ratledge, ici très discret). Dans un second temps, le morceau s’accélère : l’arrivée de la basse de Kevin Ayers semble transformer ses comparses, qui se lancent avec lui dans des envolées rapides et énergiques. Après une fin de chanson marquée par une brutale rupture de rythme, le groupe enchaîne avec « Joy of a Toy », un instrumental qui va s’achever de la même façon que le précédent, permettant au groupe de relancer « Hope For Happiness (reprise) » : la maîtrise est impressionnante, l’inspiration et le talent également. Comme sur la première piste, Wyatt enregistre son chant sur deux pistes distinctes : il reprendra fréquemment ce procédé dans la suite de ce disque (puis dans la suite de sa carrière), en choisissant lui-même le moyen idéal d’offrir un contrepoint à son chant. « Why am I so short ? » et « So Boot if at all » se complètent également: la première chanson montre Wyatt  souverain, au chant comme à la batterie, tandis qu’Ayers enfile des lignes de basse consistantes et inébranlables. Le second morceau permet au groupe de s’échapper dans des suites improvisées : Wyatt fait évoluer les rythmes, semblant frapper au ralenti, puis cognant comme un forcené avec une maîtrise hallucinante, Ratledge s’offre un beau morceau de bravoure, et Ayers promène sa basse avec sa précision habituelle. Lorsqu’ Ayers s’essaye au piano, le morceau semble définitivement abandonner sa structure de départ, avant le retour du chant de Wyatt, qui entonne à nouveau les premiers mots de la chanson. La face A s’achève avec le magnifique « A Certain Kind », qui commence comme une ballade hantée par l’orgue de Ratledge et sur laquelle la voix de Wyatt est une nouvelle fois souveraine.

    Malgré l’incroyable qualité de la première partie du disque, la face B du 33 tours original paraît encore supérieure. The Soft Machine est un grand album, et l’écouter au casque peut apparaître comme une révélation, tant la proximité de la voix de Wyatt et le jeu unique d’Ayers sont tangibles. De « Save Yourself » à « Box 25/4 Lid », les morceaux forment une suite inventive et réjouissante. Chaque piste profite de l’intro constituée par la précédente, et prépare l’arrivée de la suivante : entre « Save Yourself » (écrite par Wyatt) et « Lullabye Letter » (écrite par Ayers) s’intercale « Priscilla », qui relie ces deux morceaux de façon parfaite – en particulier grâce à sa ligne de basse entêtante. Sur « We did it again » et « Why are we sleeping ? », c’est Ayers qui se charge du chant – accompagné par Wyatt. Les deux morceaux sont devenus des classiques du genre, le premier pour sa rythmique hypnotique, le second pour la qualité de sa construction. Entre ces deux chansons, le groupe place un nouvel instrumental, « Plus belle qu’une poubelle », qui devient aussitôt l’introduction indispensable de « Why are we sleeping ? » : la tension augmente peu à peu, avant de retomber, et de laisser la place au chant pour Ayers : « It begins with a blessing / It ends with a curse / Making life easy / By making it worse… ».

    Ce disque (le premier album sur lequel apparaissent Ayers et Wyatt, deux des plus grands et des plus originaux talents du rock britannique) regroupe sans conteste les meilleures pistes enregistrées par The Soft Machine. Après la fin de la tournée des Etats-Unis (au moment de la sortie de l’album), Ayers quitte le groupe, laissant la place à Hugh Hopper (qui a co-écrit déjà certains morceaux de ce disque). Plus rien ne sera comme avant ; et après le départ de Robert Wyatt (en 1971), les changements de direction pris par le groupe se trouvent renforcés : les réjouissances rock-psychédéliques vont faire place au prog-rock et au jazz-fusion.





Liste des chansons :

1. Hope for Happiness
2. Joy of a Toy
3. Hope for Happiness (reprise)
4. Why Am I So Short? *
5. So Boot if At All
6. A Certain Kind *
7. Save Yourself
8. Priscilla
9. Lullabye Letter *
10. We Did It Again *
11. Plus Belle Qu'une Poubelle *
12. Why Are We Sleeping? *
13. Box 25/4 Lid

1Tom  Wilson est crédité en tant que producteur (pour la totalité ou une partie) des albums suivants : The Velvet Underground & Nico, Chelsea Girls (Nico), de Highway 61 Revisited (Bob Dylan), Freak Out ! (The Mothers of Invention)…





Vidéos :

"Hope For Happiness"

 

"Why Am I So Short"

 

Le début d'album avec des images de l'UFO Club.




Vinyle :


The Soft Machine - Vol. 1

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commentaires

Peter Maermoz Steinhauser 25/04/2010 21:53



C'était vile flatterie, j'avoue. Juste pour le plaisir de lire qqchose d'intelligent sur un de mes albums préférés.



Peter Mermoz Steinhauser 13/04/2010 03:36



Eric, écrire une chronique du vol 2 est une nécessité urgente et un devoir sacré qui t'incombe. L'étalon vigoureux de la chronique rock ne saurait reculer devant l'obstacle.



Eric 25/04/2010 13:16



L"étalon vigoureux", ça fait un peu surnom d'acteur porno, je trouve.


On va lancer une vague d'oldies d'ici peu, ça fait longtemps qu'on en a pas fait (ça fait longtemps qu'on ne fout pas grand chose, vous aurez remarqué)



Quentin 04/12/2008 14:45

Soft machine est réelment le groupe qui à changé quelque chose dans le monde de la musique. Niveau son je suis pas d'accord ce groupe s'écoute en vinyle et uniquement en vinyle. Bon article.

Eric 04/12/2008 16:24


Soft Machine s'écoute "en vinyle et uniquement en vinyle", je veux bien, je serai même tenté de dire "n'importe quel groupe s'écoute en vinyle et uniquement en vinyle". N'oublions pas qu'avant les
excellentes rééditions (CD et vinyles) de 2008, il était extrèmement difficile de trouver les deux premiers albums.

On voyait passer de temps en temps le 1er, souvent sans le mécanisme rigolo de la pochette et la plupart du temps à un prix délirant. Une version double proposant les deux albums existait aussi (je
la possède) mais elle était assez ardue à trouver aussi. Ecouter Soft Machine en CD n'a jamais été un choix, mais une triste nécessité. Etrangement, Third se trouve assez facilement...



SysTooL 17/11/2007 13:43

Superbe album, qui voit Wyatt à son sommet... (quoique "Rock Bottom"...)SysT

Eric 18/11/2007 18:12

Ouais, ce Soft Machine là, il a quelque chose de particulier... J'y découvre encore des trucs à chaque nouvelle écoute. "A Certain Kind" est un des morceaux les plus beaux que je connaisse.La nouvelle remasterisation fait enfin honneur au groupe (pendant des années on s'est farci les deux premiers volumes sur un seul disque avec un son médiocre, et pour trouver le vinyle, on pouvait toujours s'accrocher...)